Question
Bonjour Rav,
1) Est-ce obligatoire ou est ce préférable de poser la pierre tombale dans les 30 jours qui suivent l’enterrement ?
2) si les 30 jours calendaires tombent pendant le mois de Nissan, doit on repousser la pose à une date ultérieure ?
3) Peut on la poser plus tard que 30 jours, par exemple pour que plus de membres de la famille puissent assister à la pose ?
4) Est il vrai qu il y a un Idour Mitswa de faire la matseva avec de la pierre de Jérusalem (mieux que le marbre?)
Je précise que suis la tradition Ashkénaze.
Merci beaucoup
4)
Réponse du Rav Shmuel Elikan
Premièrement, toutes mes plus sincères condoléances.
1) Il existe différentes coutumes concernant la date de la pose de matzeva.
Certains - suivant les enseignements kabbalistiques du Ari (1) - le font tout de suite après la shiva, partant du principe que le plus vite est le mieux, en l'honneur du défunt.
D'autres à la fin des shloshim (30 jours), et ce, pour des raisons kabbalistiques aussi - liées au fait qu'il ne faut pas s'occuper de cela dans le mois, mais soutenant qu'il faudrait tout de même le faire au plus vite (2). C'est, d'ailleurs, l'usage le plus répandu.
D'autres encore - et c'est un usage surtout répandu en Europe - posent la pierre tombale après douze mois, soit après l'année de deuil.
La raison à cela est que la pierre tombale (la matzeva) ou monument funéraire, est faite en l'honneur du/de la défunt/e. Or, pendant les 12 premiers mois, selon certaines traditions rabbiniques, la personne décédée "est jugée" et donc ce ne serait pas le moment de faire des choses pour son "honneur", avec des "monuments prestigieux" (3).
Le Rav Israël Méïr Lau articule cela élégamment dans son livre "Yehadout - Halah'a leMa'asseh" (4) :
"De la même manière que nos Sages ont institué une interdiction d'honneur sur les habits du défunt, lors de son dernier chemin (= tout le monde est revêtu d'un habit simple, blanc / d'un talit - S.E.) ; car on ne distingue pas (=devant la mort - S.E.) le pauvre et le riche - ainsi il est normal de ne pas avoir pour usage de dépenser des sommes colossales pour une "matzeva" tape-à-l’œil, tant dans sa taille que dans sa forme. Il faudrait éviter les "concours" pour ce sujet, pouvant devenir très difficile et alourdissant pour les plus démunis. Il serait bon d'apprendre, pour cela, de Tzahal - tous ses martyrs ont droit à une "matzeva" simple et identique. Il n'y a pas de différence entre les pierres tombales d'un général et d'un simple soldat".
Une autre raison est donnée à cela et c'est que la pierre tombale aurait pour but de se rappeler du défunt - or durant les douze premiers mois, on s'en rappelle, on en n'aurait donc pas encore besoin (5).
Mais il existe encore d'autres usages (par exemple à Fes, l'usage était de poser la pierre après 9 mois (6), ailleurs, parfois 11 mois, etc.).
Donc, on suivra son usage. Certains ashkenazim le font après la shiva, d'autres aux shloshim, d'aucun après 12 mois.
Si l'on ne connaît pas son usage, on fera selon l'usage local ou, le cas échéant, s'il n'y a pas d'usage précis du cimetière/h'evra kadisha - selon ce qui vous convient le mieux.
2) Il existe différents usages également concernant le fait d'aller au cimetière durant le mois de Nissan.
Certains évitent d'y aller et par conséquent repoussent le moment de la pose de la pierre pour éviter de pleurer ; d'autres, ont pour usage de poser la matzeva durant le mois de Nissan, malgré tout, mais sans faire d'éloge funéraire (hesped) (7).
3) Oui, surtout pendant le mois de Nissan.
4) Je ne connais pas de sources qui dirait qu'il vaut mieux prendre de la pierre de Jérusalem, plutôt que du marbre, mais s'il y en a, c'est parce que c'est plus "simple" et comme cité plus haut, au nom du rav Lau, faire plus simple dans ce cas est souvent mieux vu.
Puisse Dieu vous apporter consolation, force et courage pour continuer.
Puissions nous n'entendre que de bonnes nouvelles.
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(1) cf. Shaar HaMitzvot, par. Vayeh'i ; resp. Minh'at Elazar (Munkacz), vol. III, §37 qui apprend cela du Rosh, Moed Katan, chap. 3, §38 ; Kountrass HaYeh'ieli, Beit Olamim, chap. 29. Et dans le Guesher HaH'ayim (vol. I, chap. 28), le rav Tikochinsky affirme que c'est l'usage de Jérusalem. Cet usage serait à suive également selon le Maharsham cité par le rav Weiss dans ses resp. Minh'at Itzh'ak ; selon le resp. Levoushei Yom-Tov ainsi que dans le livre Zih'ron Betzalel du rav Saria Deblitzky ; etc.
(2) cf. Guesher HaH'ayim, id. ; Even Yaakov, §46 ; Pnei Barouh', Avelout, §36 ; également rapporté par le Yalkout Yossef, YD, hil. Avelout, etc.
(3) cf. Sh. Ar. YD 376 et comm. ; Elyah Rabbah OH 224, s.k. 7 ; Rabbi Akiva Eiger sur Sh. Ar. YD 376, s.k. 4.
(4) s.v. hakamat matzeva
(5) cf. TB Pessah'im 54b - de là on apprend également (cf. Rambam, hil. Avel chap. 13, hal. 10), qu'il est permis de dire un "hesped" (éloge funéraire) seulement pendant les douze premiers mois suivant le décès.
(6) cf. Noheg BaH'oh'ma (Ben-Naim), p. 174 qui explique cet usage selon resp. Halah'ot Ketanot, vol. II, §38. Ces trois différents usages - après la shiva, 9 mois et 12 mois sont également rappelés par le Rav Eliahou Abergel dans ses resp. Dibrot Eliahou, vol. VIII.
(7) cf. Yalkout Yossef, Avelout, §40, al. 27 ; Nitei Gavriel (Zinner), Avelout, vol. II, chap. 68, al. 11 et sources rapportées.