Question
Bonjour Rav,
Comment comprendre la déclaration de Rabbi Eliezer à la suite du décès de sa servante :
« De la même manière que lorsqu’une personne perd son taureau ou son âne, on le réconforte en lui disant ‘Hamakom yemalé ‘hesronkha’ (Que l’Omniprésent comble ta perte), ainsi dit-on à celui qui a perdu son serviteur ou sa servante » (Berakhot 16b).
A l’opposé de la formule classique lorsqu’une personne perd un proche (Birkat Avelim, Tanhoumei Avelim, Amida Bechoura…)
Cette affirmation soulève une question plus large sur la place de l’esclave dans la société à l’époque talmudique et sur sa valeur en tant qu’être humain. Comment concilier la vision de la Torah, qui reconnaît en chaque individu le Tselem Elohim (l’image divine), avec des déclarations qui semblent déshumaniser et objectifier les esclaves ?
Merci
Réponse du Rav Shmuel Elikan
La question "plus large", devrait prendre en compte ce qui se passait à cette époque dans les sociétés environnantes. Personne ne priait ou n'exprimait un quelconque regret après la mort d'un esclave... Il y a dans ce passage talmudique, même dans la discussion de sa limite, quelque chose de profondément humaniste et révolutionnaire pour l'époque.
Les Tossafot expliquent le rationnel de cet enseignement : si l'on faisait les rites de deuil à un esclave tel qu'on les faisait pour un juif, on risquait de se tromper dans les "youh'assin" et de considérer sa famille comme juive.
Le Rav Yeh'ezkel Landau dans son commentaire Tzlah' (ad loc.) ajoute que pour un esclave "casher", c'est-à-dire qui se comportait cordialement, de manière civilisée et morale - s'il était clair que c'était un esclave et qu'on ne risque pas de se tromper sur le statut de sa famille, il est tout à fait permis, de recevoir des condoléances et faire des rites de deuil (shoura) comme pour un Juif.
Notons que ces lois n'ont absolument aucune valeur de nos jours où l'esclavage a été aboli.