Question
Merci beaucoup pour votre réponse.
Effectivement, je parlais d’un vin non mevoushal. Désolé, ma question n’était pas suffisamment claire.
Je précise donc :
Le système Coravin fonctionne en insérant une aiguille dans le bouchon de liège pour verser le vin, sans jamais ouvrir la bouteille. Ensuite, on retire l’aiguille, et le bouchon se referme naturellement. Toutes ces manipulations (insertion, service, retrait de l’appareil, rangement de la bouteille) sont faites par un juif.
Ma question est la suivante :
Une fois le système retiré, la bouteille peut-elle être déplacée par un non-juif (par exemple pour la remettre sur la table ou la ranger dans un autre endroit) ?
Merci encore!
Réponse du Rav Shmuel Elikan
A. Nos Sages ont décrété que tout contact d'un non-Juif idolâtre avec le vin d'un Juif - à l’image de la manière dont les idolâtres avaient l'habitude de faire des libations à leurs idoles - interdit ce vin à toute jouissance/profit (issour hana'a) - on ne pourrait donc pas le vendre par exemple.
Leur manière d'exercer la libation consistait de deux manières :
- soit en agitant le vin, c’est-à-dire à le remuer avec la main ou un bâton.
- soit en touchant le vin avec la bouche lors de la consommation : en buvant, ils avaient l'intention de faire légèrement bouger le vin, et ainsi de l’offrir aux idoles. Même s’il est clair que le non-Juif n’avait pas l’intention de faire une libation par son contact ou en buvant, dès lors qu’il est idolâtre et qu’il a touché le vin comme le faisaient les idolâtres dans leurs libations, le vin est interdit à toute jouissance ou profit. En revanche, si le contact a été fait par un non-Juif qui n’est pas idolâtre, le vin est interdit à la consommation mais non au profit (1).
B. Si la bouteille est fermée - qu'elle ait été ouverte et refermée avant ou non - on considère qu'il ne peut pas y avoir de libation de cette manière et donc il n'y a aucun problème à ce qu'une personne non-juive, voire idolâtre, la remue (2).
______________________________
(1) cf. Sh. Ar. YD 124, 11 et comm. D'après toutes les opinions, la libation consiste en un remuement du vin. Selon le Sh. Ar. (id.), suivant le Rambam (hil. Maah'alot Assourot 12,1) et d'autres Rishonim, seul un remuement significatif du vin entraîne une interdiction à la jouissance ; en outre, un simple contact qui ne remue que légèrement le vin interdit seulement à la consommation, mais pas au profit. En outre, selon le Ramban, le Rashba et le Ritva, même un simple contact sans remuement interdit le vin à la jouissance, car tout contact provoque un mouvement quelconque du vin. Cette position est aussi adoptée par le Taz (YD 124, s.k. 11), le Knesset HaGuedola, le Gaon de Vilna (ad loc. s.k. 31), et le H'oh'mat Adam (Klal 76, al. 7).
(2) Le Rambam (id. hal. 4) a statué que lorsqu'un récipient est fermé, un non-Juif peut le déplacer d'un endroit à un autre, même si le vin à l’intérieur est agité, car cela n’est pas considéré comme une manière de faire une libation. Ainsi, s'il déplace une outre de vin tout en tenant son ouverture dans la main, que l'outre soit pleine ou partiellement remplie, cela reste permis, bien que le vin bouge à l'intérieur. Le Sh. Ar. (YD 125,9) tranche de même.
Le Shah' (YD 125,17) précise que l’expression « il tient l’ouverture de l’outre » signifie que le récipient est fermé, et donc il ne s’agit pas d’un contact direct avec le vin. La raison de cette permission, comme dit et l'expliquent le Rambam et le Beit Yossef (YD 125,9), est que le fait d’agiter un récipient fermé n’est pas une manière usuelle de faire une libation.
Il faut aussi souligner que le terme « récipient fermé » signifie fermé par un bouchon, et qu’il n'est pas forcément nécessaire d'avoir un double scellement (h'otam betoh' h'otam). En effet, la règle du double scellement ne s’applique que lorsque le vin est passé en possession du non-Juif, et non dans un cas où le vin reste dans le domaine du Juif et que le non-Juif ne fait que le manipuler brièvement. Par conséquent, en pratique, si un non-Juif déplace une bouteille de vin bien fermée, le vin n'est pas du tout interdit, ni à la consommation ni au profit.