Soukot - Pourquoi lit-on l’Ecclésiaste (Kohelet) à Soukkot ?
« Pourquoi lit-on l’Ecclésiaste (Kohelet) à Soukkot ? » :
🕎 Contexte général
Parmi les cinq rouleaux (מגילות) – Cantique des cantiques, Ruth, Lamentations, Ecclésiaste et Esther – chacun est lu à une fête spécifique :
- Esther à Pourim,
- Lamentations à Ticha BéAv,
- Cantique des cantiques à Pessa’h,
- Ruth à Chavouot,
- Ecclésiaste (Kohelet) à Soukkot.
(Traité de Sofrim 14,1)
Mais contrairement à Pourim et Ticha BéAv, le lien entre Soukkot et Kohelet n’est pas évident.
Il existe cependant plusieurs explications classiques et modernes.
📜 1. Explications classiques (Rishonim et A’haronim)
a) *Un verset de Kohelet évoque Soukkot*
Selon l’Aboudraham citant Ibn HaYarh'i, Kohelet 11,2 dit–
« Donne une part à sept, et aussi à huit »
– et cela ferait allusion aux sept jours de Soukkot et au huitième jour, Shemini Atseret.
→ Le verset inviterait à accomplir ses vœux et offrandes avant la fête, pour ne pas transgresser l’interdit de « bal téah'er » (retarder un vœu).
➡️ À l’origine, on lisait donc Kohelet à Chemini Atseret, et non pendant Soukkot.
b) *Le roi Salomon réalisa la mitsva du Hakhel à Soukkot*
Toujours selon l’Aboudraham, Salomon rassembla tout Israël « au mois d’Éthanim, pendant la fête » (Rois I 8,2), allusion à la mitsva de Hakhel, qui a lieu à Soukkot.
→ On lirait donc Kohelet à Soukkot parce que Salomon – auteur du livre – y rassembla le peuple pour lui enseigner la Torah.
c) *Kohelet relativise la joie*
Le Maguen Avraham écrit qu’on lit Kohelet à Soukkot parce que ce sont des jours de joie, et que Kohelet déclare :
« À propos du rire, j’ai dit : folie, et à la joie : à quoi sert-elle ? » (2,2).
→ La lecture de Kohelet vient modérer la joie du festival, pour rappeler que seule la joie de la mitsva est véritable (sim'ha shel mitsva), et non les plaisirs vains.
💡 2. Explications modernes et contemporaines
a) *Soukkot et Kohelet : symboles de la vieillesse*
Selon Mordekhaï Zer-Kavod, les trois fêtes correspondent aux trois étapes de la vie :
Pessa’h → jeunesse (Cantique des cantiques),
Chavouot → maturité (Ruth),
Soukkot → vieillesse (Kohelet).
→ Soukkot, temps de la récolte (zman assif), évoque la fin du cycle de la vie, tout comme Kohelet médite sur la vanité du monde et la proximité de la mort.
b) *Changer de centre de gravité dans la vie*
D’après le rabbin Haïm Navon, Kohelet nous apprend à ne pas chercher la gloire ou la réussite personnelle, mais à donner un sens supérieur à la vie – servir Dieu.
→ La Soukka enseigne la même leçon : elle est éphémère, mais pleine de signification spirituelle. On construit une demeure fragile pour une semaine seulement – symbole que la valeur de la vie ne réside pas dans la permanence matérielle, mais dans la connexion au divin.
c) _Sanctifier le monde matériel_
Selon le rav Dov Lior, Kohelet ne rejette pas le monde, mais affirme que tout est vain s’il est détaché de Dieu.
→ La mitsva de la Soukka illustre justement que la matérialité peut devenir sainte : manger, boire, dormir dans la Soukka – tout cela devient un acte de service divin.
🧭 3. Conclusion synthétique
On lit Kohelet à Soukkot car le message du livre correspond profondément à l’esprit de la fête :
- quitter la stabilité matérielle (la maison permanente) pour une existence spirituelle éphémère (la Soukka),
- reconnaître la vanité des richesses et des plaisirs terrestres,
- trouver le sens de la vie dans la crainte de Dieu et l’accomplissement de Ses commandements (« סוף דבר הכל נשמע את הא-להים ירא ואת מצוותיו שמור כי זה כל האדם »).
Ainsi, la lecture de Kohelet à Soukkot invite à transformer la joie matérielle en joie spirituelle, et à sanctifier le monde en l’orientant vers Dieu.