Rav Elikan
Berakhot
Berakhot8 avril 2025Questeur #74WhatsApp

Question

Bonjour Rav,

Faut-il faire motsi pour une pizza (si le restaurateur indique que c'est motsi) ou bien systématiquement mezonot ?

Réponse du Rav Shmuel Elikan

De manière générale, surtout si on fixe son repas dessus, on récite haMotzi sur la pizza (1).

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(1) Dans le Shoulh'an Arouh' (OH 168,7), il est expliqué que le "pain" appelé pat haba'a bé-kisanin (un type de pain dont la bénédiction est "Mézonot") possède trois critères possibles :

1. Il est farci (mémoulé)

2. Il est pétri avec des ingrédients autres que de l’eau, comme du jus de fruits (nilosh)

3. Il est croustillant et friable (nikhsas ve-parih').

Il y a lieu de discuter de la manière de considérer la pizza : est-elle à classer parmi les pains pat haba be-khisanin, dont on fait la bénédiction de Mézonot (en raison du critère de nilosh), ou bien est-elle à considérer comme du pain classique (léh'em gamour), auquel cas il faudrait dire la bénédiction de HaMotzi même pour une petite quantité ?

Selon l'avis du Sh. Ar., si le goût des liquides ajoutés (comme le jus de fruits) est perceptible dans la pâte, on dit la bénédiction de Mézonot. C’est l’usage des nombreuses communautés qui suivent son avis.

Mais selon le Rema, il faut qu'il y ait majoritairement du jus de fruits ou un autre liquide sucrant (par rapport à l'eau) pour que l'on dise Mézonot. C'est l’usage de nombreuses communautés qui suivent son avis (cf. Mishna Beroura OH 168,33).

Le terme "majoritairement jus de fruits" qu'utilise le Rema signifie du jus naturel à 100% ; l’eau ajoutée au jus ou les boissons reconstituées ne sont pas prises en compte dans ce calcul. C'est également l’avis du Rav Shlomo Zalman Auerbach et du Rav Shmouel haLévy Wosner (cf. Resp. Shevet HaLévy vol. IX, §44, et dans le livre VeZot HaBerah'a, chap. 3).

Certains décisionnaires estiment ainsi que l’on doit réciter HaMotzi sur la pizza sans même tenir compte du critère de nilosh, car de nos jours, la pizza est généralement consommée comme un repas et non comme un dessert. Ainsi, elle ne correspond pas à la définition de pat haba'a be-khisanin, qui ne concerne que des aliments consommés de manière accessoire ou occasionnelle.

Ce raisonnement est déjà utilisé pour les petits pains sucrés (leh'em matok) dans le resp. She'aré Tzion, OH §5, où cet avis est également rapporté au nom du Rav Shlomo Amar. De manière similaire dans le livre Pnei HaShoulh'an, hil. Birkot haNéhénine, pp. 31-34 il argumente longuement pour prouver que sur de tels petits pains il faut réciter HaMotzi.

De plus, le Maguid Mishné (Hil. Berah'ot 2,9) écrit que l’on ne dit Mézonot sur pat haba'a be-khisanin que lorsqu’elle est mangée de manière occasionnelle, mais si on en fait un vrai repas, on dit HaMotzi.

Le grand rabbin d'Israël, le rav David Yossef dans son livre Halah'a Beroura (vol. 8) discute si le statut de la pizza et des petits pains sucrés ressemble à celui de la pashtida mentionnée dans le Sh. Ar. (id. al. 17), et il écrit :

> "De nos jours, certains fabriquent la pâte à pizza avec une majorité de jus de fruits ou de lait, et en concluent que la bénédiction est Mézonot.

> Cependant, de nombreux décisionnaires insistent sur le fait que même lorsqu’il y a une majorité de jus de fruits, encore faut-il que son goût soit réellement perceptible dans la pâte. C'est aussi ce que tranche le rav Lévy dans Birkat Hachem (vol. 2), qui conclut que l’on doit dire HaMotzi sur la pizza, puis Birkat Hamazon."

Sa concm est qu'il faut réciter HaMotzi.

Voir également les Resp. Rivevot Ephraïm (Greenblatt), vol. VII, §68 qui arrive à la même conclusion.

En résumé :

- Pour les ceux qui suivent le Sh. Ar., la pizza ordinaire vendue aujourd’hui requiert la bénédiction de HaMotzi et Birkat Hamazon, car le goût des ingrédients ajoutés à la pâte (comme huile ou lait) n’est pas perceptible, et une pâte pétrie uniquement avec eau et farine reste du pain (HaMotzi), même s’il y a de la sauce tomate.

C’est clairement l'avis du Rav Ovadia Yossef dans H'azon Ovadia (Berah'ot) ; sauf si la pizza est faite maison ou industrielle et qu’on sait avec certitude que le goût de l’ajout (comme le lait) est perceptible : alors, ce n’est Mézonot que si on en mange moins que la quantité constituant un repas. Voir aussi resp. Or LeTzion (Abba Shaoul), vol. II, chap. 12.

- Pour ceux qui suivent le Rema, on distingue deux cas :

1. Si la pâte est faite uniquement de farine et d’eau, la bénédiction est HaMotzi (cf. Mishna Beroura OH 168, s.k. 94, et Vezot HaBerah'a, chap. 3).

2. Si la pâte est faite avec une majorité de jus de fruits naturel (non reconstitué), de lait, d’œufs, etc., par rapport à l’eau, alors on pourrait éventuellement dire Mézonot, à condition de ne pas fixer son repas dessus (Vezot HaBerah'a, idem).

Rappelons-le, dans tous les cas, si l’on mange une quantité équivalente à un repas de pizza (environ deux parts triangulaires classiques), on récite HaMotzi et Birkat Hamazon.

Attention : les parts individuelles peuvent être plus petites, et il faut bien évaluer la quantité selon la Halah'a.

Pour les enfants, les critères peuvent être différents ; certains écrivent que parfois une seule part peut être considérée comme une quantité de repas, si à leur âge ils ont l'habitude de faire un vrai repas avec cela (cf. Vezot HaBerah'a, chap. 3).