Question
Bonjour Rav. Rav Hutner dans son Pahad Itshak sur Pessah maamar 52, basé sur le Maharal, développe beaucoup les rapports entre pshat et sod. Il enseigne qu'il s'agit de réalités, et pas seulement de niveaux de lecture, totalement différents. Est-ce que cette analyse fait l'objet de débats ? Merci beaucoup. Chabat chalom
Réponse du Rav Shmuel Elikan
Oui, il existe différentes approches dans le rapport entre le pshat et le sod déjà chez H'azal (surtout dans la littérature des Merkavot, bien que la problématique y soit exprimée sous d'autres termes), et bien entendu chez les Rishonim.
Cela dépend surtout de la définition qu'on a du concept de "sod" d'une part et du rapport au réel, d'autre part.
Le réel est-il l'émanation d'un monde spirituel supérieur et donc le pshat et le sod sont juste des manifestations différentes provenant de la même source ou, au contraire, le réel est une création, dans laquelle, en tant que créatures, nous nous trouvons - bon gré, mal gré - et qui recouvre des degrés différents de spiritualité - le pshat étant le donné immédiat et le sod, ce qui est plus profond.
D'un point de vue herméneutique, on pourrait dire que le pshat est une réflexion des éléments donnés de manière obvie dans le texte et le "sod" un aspect qui se veut plus phénoménologique, pour décrire l'expérience du (rapport au) Divin.
Dans certaines traditions kabbalistiques, les éléments symboliques du langage (comme l'expliquent bien le Shaarei Orah, le Ramak et le Shefa Tal, entre autres) se veulent être des restes d'une tradition d'expérience prophétique. Ainsi, de même qu'un prophète voit dans le réel une image dans notre rapport au Divin ("makel shaked", "sir nafouah'", etc.), la personne "normale" (qui ne vit pas avec la prophétie) - voit dans une branche d'amandier - un bâton fait en bois d'amandier et rien d'autre. Il peut néanmoins en retirer toutes sortes de leçons d'ordre moral etc. (notamment, par exemple, en comparant tous les endroits où figure le mot "makel" dans la Torah pour en retirer un concept utile).
J'espère que l'explication est assez claire, si ce n'est pas le cas - merci de le préciser.