Rav Elikan
Berakhot
Berakhot7 avril 2024Questeur #3WhatsApp

Question

Bonsoir Rav et chavouatov,

Concernant birkat hailanot, ma compréhension est qu'il faut 2 arbres fruitiers pour pouvoir faire la brakha si on veut suivre tous les avis (il y a ceux qui tiennent qu'un arbre suffit si j'ai bien compris).

Si l'on veut suivre l'avis le plus stricte mais qu'on a 2 arbres à quelques mètres de distance dans un parc et donc impossible de les voir en même temps mais il est possible de voir le bourgeon l'un après l'autre en marchant 1 ou 2 minutes, pourrait-on s'acquitter selon le premier avis en regardant l'un puis l'autre ?

Merci

Réponse du Rav Shmuel Elikan

Oui, il n'y a là aucun problème.

Il faudrait juste voir au moins un des deux arbres en fleur ou en bourgeon lorsqu'on récite la bénédiction (1).

L'occasion de revenir brièvement sur quelques lois de la bénédiction des arbres.

A. Dès la période de Nissan, on récite la bénédiction des arbres ( birkat ha'ilanot) sur un arbre fruitier en fleur même s'il a déjà fait sortir quelques fruits, tant qu'il a encore des bourgeons et/ou des fleurs ; néanmoins, il vaut mieux qu'il n'ait alors pas que des fruits mûrs sur lui, parce qu’il y a une grande discussion quant à savoir si l'on peut bénir sur de tels arbres, même la première fois qu’on les voit (2).

Quoi qu'il en soit, en cas de besoin, on pourra faire la bénédiction sur de tels arbres tant que les fruits sont jeunes, ne sont pas mûrs et/ou alors sans dire le Nom Divin ( shem ouMalh'out ) (3).

A noter qu'on ne fait pas la bénédiction sur des légumes et plantes, mais uniquement sur des arbres, qui ne sont pas interdits halah'iquement (comme orla - ses trois premières années où il nous est interdit de consommer ses fruits, ou sur un arbre produisant des fruits « composés » ( mourkav ), par exemple) (4).

B. Effectivement, a priori, il est préférable de réciter la bénédiction sur deux sortes d'arbres fruitiers (5), dans les champs (ou à l'extérieur en tout cas) (6) ou au moins deux arbres de la même espèce (7).

A posteriori, un seul arbre est suffisant (8), même en pot (9).

C. Si par erreur, on a récité la bénédiction sur un arbre qui n’est pas fruitier mais possède une odeur, on est acquitté a posteriori, et on n'aura pas besoin de refaire la bénédiction (10).

D. A priori, il vaut mieux réciter cette bénédiction le jour, mais, en cas de besoin, on peut se baser sur l'avis permettant et faire la bénédiction de nuit (11).

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(1) cf. Rambam, hil. Berah'ot, chap. 10, hal. 13.

(2) Cf. Sefer HaEshkol (§29) ; Ben Ish H'ai dans sa Haggada - Orah' H'ayim, al. 11 ; Mishna Beroura OH 226, s.k. 4 ; Piskei Teshouvot, id. §4

(3) Cf. Gra OH ibid ; Piskei Teshouvot id. au nom du Kaf HaH’ayim (Sofer).

(4) Bien que ce soit sujet à discussion et que certains permettent même dans le cas de la orla notamment – cf. Rabbi Akiva Eiger sur Sh. Ar. OH 226 qui hésite à ce propos ; Kaf HaH’ayim (Sofer) id. s.k. 11 ; Piskei Teshouvot, id. §6 qui semble tendre vers l’avis interdisant ; resp. Divrei Malkiel (Tennenbaum), vol. III, §2 qui interdit clairement et idem dans resp. Minh’at Itzh’ak (Weiss), vol. III, §25, al. 3 ainsi que resp. Yabia Omer (Yossef), vol. V, OH, §20 ; et ce, bien que certains permettent clairement – cf. resp. Neta Sorek OH §9 ; resp. H’elkat Yaakov (Breisch), vol. I, §56 ; resp. Beer Moshé (Stern), vol. III, §43 ; resp. Mishnat Yossef, vol. I, §60 ; resp. Dovev Meisharim, vol. III, §5 ; Beour Halah’a, OH 225, s.v. Peri ; cf. encore Yalkout Yossef, vol. 5 (Tefila, vol. II), éd. 1995, p. 346.

(5) cf. Ben Ish H'ai dans sa Haggada - Orah' H'ayim, al. 9

(6) cf. Resp. Hil. Ketanot vol. I, §28 ; Rambam, hil. Berah'ot chap. 10, hal. 13 ; Piskei Ri"d sur Berah'ot 43b selon le manuscrit de Munich ; cf. encore Pri HaAdama sur Rambam, ibid. (qui est encore plus strict et va jusqu'à interdire la bénédiction sur les arbres en pot, mais il s'agit d'un avis qui n'a pas été retenu par la grande majorité des décisionnaires).

(7) cf. H'ida, Moreh BaEtzba; Petah' HaDevir (OH 266, s.k. 6); cf. Badei HaShoulh'an t. II, p. 98.

(8) cf. Piskei Ra'avia, §120; resp. Mahari Moulin, §143; H'idoushei Ra'ah sur Berah'ot, 43b ; Badei HaShoulh'an, préc. cit.

(9) resp. Lev H'aim vol. II, §44-45; resp. Rav Pe'alim vol. III, §9.

(10) cf. Mor OuKtzia, OH 226 ; etc.

(11) cf. resp. Sheilat H'emdat Tzvi vol. I, §18, al. 9 qui semble interdire car on ne saurait profiter qu'au soleil des fleurs et de leur beauté ; resp. Har Tzvi (Franck), vol. I OH, §118, dans sa réponse au Rav Nissim, qui hésite, du fait qu'il soit marqué dans le Talmud "yomei deNissan", soit les jours et non les nuits ; alors que le rav Nissim permettait clairement en soutenant que ce n'est pas différent des autres bénédictions sur des choses que l'on voit que l'on peut réciter de nuit - cf. resp. Yein HaTov OH §44 rapporté dans resp. Tzitz Eliezer, vol. XII, §20, al. 6 et c'est également l'avis de nombreux décisionnaires dont le rav Greenblatt dans resp. Rivevot Efraïm, vol. VI, §458 et du rav Ovadia Yossef dans H'azon Ovadia, Pessah', I, p. 11 ; cf. encore Piskei Teshouvot OH 226, §3.