Rav Elikan
Torah

Question

Bonjour Rav,

L'enseignement que rapporte le cheelanaute se trouve dans Hovot Halevot chaar Hakhnia chapitre 7.

Kol tov

Réponse du Rav Shmuel Elikan

Shalom,

Merci pour votre contribution.

Ce passage de

Rabbeinou Bah'ya ibn Pakouda

que vous rappelez, et qui est également cité par le

H'afetz H'ayim

dans son livre

Shmirat HaLashon

, ne dit malencontreusement pas que les "

mitzvot

" passeraient à autrui et/ou que l'on prendrait ses

péchés.

En effet, dans ce cas quelqu'un qui dirait du mal d'un Juste ne prendrait que très peu de péchés, alors que quelqu'un qui médirait d'un mécréant se voit, au contraire, grandement puni ; tout cela n'est pas très logique, puisque ce ne serait pas proportionnel à la faute.

Ainsi, dans le livre

Mishpat Tzedek

(sur Tehilim, §281), il est dit que les mérites transférés sont relatifs au degré spirituel et au niveau de blessure ressentie par quiconque ferait honte à autrui. Et seulement dans la cas d'une honte faite à autrui nos

mérites

lui seraient transférés.

En outre,

Rabbenou Bah'ya

parle de "

mérites

", ce qui n'est pas tout à fait la même chose que de parler de transfert de "

mitzvot

" ou de fautes - et il faut comprendre de quoi il s'agit exactement.

Il me semble que Rabbenou Bah'ya lui même propose cela comme

une image

pour illustrer l'idée qu'il veut défendre (de ce qu'est la

kniya

).

Toutefois, il est vrai, le

H'afetz H'ayim

(

Shemirat HaLashon

I, Sha'ar HaZeh'ira, chap. 3 au nom de

rabbi

Raphaël d'Hambourg

) a pris les propos de

Rabbenou Bah'ya

au pied de la lettre, tout comme le

Rav H'ayim HaKohen Katz

, dans son commentaire du

Torat H'ovot HaLevavot -

Pat Leh'em

,

ad loc.

Cette même idée se retrouve encore dans le

Maggid Meisharim

du

Rav Yossef Karo

(parashat Vayakhel, p. 36), mais là encore il parle aussi de "transfert" de

mérites

de manière plus imagée.

Par ailleurs dans le resp.

Kinyan Torah

(II, §42) il est écrit très clairement que ce passage de Rabbeinou Bah'ya ibn Pakouda ne peut pas être tranché dans la

halah'a

, puisqu'il est figuratif et parle de choses "qui se passent dans le Ciel" et donc n'a aucune retombée pratique, halah'iquement parlant.

J'ai vu en outre dans le livre

Orh'ot Tzadikim

(

Sha'ar Ha'Anava

, s.v.

HaShlishi

) qu'il s'agit effectivement d'un transfert des "

mitzvot

" et des péchés !

Mais je dois vous avouer que cette idée me semble très étrange, et comme dit plus haut, peu raisonnable.

Peut-être est-ce une manière d'encourager les gens à ne pas dire de

lashon hara

, comme pour l'idée des

mérites

?

C'est en tout cas ce que semble dire le

Rav Sternbuch

(resp.

Teshouvot veHanhagot

, V, H'.M. §396) qui écrit que c'est également pour cette raison que cette idée n'apparaît pas dans le livre

H'afetz H'aim

, plus pratique, mais seulement dans

Shemirat HaLashon

, plus "spirituel".

Le

Rav Shlomo Rozner

dans son article qui figure dans le

Kountrass Shemirat HaLashon

, V, p. 23) explique bien que du langage de tous ces auteurs on ne parle que d'une partie des mérites et que cette idée de mérites doit encore être approfondie, parce que nous n'avons pas connaissance du mérite de chaque

mitzva

ou action que l'on fait, comme le dit la mishna dans Pirkei Avot.

Quoi qu'il en soit, dans le livre

Kotnot Or

de l'auteur du resp.

Panim Méïrot,

le rav

Meir Eisenstadt

(aussi connu sous le nom de

Maharam Esh -

1670-1744), dans son commentaire sur la parasha de H'ayei Sarah, cite "

Rabbeinou Yishaya

" qui selon le

Sefer H'assidim

citerait cette même idée de transfert de

mérites

.

Cependant, dans le livre

Pardès Tzvi

(paru en 1983, dans ses notes sur Tehilim, chap. 69), le

Rav Moshkovitz

fait remarquer que rien de tel ne figure dans le

Sefer H'assidim

que nous avons...

Toutefois il y est dit (§278) que quiconque paie ses impôts et dettes avec intégrité, prend

la part du monde futur

de ceux qui ne se comportent pas avec rectitude, pécuniairement.

Bref, on ne parle nullement ici de transfert de

mitzvot

et péchés

.

Pour comprendre cet enseignement de

transfert de mérites

, le

Rav Eliahou Dessler

écrit dans son

Mih'tav Me'Eliahou

(vol.

Teshouva-Yom HaKipourim-Soukot

, p. 594) qu'il s'agit d'une

image

pour nous faire comprendre le principe de

mida kenegued mida

.

Le

Rav H'aim Friedlander

, quant à lui, explique (

Siftei H'ayim

, Midot, t. I, p. 23) que cet enseignement vient nous dire qu'on ne peut pas s'élever au détriment d'autrui, cela ne fait que nous rabaisser, nous en perdons nos mérites.

Il est à noter encore que même selon ceux qui prennent cela au pied de la lettre - comme le

H'afetz H'aim

- et non pas comme une image, comme une métaphore ou un encouragement à ne pas dire de

lashon hara

, comme on peut le comprendre de la majorité des autres rabbins - il est rapporté dans le commentaire

Orh'ot H'aim

(

Shemirat HaLashon,

§21) que seul quelqu'un qui serait

habitué à dire du

lashon hara

se verrait transmettre ses mérites à la personne de laquelle il parle. Et c'est également ainsi que l'écrit l'auteur du livre

LeRe'ah'a Kamoh'a

(vol. III, p. 363).

En outre, tant le

H'atam Sofer

(Drashot, t. I, §37, Adar 5596, s.v.

BaRambam

) que le

Divrei Yoël

(Teitelbaum) de Satmar (dans ses drashot sur la Torah, parashat

Metzorah

, p. 551) affirment qu'en faisant

teshouva

, les mérites reviendrait "à leur place originelle".

De manière similaire, le

Ben Ish H'ai

(

Ben Ish H'ail

, III,

droush

3 sur

Shabat Teshouva

, p. 42) écrit au nom du

Ma'areh'ei Lev

(I, 154b) que si l'on se réconcilie avec la personne à laquelle on aurait fait honte - aucun

mérite

ne nous serait "pris".

Dans le resp.

Eretz Tzvi

(II,

Likoutim

, p. 997, al. 2), le

Gaon de Kojiglov

écrit que comme tout cela se passe au Ciel, il se pourrait bien que même si on ait dit du

lashon hara

d'autrui et que ce dernier nous pardonne, il reçoit nos mérites, alors que nous les gardons ; en effet, dans le monde spirituel, on pourrait bien "doubler" les mérites... (Je ne sais pas s'il est sérieux lorsqu'il dit cela ou si, avec humour, il émet une critique de cette approche des

mérites

).

[cf. encore le livre

Menouh'at Shalom

(t. IX, §28) du

Rav Yaakov H'ayim Sofer

qui recense beaucoup de littérature sur ce sujet].

Pour ma part, j'ai reçu de mes Maîtres qu'il y a certains enseignements "mystiques", qui, pour être bien compris, doivent être lus comme métaphoriques.

Ainsi, on peut lire dans les écrits du

Ari za"l

que quiconque dirait du

lashon hara

se réincarnerait en pierre (

Sha'ar HaGuilgoulim

, intro. §22, p. 23). Si on veut retirer de cet enseignement une utilité morale directe, il vaut mieux le comprendre comme une image, métaphoriquement.

Cordialement,