Rav Elikan
Torah
Torah9 septembre 2022Questeur #17WhatsApp

Question

Bonjour Rav

D’après les kabbalistes qui interdisent de lire la torah ecrite la nuit, est-il prohibé selon eux de dire le passouk ברוך ה לעולם אמן ואמן apres une etude de nuit?

Merci

Réponse du Rav Shmuel Elikan

Il est de notoriété que l'Ari zal affirmait qu'il est interdit d'étudier la Torah écrite la nuit (1) - hormis les veilles de Shabat et de fête, où cela est permis (2). Toutefois, de nombreux décisionnaires considèrent qu'il ne s'agit qu'un usage et qu'il est permis selon la halah'a d'étudier la Torah écrite la nuit (3) et surtout les psaumes (4).

Ainsi, de nombreux kabbalistes écrivent que si quelqu'un dit des psaumes la nuit, même avant h'atzot, on ne doit pas l'en empêcher (5).

________________________________

(1) cf. Sha'ar HaMitzvot, par. Vaeth'anan 35b, rapporté par le Ba'er Heitev OH 238, s.k. 2 et le H'ida dans son Birkei Yossef (id. 238, s.k. 2 et OH 1 s.k. 13). Cette même idée apparaît déjà chez Rabbi Menah'em Reccanati dans son comm. sur la Torah, par. Yithro, s.v. veda ki tzarih' (45a en bas de la page). Cependant Ribbi Yaakov Moshé Toledano (1879-1960 - dans resp. Yam HaGadol §8) repousse les différentes preuves apportées des enseignements de nos Sages par ces rabbins aux propos du Ari zal et donne une explication plus pragmatique - à l'époque il faisait sombre et il n'y avait pas moyen d'allumer la lumière comme aujourd'hui, les bougies étaient chères et donc, on n'étudiait pas la Torah écrite la nuit, car il fallait voir le texte, par contre la Torah orale, récitée par cœur, on peut l'étudier la nuit, même sans voir. Cette même explication est en réalité déjà écrite par le Rav David Louria (RaDaL - 1798-1855) dans son commentaire sur le Pirkei deRabbi Eliezer (chap. 46, al. 10).

(2) cf. resp. Rav Pe'alim, vol. II, §2.

(3) Le Rav Israël Méir Kagan, auteur, entre autres, du Mishna Beroura, écrit dans Sha'ar HaTzioun OH 238, s.k. 1 que selon les propos du Ba'er Heitev il est effectivement interdit d'étudier la Torah écrite la nuit, mais selon le Pri Megadim (ad loc, mishbetzot zahav s.k. 1) il semble bien que cela soit permis. L'auteur du Yalkout Avraham (le Rav Avraham Lifshitz de Munkacz, OH id. lettre 52) écrit qu'a priori il s'agit d'un enseignement talmudique explicite et il ne comprend pas comment cela a pu échapper à tous les rabbins qui ont traité de la question; en effet, dit-il dans TB Berah'ot 4b, nos Sages enseignent qu'en rentrant du champs le soir, on a le droit de lire, à la synagogue, des versets bibliques, si tel est l'usage. On voit de là clairement qu'on peut lire des versets de la Torah écrite la nuit !

Son fils, le rav Shabtai Lifshitz écrit dans son Sefer HaEshel (Ma'areh'et Lamed, al. 6) qu'il s'agit d'une preuve claire et limpide sur laquelle on peut clairement s'appuyer pour étudier la nuit, mais qu'elle est contraire à un autre enseignement rabbinique dans le Tanna deBei Eliahou Rabba, chap. 2. Toutefois, le Maharsham dans son livre Da'at Torah (OH 238, 2) contredit ces arguments en rappelant que selon le Maguen Avraham (Gombiner - OH 232, s.k. 8), l'enseignement rabbinique du traité de Berah'ot parle d'un temps qui est "proche de la nuit", juste au coucher du soleil où il fait déjà sombre, et non pas de la nuit. Ainsi, il n'y aurait pas de source rabbinique justifiant l'étude de la torah écrite la nuit. En outre, en public, le rav Yekoutiel Teitebaum (1808-1883; resp. Avnei Tzedek YD §102) écrit que même selon l'Ari zal il n'y a aucun problème, tel qu'on peut le voir dans le livre Mishnat H'assidim (Masseh'et HaSheh'iva, 1,1) selon certaines considérations kabalistiques. Le Rav Alexandre Zisskind d'Horadna (décédé en 1794) écrit dans son Yessod VeShoresh HaAvoda (VI,2) que les propos du Ari ne s'appliquent que lorsque l'on récite un verset sans le comprendre, mais si on l'étudie, il n'y a aucun problème. Cf. encore à ce sujet resp. Vayeh'i Yaakov OH §9 et le rêve étrange que son maître, le Rav Yeh'iel Meir de Gustinin, fit à ce propos. Par ailleurs, dans le H'emdat Yamim (part. Shabat, chap. 18, 102b) il est écrit que cet interdit du Ari ne touche que les gens savants qui connaissent bien la Torah. Cette même idée se retrouve chez le H'ida, à la fin du "Petah' Eiynaim", dans les ajouts, ainsi que chez le Ben Ish H'ai (1ère année, par. Pekoudei, lettre 7). On pourrait ainsi expliquer l'enseignement rabbinique dans le traité de Berah'ot qui parlerait d'un homme qui n'est pas un savant, un sage et qui rentre du champs, lui a le droit de lire des versets, car il ne sait pas étudier autrement. Cf. encore resp. Yabia Omer (Yossef), vol. VI, OH, §30.

(4) cf. Sefer Yaffeh LaLev, vol. I, §238, s.k. 3 qui affirme que les kabbalistes ne parlaient que du H'oumash et pas des Tehilim. Cf. encore les propos du H'ida dans resp. H'ayim She'al, vol. II, §25 au nom du Rashash et resp. Yossef Ometz §54; resp. Rav Pe'alim II OH §2 et Ben Ish H'ai cité précédemment; resp. Yabia Omer, cit. plus haut ; cf. aussi resp. Siah' Itzh'ak §116 qui pense que cela est malgré tout interdit, selon le Tanna DeBei Eliahou. Dans resp. Mei Yehouda (OH §22), ainsi que dans resp. Vayeh'i Yaakov (cité plus haut), les auteurs soutiennent la thèse selon laquelle ce qui a été interdit est la lecture/étude des versets, mais leur récitation comme prière ne l'a jamais été ! Par conséquent, on peut lire des tehilim dans un tel but, même selon ceux qui suivent toutes les coutumes du Ari. Le verset dit à la fin d'une étude est considéré alors comme une prière.

(5) cf. Piskei Teshouvot OH 238, §3 et sources citées et c'est également l'avis du rav Mordeh'ai Eliahou, etc.