Rav Elikan
Divers
Divers20 mars 2026Questeur #12WhatsApp

Question

Bonjour rav. D'après Maïmonide, si un amalecite se convertit, est-il contraint d'attendre 3 générations pour intégrer le "kahal Hachem" du fait de son origine edomite ? Merci beaucoup Rav

Réponse du Rav Shmuel Elikan

Non, pour deux raisons.

1. Amalek est une nation à part entière et n'est pas "édomite".

2. Sanh'ériv ayant "mélangé" les Nations, il n'y a plus de nation édomite et donc cette loi est, de fait, caduque (1).

Par ailleurs, notons qu'il n'est pas évident qu'un amalécite (s'il en existait), puisse se convertir (2).

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(1) Cf. Rambam, Hil. Issourei Bia 12,25 et comm. ; Méïri, Beit haBeh'ira sur Berakhot 28a ; Rosh, Berakhot chap. 8, §4 ; Rashba sur Yevamot 76b etc. Tour et Sh. Ar. avec comm. Even Ha'ezer, siman 4.

(2) A. L'interdiction originelle de recevoir des convertis d'Amalek: il est rapporté dans la Mekhilta de Rabbi Shimon bar Yoh'aï (chapitre 17) :

> « "Et il dit : Car la main est sur le trône de l'Éternel (Y-H) – dès qu'Il s'est assis sur le trône de l'Éternel, à ce moment-là, l'Éternel a une guerre contre Amalek de génération en génération, telles sont les paroles de Rabbi Yehoshoua. Rabbi Elazar HaModaï dit : Le Saint Béni Soit-Il a dit que si des gens de toutes les nations viennent se convertir, Israël les acceptera, mais d'Amalek, Israël ne les acceptera pas, comme il est dit (II Samuel 1, 13) : David dit au jeune homme qui lui annonçait la nouvelle : D'où es-tu ? Il répondit : Je suis le fils d'un homme étranger converti (Guer), un Amalécite. [À ce moment-là] David s'est souvenu de ce qui lui avait été dit par Moïse son maître : si des gens de toutes les nations du monde viennent se convertir, Israël les acceptera, et d'Amalek, on ne les acceptera pas. »

Ceci est également rapporté dans la Mekhilta (Parashat Beshalach, Massekhta de-Amalek, parasha 2) au nom de Rabbi Eliezer, et telle est l'opinion de Rabbi Ilaï dans le Midrash Tanh'ouma (éd. Varsovie, Ki Tetse §11).

Il en ressort que l'on n'accepte pas de convertis issus d'Amalek.

C'est d'ailleurs ce que tranchent Rabbi Yitzh'ak ben Yakar (dans le Commentaire des prières et des bénédictions, p. 56), le Tzouf Devash (Shaar Hah'atzer 125a-b), et de nombreux autres.

B. Le statut de la conversion Ammonite et Moabite

Concernant un converti Ammonite ou Moabite, la Torah a dit (Deutéronome 23, 4) :

> « L'Ammonite et le Moabite n'entreront pas dans l'assemblée de l'Éternel ; même leur dixième génération n'entrera pas pour eux dans l'assemblée de l'Éternel. »

Cela signifie que bien que l'on accepte les convertis d'Ammon et de Moab, il leur est néanmoins interdit d'épouser une fille d'Israël jusqu'à dix générations.

Il convient de discuter si l'on doit tenir compte de cette Halakha (loi) également de nos jours, après que Sanh'ériv a brouillé les nations et qu'on ignore où ces nations se sont mélangées, ou si l'on suit en cela la majorité, présumant que tout converti se présentant à nous n'est pas issu de ces nations.

C. La contradiction posée par les descendants de Haman

Avant de clarifier cette Halakha (concernant le mélange des nations), il faut discuter du principe même de l'interdiction d'accepter des convertis d'Amalek.

Les A'haronim ont demandé comment concilier les propos de la Mekhilta susmentionnée avec ce qui est dit dans la Guemara dans Guittin (57b) et dans Sanhédrin (96b) :

> « Parmi les petits-enfants de Haman, certains ont étudié la Torah à Bnei Brak, et il s'agit de Rabbi Shmuel bar Shilat. »

Or, Haman l'Agaguite était Amalécite !

Comment a-t-on pu accepter ses descendants dans l'assemblée de l'Éternel ?

Le Iyoun Ya'akov (du rav Reicher auteur du Shevout Yaakov) sur Sanhédrin 97b, qui s'est penché sur cette question et l'a laissée en suspens - tzarikh yioun !

Plusieurs réponses ont cependant été formulées à ce sujet dans les livres des A'haronim :

1. Le H'ida dans le livre Ayin Zocher (Maar. Guimel, al. Aleph) et dans (Yaïr Ozen 3, 1) a statué que le Talmud de Babylone est en désaccord avec la Mekhilta sur ce point (s'appuyant notamment sur l'avis de Rabbi Elazar HaModaï), et que la Halakha est que l'on accepte les convertis d'Amalek.

Il déduit cela des termes du Rambam (Lois sur les unions interdites [Issourei Biah], chap. 12, halakha 17) qui écrit :

> « Toutes les nations, sans exception, lorsqu'elles se convertissent et acceptent tous les commandements de la Torah... sont comme des Israélites à tous égards. »

En écrivant "toutes les nations", cela impliquerait implicitement Amalek.

De même, le Rambam dans les Lois de Sanhédrin (chap. 18, halakha 6) écrit :

> « Le fait que David ait tué le converti amalécite sur ses propres aveux était une directive temporaire (Hora'at sha'ah) ou une loi royale. »

Si l'on n'acceptait pas les convertis d'Amalek, le Rambam n'aurait pas eu besoin de justifier cet acte par une "directive temporaire", car un non-Juif n'est pas soumis à la règle empêchant l'exécution sur de simples aveux.

Le Meshekh H'okhma (fin de la par. Ki Tétzé) explique que David l'a tué car un descendant de Noé (Ben Noa'h) peut être mis à mort sur ses propres aveux. Toutefois, le rav Ménashé Klein (resp. Mishneh Halakhot, vol. IX §355 et vol. VI, §220) s'étonne de cette affirmation, en effet, dans la discussion de la Guemara dans Sanhédrin (54a), on voit qu'un Ben Noa'h est mis à mort sur le témoignage d'un seul témoin et d'un seul juge, mais rien n'indique que ses propres aveux suffisent - voir Sanhédrin 9a-b et comm. pour les nuances sur ce point).

Quant à la question de savoir comment on peut convertir un Amalécite sans annuler le commandement positif de les exterminer : l'opinion du Yereïm (Mitsva 299) est que le commandement d'effacer Amalek n'incombe pas à chaque Israélite mais au Roi seul. Un tribunal (Beit Din) acceptant un Amalécite n'annule donc pas ce commandement.

2. L'acceptation préalable des lois noahides

Le Rambam, Lois des Rois (chap. 6, hal. 4) écrit concernant les sept nations cananéennes et Amalek que s'ils ne font pas la paix, on ne laisse en eux "aucune âme". Le Raavad sur place objecte que même s'ils veulent faire la paix, on ne les accepte pas. Le Kesef Mishneh sur place explique l'intention du Rambam : s'ils acceptent d'accomplir les sept lois des enfants de Noé, ils perdent leur statut d'Amalek ou de nations cananéennes et deviennent des résidents étrangers (Guèr Tochav) valides.

Ceci est justifié dans l'Avnei Nezer (OH §508, rapporté par le resp. Tzitz Eliezer vol. XIII, §71 ainsi que le resp. Dovev Mesharim, vol. III, §66) par le fait que les enfants ne meurent pas pour les péchés de leurs pères, sauf s'ils perpétuent leurs mauvaises actions. Le H'azon Ish (notes sur Rambam, Lois des Rois, chap. 6, halakha 4) précise que le refus d'accepter un Amalécite ne s'applique qu'à celui qui est sorti en guerre contre Israël.

Le Har Ephraïm (sur la Mekhilta, fin de Beshalach, 'et à Amalek') utilise cette même logique : dès qu'un Amalécite accepte les sept lois noahides, il sort de la catégorie "Amalek" et on peut le convertir. Cela expliquerait les descendants de Haman.

3. L'interdiction a priori et la validité a posteriori (Bedi'avad)

Comme le soulignent plusieurs décisionnaires (voir le livre Emek Berakha p. 126, sujet de l'effacement d'Amalek ; resp. Yeshouot Malko, Likoutim, §15 ; Rav Y. M. H'arlap dans Beit Zevoul III, §21 ; resp. Nitei Eitan vol. V, §60), cette interdiction n'est pas un défaut dans les lois de la conversion, mais un détail du commandement d'effacer Amalek. Par conséquent, s'ils ont transgressé et les ont convertis, la conversion est valide a posteriori (Bedi'avad).

Ainsi est-il expliqué dans les propos des Tossefot dans Yevamot (24b) et du Rambam (Lois sur les unions interdites, chap. 13, halakha 16) concernant les conversions faites par des ignorants à l'époque de David et Salomon : la conversion reste valide.

A contrario, le Rav Yerouh'am Fischel Perla (Sefer haMitzvot, Commandements négatifs 263, s.v. 'omnam') soutient que même a posteriori la conversion est nulle.

L'auteur du Manot HaLevi (Rav Shlomo Alkabetz, éd. Manot Ish, pp. 214-215), dont les propos sont discutés dans le livre Meguilat Sefer (sur le Smag, commandements négatifs 115) et dans le Kol Mevasser (Rothe, vol. II, §42), écrit que le tribunal ne doit pas le convertir, mais que s'il s'est converti de lui-même, on l'accepte (et ces derniers estiment même qu'il pourrait être interdit de venir dans l'assemblée malgré sa conversion).

4. Les questions d'ascendance et de statut généalogique

Le Tzafnat Paaneach (Kountrass Hashlama, folio 6b) écrit qu'Haman était l'esclave de Mardochée et s'est marié à une étrangère. Or, selon le Rambam (Lois sur les unions interdites, chap. 15, halakha 6), l'enfant d'un esclave suit la mère. Toutefois, cela ne s'applique qu'à un esclave ayant fait l'immersion rituelle. De plus, il est rapporté dans Shmuel (I, chap. 15) et dans le Tanna DeBei Eliyahu (chap. 20-22) qu'Agag, épargné cette nuit-là, s'unit à une servante qui engendra Haman, prouvant que le statut d'Amalek suit le père.

5. D'autres explications intermédiaires sont données :

* Le Maharsham de Brezhen (resp. vol. III, §272) suggère que les descendants de Haman provenaient de sa fille mariée à un non-Amalécite.

* Rabbi Tzadok haCohen de Lublin (Ressissei Laïla 38, 5) suggère qu'un descendant de Haman aurait violé (!) une fille d'Israël, l'enfant étant Juif.

* Le Rav Yossef Angel (Guilyonei HaChass, Guittin 57b, s.v. 'mibnei') et le H'ida (Tov Ayin sur Guittin 51b) concluent que si le père est Amalécite on refuse de le recevoir, mais si sa mère est Amalécite, on l'accepte.

* Le Shevout Yehuda (sur la Mekhilta) dit que si plusieurs générations se sont écoulées avant la découverte de l'origine, la conversion est valide ; sinon elle est nulle.

D. Il convient de se demander si l'on doit craindre cette interdiction aujourd'hui, après que Sanh'ériv a brouillé les nations

Cette question est abordée dans la discussion de la Guemara dans Berakhot (28a) concernant Yehouda, le converti Ammonite.

Rabban Gamliel lui interdisait l'entrée dans l'assemblée en vertu du verset (Deutéronome 23, 4).

Mais Rabbi Yehoshua lui a répondu :

> « Sanh'ériv, roi d'Assyrie, est déjà monté et a brouillé toutes les nations, comme il est dit... (Isaïe 10). »

Et ce, malgré les prophéties de retour évoquées dans Jérémie 49, 6 et Amos 9, 14.

La halah'a stipule qu'après le passage de Sanh'ériv, on s'appuie sur la majorité, et tout converti est présumé ne pas appartenir à ces nations interdites.

C'est ce que tranchent le Rambam, Lois sur les unions interdites (chap. 12, halakha 25), le Maggid Mishneh sur place au nom du Ramban, ainsi que le Méïri dans Nazir 23a.

C'est d'ailleurs avec cette même logique que le Rav H'aïm Pallache (Einei Kol 'Haï sur Sanhédrin 96b) conclut son analyse : c'est précisément parce que les Amalécites s'étaient mélangés aux autres nations, au point de perdre leur statut juridique, que l'ancêtre des sages de Bnei Brak a pu être converti. Ce ne serait, selon lui, que plus tard, par inspiration divine (Rouah' HaKodesh), qu'il a été révélé qu'il descendait d'Haman.