Question
Bonjour
Est ce Qu une vaisselle en porcelaine ayant servi à de la viande peut être reconverti en halavi ? Si oui j aimerais savoir le process … merci
Réponse du Rav Shmuel Elikan
A priori, on évite parce qu'on considère que la porcelaine "avale" le goût de nourriture chaude de manière notoire.
En cas de besoin, surtout si cette vaisselle n'a pas été utilisée longtemps et qu'elle nous est chère - il y a sur qui s'appuyer, en la trempant trois fois dans de l'eau bouillante ('agala) (1).
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(1) La Guemara dans Pessah’im (30b) pose la question de savoir comment rendre cashère les "Mané Dekounia" pour Pessa’h. Les Mané Dekounia sont des ustensiles en terre cuite recouverts d’une couche de revêtement.
La Guemara affirme qu’ils ne peuvent pas être rendus cashère pour Pessah'. Cependant, si ces ustensiles ont été utilisés pour du vin de nesseh', ils peuvent être purifiés, car l'utilisation du vin se fait à froid et non à chaud. Rashi explique qu’il s'agit d’ustensiles en terre cuite ou porcelaine recouverts de plomb. Rabbenou Tam, dans les Tossafot (Avoda Zara 33b, s.v. Kounia), soutient une opinion différente : il s’agirait d’ustensiles en terre cuite recouverts ou porcelaine d'une fine couche de verre, mais s'ils sont recouverts de plomb, selon lui, ils pourraient être rendus cashères pour Pessa’h.
Le Shoulh'an Arouh' (OH 451,23) tranche, concernant les lois de Pessah', qu'un tel ustensile en terre cuite ou porcelaine recouvert de verre est considéré comme de la terre cuite ou porcelaine et non comme du verre. Il semble donc qu’il adopte l’avis des Tossafot (cela se déduit également de ce qu'il écrit dans le Beit Yossef), selon lequel la Guemara parle d'ustensiles recouverts de verre.
Le Pri H'adash (ibid.) remarque que, selon le Rambam dans hil. H'amets OuMatza (chap. 5, hal. 25), il s'agit d’ustensiles recouverts de plomb, et il conclut qu’ils ne peuvent pas être rendus cashères pour Pessah'.
De plus, le Pri H'adash remet en question la décision de Rabbenou Tam autorisant la cashérisation d'un ustensile recouvert de plomb. Selon lui, la Guemara parle d’ustensiles en verre, et comme le verre absorbe moins que le plomb, il est incohérent de permettre le plomb. Il écrit que quiconque suit Rabbenou Tam dans ce domaine "mérite un blâme".
De même, le rav Bah'rah' dans son Mekor H'aïm et le rav Kagan dans son Mishna Beroura (ibid. s.k. 138) statuent qu’il est interdit de cashériser des ustensiles recouverts de plomb.
Le rav Benbenisti dans son Knesset Haguedola (Y.D. 121, Hagahot Tour s.k. 26) écrit que cette rigueur s'applique uniquement aux lois de Pessah', où la fermentation n’est pas annulée même dans une proportion de 1/1000, mais pas aux autres interdits alimentaires. Pour lui, il est possible de rendre cashère des ustensiles en terre cuite recouverts de verre ayant absorbé un interdit.
Le rav Yaakov Emden (resp. She'ilat Ya'avetz vol. I, §67) autorise également, dans le cas d’ustensiles en porcelaine ayant absorbé un interdit autre que le h'amets, car ils sont lisses, suivant l'opinion du Knesset Haguedola.
Dans les responsa BeMareh Habazak (vol. II, §49), il est statué que si des ustensiles en porcelaine ont été utilisés à froid, ils peuvent être autorisés sans cashérisation si 12 mois se sont écoulés depuis leur dernier usage interdit (mélange lait-viande ou aliment interdit).
En revanche, si l'interdit a été absorbé à chaud, il n’est possible de les cashériser que dans un cas de grande perte financière, comme lorsque le service est très coûteux et difficilement remplaçable.
Dans ce cas, il faut s'assurer que les ustensiles n'ont pas de fissures (car la cashérisation serait alors inefficace), puis procéder à trois immersions successives dans l'eau bouillante.
Cette décision repose sur l’opinion du rav Feinstein (resp. Iggrot Moshé Y.D. vol. II, §46), qui autorise dans des cas de grande perte, notamment pour les personnes revenant à la pratique religieuse, si 12 mois se sont écoulés depuis le dernier usage interdit. Selon lui, l’absorption a alors totalement disparu. Il ajoute que l'usage principal de ces ustensiles se fait généralement en "kéli shéni" (récipient secondaire), et il n'y a qu'un doute concernant un aliment solide chaud (devar goush). Dans ce cas, il permet la cashérisation par trois immersions.
À l’inverse, le Rav Meshoulam Rothe (resp. Kol Mevassèr vol. I, §80) autorise uniquement si l'usage est limité à un "keli shlishi" (récipient tertiaire), mais pas si l'ustensile a été utilisé en keli chéni.
Le Rav Ovadia Yossef (resp. Yabia Omer, Y.D. §6) autorise, en cas de grande nécessité, même la cashérisation d'ustensiles en terre cuite par trois immersions.
A noter que beaucoup sont plus stricts - cf. ce qu'écrit le rav Sternbuch dans resp .Teshouvot VeHanhagot vol. IV, §191.
Certains ont écrit qu'il faut distinguer entre les anciens ustensiles en porcelaine, qui étaient effectivement recouverts d'une couche de verre, et la majorité des ustensiles en porcelaine utilisés aujourd’hui, qui ne sont pas recouverts de verre mais simplement peints. Ces ustensiles absorbent donc comme de la terre cuite, et il n'est pas possible de les rendre casher par immersion. A noter que dans ses resp. Siah' Nah'oum (p. 165), notre maître le rav Rabinovitch, explique que les ustensiles modernes ne sont pas réellement en porcelaine. Cf. encore responsa H'ayei HaLevi vol. IV, §56, al. 6).