Rav Elikan
Chabbat
Chabbat30 novembre 2025Questeur #105WhatsApp

Question

Bonjour Rav, je n’ai pas réussi à trouver la même question en recherchant dans le groupe, désolé si cela a été répondu.

En l’absence d’érouv, est ce que l’on peut convenir avant Shabath avec une personne non juive de transporter un bébé qui ne marche pas de l’hôtel à la synagogue ou aura lieu une seouda de bar mitsva aller retour. Des petites rues séparent les deux lieux.

Merci

Réponse du Rav Shmuel Elikan

C'est plutôt problématique a priori ; mais si c'est pour une mitzva - et pour certains la séoudat mitzva de la Bar Mitzva, si c'est le jour exact de l'anniversaire ou si le Bar-Mitzva dit des paroles de Torah - en est une (1), il y aurait sur qui s'appuyer pour permettre, sous certaines conditions.

Mais si ce n'est pas le cas - on évite (2).

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(1) Selon certains, il n'existerait pas de séoudat mitsva plus grande que celle-ci (cf. Mishna Beroura OH 225, s.k. 6, au nom du Maguen Avraham 225, s.k. 4 ; le Mah'atzit haShekel explique que la source se trouve dans la Guemara Kiddoushin, cf. encore Sh. Ar. OH 242,17).

Certains comparent la Bar Mitsva au jour où la Torah fut donnée : en ce jour, le garçon devient astreint aux commandements. La Guemara enseigne (TB Pessah'im 68b) ainsi : « Tous reconnaissent qu'à Shavouot, il faut aussi se réjouir par un repas. Pourquoi ? Parce que c’est le jour où la Torah fut donnée. » Cela signifie qu’à Shavouot, l'homme doit se réjouir par un repas de Yom Tov, car c’est un jour de joie lié au don de la Torah. Rashi commente que le repas manifeste que ce jour est précieux à ses yeux (cf. Rav Shlomo Kluger, Touv Ta'am veDa'at, Mahad. III, vol. II, §86). Autre explication : le repas de Bar Mitsva constitue le repas de clôture du devoir éducatif du père, qui se libère désormais de l’obligation de l’enseigner (Imrei Émet de Gour, Likoutim, Bar Mitsva, p. 97). On apprendrait cette pratique d'Avraham Avinou ; en effet, il est écrit dans la Genèse : « Avraham fit un grand festin le jour où Yits‘hak fut sevré » (Bereshit 21,8). Le Midrash (Bereshit Rabba 53,8) s’interroge : quel était ce « grand festin » ? Au nom de Rabbi Hoshaya, Rabbah explique qu’il s’agissait du jour où Yits‘hak fut « sevré » du mauvais penchant, c’est-à-dire le jour de ses treize ans, moment où naît le bon penchant (cf. encore comm. Matenot Kehouna ad loc.).

La Guemara enseigne aussi : « Maintenant que nous avons entendu l’enseignement de Rabbi H'anina selon lequel “plus grand est celui qui est commandé et accomplit que celui qui n’est pas commandé et accomplit”, faisons un jour de fête pour les Sages » (Bava Kama, chap. 7). L’idée est que, puisque nous savons que quiconque accomplit une mitsva en y étant astreint a plus de mérite que quand il ne fut pas astreint, il serait justifié de faire un repas festif pour ceux qui accomplissent des mitzvot en tant que personnes tenues de les accomplir. Il en découle qu’un garçon qui devient astreint aux mitzvot mérite un repas pour marquer cet état. Par ailleurs, dans la Guemara (TB Kiddoushin 31a), Rav Yossef, qui était aveugle et donc - selon un avis - dispensé des commandements, déclara qu’il ferait un Yom Tov s'il apprenait être tenu d’accomplir les commandements. On en déduit qu’il est approprié d’organiser un repas pour marquer l’entrée dans l’obligation des mitzvot. C’est pourquoi, à treize ans, lorsqu’un garçon devient soumis à tous les commandements, il est juste d’organiser un tel repas, à l’image de Rav Yossef (Yam shel Shlomo (Louria), Baba Batra, chap. VII, §37 ; Mah'atzit haShekel OH 225 ; Mishna Beroura OH 225, Sha'ar haTsioun ad loc. s.k. 9).

Les raisons du repas de Bar Mitsva sont donc :

- Parce qu’il devient un homme d’Israël astreint à la Torah et aux mitsvot (Mishna Beroura OH 225, s.k. 6 : « le jour où il entre dans sa quatorzième année »).

- Parce que “plus grand est celui qui est commandé”, comme Rav Yossef qui voulut organiser un repas en apprenant qu’il serait désormais tenu d’accomplir les mitsvot (Sha'ar haTsioun 225,9, citant l’Éliyah Rabbah, au nom du Yam shel Shlomo).

- Parce qu’en se réjouissant ce jour-là, il accomplit sa première mitsva de la Torah, celle de servir Dieu « dans la joie et de bon cœur » (Deutéronome 28,47) (H'atam Sofer, Derasha pour son fils, cité dans Torat Moshé (H'atam Sofer) sur Parashat Vayeh'i).

- Parce que ce jour procure une satisfaction particulière à Dieu (Kav haYashar (Koidenover), chap. 18).

Il est donc souhaitable, comme dit, d’organiser le repas de Bar Mitzva le jour même où le garçon devient Bar Mitzva et de ne pas le repousser (Yam shel Shlomo, Baba Batra VII, §37 ; Maguen Avraham 225, s.k. 4 ; Resp. Maharam de Brisk vol. II, §68). Quiconque ne peut pas organiser le repas le jour même peut le remettre à quelques jours plus tard, à condition que le garçon prononce des paroles de Torah durant le repas ; dans ce cas, il acquiert le statut de séoudat mitzva (Yam shel Shlomo, Baba Batra VII, §37 ; Maguen Avraham OH 225, s.k. 4 ; Responsa Maharam de Brisk vol. II, §68).

(2) cf. p. ex. Yalkout Yossef, Shabbat, vol. IV, p. 321 qui explique bien sous quelles modalités on peut demander à un non-juif de porter notre bébé à la synagogue et il s'avère bien que si ce n'est pas pour une mitzva, comme lui faire la brit-mila, là où il n'y a pas d'erouv - on évite.