Rav Elikan
Fetes
Fetes2 mars 2025Questeur #169WhatsApp

Question

Boker tov Rav,

Question sur le michte de Purim cette annee : quelle est la meilleur facon d organiser le michte vendredi etant donne que cela doit etre un grand repas mais d un autre cote nous devons arriver avec de l appetit pour le repas du Chabbat vendredi soir ?

Réponse du Rav Shmuel Elikan

Deux coutumes sont rapportées par les décisionnaires au sujet du repas de Pourim lorsque Pourim tombe un vendredi.

- Certains ont écrit qu'il convient d'avancer le repas au matin, permettant ainsi de faire un repas honorable le soir du Shabbat¹.

- D'autres ont écrit qu'il faut faire le repas de Pourim l'après-midi et le prolonger jusqu'à l'entrée du Shabbat. À l'entrée du Shabbat, on fera le kiddouch, on "étend une nappe et sanctifie" (porèsse mappa oumekadesh)², puis on continue le repas comme un repas de Shabbat habituel.

L'avantage de la seconde coutume est que, généralement, le matin de Pourim, on est occupé par l'accomplissement des mitsvot du jour (lecture de la Méguila, Mishloa'h Manot et Matanot Laevionim), et le vendredi après-midi, on est encore plus occupé par les préparatifs du Shabbat.

Il est donc difficile d'organiser le repas de Pourim le matin. De cette manière, on peut terminer les mitzvot du jour et les préparatifs du Shabbat avant le repas de Pourim, puis organiser le repas de Pourim de façon à ce qu'il se prolonge dans le repas de Shabbat.

C'est ainsi que témoigne le Méïri de Perpignan à propos de cette coutume :

> "Nous-mêmes et nos ancêtres avons l'habitude, lorsque Pourim tombe un vendredi, de commencer le repas avant l'entrée de Shabbat, jusqu'à ce que le jour soit sanctifié ; nous étendons alors une nappeet sanctifions, puis nous terminons le repas"⁴.

Instructions pour ceux qui adoptent la méthode de _"poser une nappe et sanctifier"_ (porèsse mappa oumekadesh) :

1. A priori, il faut prier Min'ha avant le repas.

2. A priori, il est préférable de commencer le repas avant "Minh'a Ketana"⁵, c'est-à-dire deux heures et demie environ avant le coucher du soleil, afin que, lorsque Shabbat entrera, on ait de nouveau de l'appétit pour le repas du Shabbat. De plus, cela permet qu'une partie significative du repas ait lieu pendant Pourim lui-même. En cas de nécessité, on peut commencer jusqu'au coucher du soleil⁶.

3. À l'heure de l'allumage des bougies, les femmes doivent allumer les bougies du Shabbat.

4. Ensuite, avant le coucher du soleil, on doit interrompre le repas (sans réciter le Birkat Hamazon) et réciter les Psaumes de Kabbalat Shabbat et Leh'a Dodi, comme d'habitude. On peut aussi prier Arvit à ce moment-là, ou après le repas. On peut également aller à la synagogue pour Kabbalat Shabbat et Arvit. Toutefois, si l'on va à la synagogue, il est préférable que certains convives, comme les femmes par exemple, si elles veulent, restent sur place⁷.

5. Il faut recouvrir les h'allot et faire le kiddoush. Si on a déjà bu du vin pendant le repas de Pourim, on ne récite pas la bénédiction "Boré Péri Haguéfèn"⁸. On récite seulement "Vayih'oulou Hashamayim...", puis la bénédiction "Ashèr Kidéshanou Bémitsvotav VéRatsa Banou... Mekadesh Hashabbat".

6. Ensuite, on procède à la betzia (découpe) du Leh'em Mishné (les deux pains du Shabbat)⁹. Toutefois, puisque le repas se poursuit depuis celui de Pourim, il n'est pas nécessaire de se laver les mains ni de réciter la bénédiction Hamotzi sur les pains¹⁰.

7. Même pendant le repas de Shabbat, il faut essayer de manger au moins quelques plats cuisinés en l'honneur de Shabbat¹¹. A priori, on doit prolonger le repas jusqu'à la nuit pour qu'au moins une partie de celui-ci ait lieu de nuit¹².

8. À la fin du repas de Shabbat, on récite le Birkat Hamazon. Dans le Birkat Hamazon, on doit dire Retzé (la prière spécifique pour Chabbat). Concernant Al Hanissim (la prière spécifique à Pourim), certains décisionnaires estiment qu'il ne faut pas la dire, car il y aurait une contradiction entre Retzé et Al Hanissim¹³. D'autres pensent qu'il faut la dire, car le repas a commencé pendant Pourim et s'est terminé pendant Shabbat¹⁴.

__________

¹ C'est ainsi que tranche le Rema OH 695, 2.

² TB Pessah'im 100a.

³ C'est ce qu'a écrit le Méïri (Ketouvot 7b), ainsi que le Maguen Avraham (OH 695, s.k. 9) au nom du Mordeh'ai. C'est également écrit dans le resp. Zéra Emet (de Rabbi Yishmaël haCohen de Modène, vol. III, §79). Le livre Nahar Mitzrayim (Hilh'ot Pourim, §13) rapporte que c'était aussi la coutume à Jérusalem. D'autres sources sur ces deux coutumes se trouvent dans le livre "Pourim Meshoulash" du Rav Sarya Deblitzky (chap. 1, al. 6).

⁴ Beit Habeh'ira, Ketouvot 7b.

⁵ Voir Sh. Ar. OH 249,2 et Resp. Maharil, §56, al. 8.

⁶ Sh. Ar. OH 249,2.

⁷ Sh. Ar. OH 178,2, et ainsi écrit le Resp. Zéra Emet, id.

⁸ Sh. Ar. OH 271,4.

⁹ Arouh' HaShoulh'an OH 271,13.

¹⁰ Sh. Ar. OH 271,4 et Mishna Beroura id. s.k. 18.

¹¹ Be'our Halah'a OH 249,2, s.v. Moutar.

¹² Mishna Beroura OH 267, s.k. 5.

¹³ H'ayei Adam Klal 155, al. 32 ; Mishna Beroura OH 695, s.k. 15.

¹⁴ TaZ, OH 188, s.k. 7. Le Méïri cité plus haut écrit que leur coutume était de dire Al Hanissim, mais cela repose sur l'idée que Al Hanissim est aussi pertinent le 15 Adar, qui est Shouchan Pourim. Selon cela, lorsque Shouchan Pourim tombe un vendredi et que le repas se termine le Shabbat, il ne faudrait pas dire Al Hanissim. Pour une discussion plus approfondie sur la contradiction entre deux statuts (Tartei Désatrei) en général, et sur Al Hanissim dans le repas de Pourim en particulier, voir dans resp. BeMareh HaBazak, vol. 5, §63, concernant le repas de Pourim après Plag Haminh'a lorsque l'on a déjà prié Arvit.