Rav Elikan
Divers
Divers6 janvier 2025Questeur #135WhatsApp

Question

Bonjour Rav

J’ai entendu certaines sources qui disent que la notion de Gilgoul n’a aucune base dans la Torah , et qu’elle serait empruntée à d’autres cultures / religions

Autre que Shaar Hagilgoulim , y a t il des sources dans les textes originaux ( Tanakh / Talmud) ou parmis les Rishonim qui parlent de ce concept?

Réponse du Rav Shmuel Elikan

Bien que la notion de réincarnation soit sujette à discussion, le concept de "guilgoul" - signifie peut-être autre chose que la réincarnation, à un niveau des âmes - est généralement accepté.

Le Rav Saadia Gaon au début du Moyen-Âge écrivait, concernant le concept de guilgoul, qu'il y avait sur ce sujet de nombreuses idées erronées et saugrenues, voire bizarres et qu'il ne fallait absolument pas s'y fier (1).

Après lui, Rabbi Avraham Ibn Daud (aussi connu sous son acronyme de "Ra'avad HaRishon") écrit aussi dans son livre Emouna Rama (2) qu'il n'y a pas de réincarnation et que c'est une croyance "fausse".

C'est également l'avis de nombreux autres rabbins de cette époque, puisque ce concept n’apparaîtrait nulle part dans la Torah ou chez nos Sages dans le Talmud (3).

La première apparition de ce concept serait dans le Sefer HaBahir un livre de mystique très ancien dont l'écriture est généralement attribuée à Rabbi Itzh'ak Sagui Nahor (litt. "qui voit bien" - appelé ainsi parce qu'il était aveugle - 1160-1235).

Cependant, le Ramban (Nachmanide) écrit (4) que c'est un "secret" connu par ceux qui l'ont reçu de leur maître, alors on n'a pas le droit en parler, à plus forte raison de l'écrire, dit-il, même l'allusion n'a aucune utilité.

Cela n'empêchera pas le Zohar d'en parler (5) ; et en effet, au treizième siècle, on commence à en parler un peu plus dans la littérature dite mystique (6).

Mais même à cette époque, il y eut de nombreux opposants à cette notion (7).

Seulement plus tard, alors, avec l'apparition des disciples du Ari, comme le Rav H'ayim Vital qui en parle en long et en large dans le Sha'ar HaGuilgoulim, ce concept devient "reconnu" (8) ; bien qu'au fil des années il continua a y avoir des opposants, sans grand écho pourtant (9).

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(1) cf. HaNivh'ar me'Emounot veDeot VI, 8 (p. 214 dans l'éd. Kaffih') - il ramène quatre preuves comme quoi il ne faut pas croire en la réincarnation.

(2) cf. Emouna Rama I, 6.

(3) C'est notamment l'opinion de Rabbi Avraham fils du Rambam et avant lui de Rabbi Shlomo Ibn Gabirol (Mekor H'ayim, p. 123c) qui dit que c'est une foi païenne (sic), l'opinion de Rav H'asdaï Crescas dans son Or Hashem (89b dans l'ancienne édition) ainsi que de son disciple le Rav Yossef Elbo dans son Livre des Principes (Sefer Ha'Ikarim) Maamar IV, chap. 29; Rabbi Yehouda Aryeh de Modène, lui aussi, a violemment réfuté les propos d'Abarbanel (sur parashat Ki-Tetze) concernant la réincarnation, dans son livre "Ben David" et c'est également l'opinion de nombreux autres encore.

(4) Torat Ha'Adam, Sha'ar HaGuemoul, 9a-b (imprimé dans Kitvei HaRamban du Rav Shavel éd. Mossad HaRav Kook, p. 279 ; cf. aussi Ramban sur Bereshit 38,8 et sur Yiov 33,30 ; resp. Maharalbach §8 ; Reccanatti sur par. Vayeshev, Bereshit 33,2 ; comm. du Levoush sur cela ramené dans le propos du Rav Shavel dans le premier tome des Kitvei HaRamban, p. 101, note 30.

Dans un même ordre d'idée, on raconte que le fils du Rosh (Rabbeinou Asher) lui aurait posé la question à son père: doit-on croire à la réincarnation-transmutation? Il aurait donné des preuves et des arguments que son père aurait repoussé l'un après l'autre et aurait conclu ainsi:

> "s'il y a une telle tradition, alors recevons la, sinon - non, car il n'y a aucune preuve suffisante".

(5) Il faut savoir qu'il existe une grande discussion que je m'abstiendrais de détailler, quant à la date exacte de l'écriture ainsi que de l'apparition du Zohar. Il aurait apparu sous forme publiée pour la première fois du temps du Rav Moshe De Léon (1240-1305). Toutefois, il semble que la notion de réincarnation pour le Zohar joue un rôle minime et n'est que la conclusion d'un manque dans le commandement d'enfanter (cf. Zohar, vol. III, p. 216b, etc.).

(6) Notamment chez Rabbi Yitzh'ak d'Acre ; Rabbeinou Peretz dans son magistral "Ma'areh'et Elokout" et chez les disciples du Ritva.

(7) cf. la lettre de Rav Yedayah HaPnini de Béziers envoyée au Rashba (imprimée dans ses resp. §418) qui soutient que cela est opposé à la foi en la résurrection des morts !

(8) cf. Ma'amar HaH'oh'ma du Ramh'al ; Kelalei Sefer Milh'amot Moshe, §15; H'essed LeAvraham (Azoulay) Maayan V, Nahar 17 et 21; Minh'at Yehouda (H'ayat) 150b ; etc.

(9) Comme durant la dispute de Candia en 1466, ou encore dans le livre "Kvod Elokim" paru en Turquie au 16ème siècle, et dans les œuvres du Rav Simh'a Luzzato (Venise, 17ème siècle) et du Rav David Nieto (dans son "Mateh Dan", Londres, 18ème siècle - à noter que ce livre a d'ailleurs engendré un doute sur l’intégrité religieuse de l'auteur et a été envoyé à Amsterdam chez le H'ah'am Tzvi (par ailleurs voisin de Rembrandt, au début de sa carrière, qui l'aurait même peint - l'image du "vieux juif") qui a lu et approuvé l'intégrité de ce fascinant livre et celle de l'auteur).