Question
Rav bonjour,
Pouvez-vous nous indiquer la halakha sur le fait qu'il ne faut pas rater un seul mot de la meguila ? Est-ce que ne pas avoir entendu un mot ne rend pas quitte de la mitsva? Y a-t-il une différence entre avoir *écouté la meguila consciencieusement et ne pas avoir entendu un mot?
Réponse du Rav Shmuel Elikan
La Mishna dans le traité Méguila (1) dit que quiconque lit la Méguila par cœur ne s'acquitte pas de son obligation.
La Guemara (2) explique que la source de cette loi est le verset : "Écris cela en mémoire dans un livre" (3), ce qui implique que la lecture doit se faire à partir d’un livre écrit et non par cœur.
Il en découle également que la lecture d’une Méguila invalide (ainsi que d’une Méguila imprimée) est considérée comme une lecture par cœur et n’est pas valable pour s’acquitter de l’obligation (4).
Cependant, plus loin, la Guemara (5) rapporte une beraïta qui traite de l’écriture de la Méguila, et il en ressort qu’une lecture partielle de la Méguila par cœur est néanmoins valide :
> "Nos Sages ont enseigné : Si un scribe a omis des lettres ou des versets et que le lecteur les a récités comme un traducteur qui traduit - il s’est acquitté de son obligation."
Autrement dit, si un scribe a omis des lettres ou des versets dans l’écriture de la Méguila, elle reste néanmoins kashère, et celui qui la lit s’acquitte de son obligation, à condition que la majorité de la Méguila soit bien écrite.
Ainsi, lire certaines parties de la Méguila par cœur est considéré comme une lecture valide (tant que toutes les paroles sont bien prononcées, comme expliqué plus loin). C'est ainsi que tranche le Shoulh'an Arouh' (6).
Ainsi, si quelqu’un n’a pas entendu un mot à cause du bruit fait lors de la frappe sur "Haman", ou s’il a parlé au milieu de la lecture, il doit réciter les mots manqués soit par cœur, soit en les lisant dans un H'oumash (même si ces mots sont au début ou à la fin de la Méguila).
Comme nous l’avons vu, il est permis de lire certaines parties de la Méguila par cœur.
C’est ce que rapporte le Mishna Beroura (7) :
> "Même si une seule parole a été omise, certains avis estiment que l’on ne s’est pas acquitté de l’obligation. C’est pourquoi il est indispensable que chacun ait un H'oumash, car lors des bruits causés par les enfants pour frapper ‘Haman’, il est impossible d’entendre certains mots du lecteur. On peut donc compléter les mots à voix haute depuis le H'oumash et s’acquitter ainsi de l’obligation, du moins a posteriori."
C’est pourquoi le Pri Mégadim (8) écrit que celui qui le peut devrait posséder une Méguila en parchemin pour l’utiliser et compléter les mots manquants :
> "Heureux quiconque possède une Méguila kashère pour lui et pour son épouse dans la section réservée aux femmes !"
Cependant, comme dit, même sans une Méguila kashère, il est possible de compléter les mots manquants à partir d’un Tanah' ou par cœur.
- Pourquoi faut-il entendre chaque mot ?
Contrairement à la lecture de la Torah, où celui qui manque une partie de la lecture n’a pas besoin de la compléter (selon la majorité des décisionnaires), la Méguila est soumise à une exigence différente.
La raison en est que la lecture de la Torah est une obligation qui repose sur la communauté, tandis que la lecture de la Méguila est une obligation individuelle. Chacun doit donc entendre la Méguila dans son intégralité, du début à la fin.
Le Rav Yossef Tzvi Rimon dans son livre sur Pourim explique cette exigence particulière pour la Méguila :
> "Il semble que, précisément parce que le miracle de Pourim est un miracle caché, chaque détail, même s’il semble insignifiant, fait partie du plan divin de la réalité. L’insistance sur la lecture de chaque mot souligne notre conscience de cette providence divine, même si nous ne comprenons pas toujours le déroulement des événements dans la réalité".
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(1) 17a.
(2) 18a.
(3) Exode 17,14.
(4) Cf. Mishna Beroura OH 690, s.k. 6.
(5) 18b.
(6) OH 690,3. A noter que la Guemara (Méguila 18b) rapporte ensuite une autre beraïta :
> "Nos Sages ont enseigné : Si le lecteur a omis un verset, il ne doit pas dire ‘Je vais lire toute la Méguila puis je reviendrai sur ce verset’, mais il doit reprendre la lecture depuis ce verset et poursuivre."
Il ressort de cette beraïta qu’il faut lire la Méguila en entier et que si l’on omet ne serait-ce qu’un seul verset, on ne s’acquitte pas de son obligation. C’est ainsi que tranche le Shoulh'an Arouh' (ibid.).
De plus, il est explicitement mentionné qu’il faut lire les versets dans l’ordre (Sh. Ar. OH 690,6).
Puisque ceux qui écoutent la lecture de la Méguila s’acquittent de leur obligation par le principe de "shoméa ké'onéh" (celui qui écoute est semblable à celui qui lit), ils doivent entendre la Méguila dans son intégralité et dans l'ordre.
Selon le Riaz (Méguila 2,1, lettre Beit), seul celui qui a omis un mot ou une lettre modifiant le sens du verset ne s’acquitte pas de son obligation.
Mais dans les responsa du Rashba (vol. I, §367), il est précisé que même celui qui a manqué un seul mot ou une seule lettre ne s’acquitte pas de son obligation.
C’est également l’avis du Ran (Méguila 5a dans les pages du Rif). Le Mishna Beroura (OH 690, s.k. 5) suit l’avis du Rashba et ajoute (Be'our Halah'a, ad loc.) que quiconque doit relire la Méguila, doit réciter la bénédiction à nouveau.
Il faut donc veiller à écouter chaque mot attentivement. Cela est particulièrement important lorsque l’on est fatigué, par exemple le matin, car si l’on somnole en écoutant, on peut ne pas s’acquitte de son obligation, si on n'est pas bien réveillé (cf. Sh. Ar. 690,12). De plus, il est interdit de parler pendant la lecture de la Méguila (Sh. Ar. 692,2), car celui qui parle pendant la lecture risque de ne pas entendre tous les mots (cela pose aussi un problème d’interruption selon le Bah' OH 692,2 et Levoush OH 690,5).
(7) 690,19
(8) OH 691, Mishbetsot Zahav s.k. 11 ; et OH 690, Eshel Avraham s.k. 19.