Question
Bonsoir Rav
Si pendant la lecture de la meguila il y a des nouveaux venus après le début de la lecture, a t on le droit de reprendre la lecture a son début (sans les bénédictions) pour les acquitter eux aussi?
Réponse du Rav Shmuel Elikan
On a le droit, mais ce n'est pas conseillé de revenir au début de la Meguila à cause des retardataires, en effet, on fait attention de ne pas engendrer de gêne sans raison à l'assemblée (tirh'a deTziboura) (1).
Par ailleurs, quiconque arrive en retard à la lecture de la meguila, peut faire les bénédictions pour lui-même et lire dans une Méguila en parchemin devant lui (2) et selon certains même dans une Méguila imprimée s'il n'a pas de meguila en parchemin, pour rattraper le ba'al koré, à condition qu'il entende la majorité de la Méguila (c'est-à-dire dès le début du 5ème chapitre) de quelqu'un qui la lit dans un parchemin kasher (3).
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(1) cf. p. ex. Elyah Rabba OH 282, s.k. 3 qui dit qu'on évite de faire des alyot supplémentaires dans la lecture de la Torah à cause de ce principe. Dans les responsa Mih'tav LeHizkiyahou (§9) du Rav Medini, auteur du Sdé Hemed, il rapporte ce qu'a écrit le Rav I. Algazi dans le livre Shalmey Tsibour, à savoir que le dérangement causé à la communauté (Tirh'a deTsiboura) constitue un interdit de la Torah (De'Oraïta)! L'auteur du Sdé Hemed n'est pas d'accord avec lui et soutient qu'il ne s'agit que d'un interdit d'ordre rabbinique (DeRabbanan). Et puisqu'il considère qu'il ne s'agit que d'une question d'ordre rabbinique, il a écrit qu'il est évident qu'on ne doit transgresser aucun interdit de la Torah, ni même un interdit rabbinique, à cause de la Tirh'a deTsiboura, voir là-bas.
Cependant, le Rav Asher Weiss (Minh'at Asher sur la Torah, vol. IV (Bamidbar), §51 - par. Balak), soutient que ce concept de Tirh'a deTsiboura tire fondamentalement son origine de la Torah. Et bien que toutes les lois qui ont été enseignées et instituées en vertu de cette précaution ne soient certainement que d'ordre rabbinique, son essence provient néanmoins de la Torah. En effet, selon llui la Tirh'a deTsiboura découle du respect dû à la communauté (Kavod HaTsibour), comme il est explicitement mentionné dans les Responsa du Rashba (vol. I, §115) : "la Tirha deTsiboura relève du Kavod HaTsibour". C'est également ce qui ressort du traité Sota (39b) : "L'officiant n'a pas le droit de dévêtir l'arche (de ses parures) en public en raison du respect de la communauté", et Rachi y commente : "car c'est un dérangement pour la communauté de les faire patienter là-bas avec le rouleau de la Torah". Le Rema (Orah Haïm 148,1) a également écrit que c'est en raison de la Tirh'a deTsiboura, voir là-bas. Cela se prouverait aussi par ce qui est enseigné dans Yoma (70a) : "On ne roule pas le rouleau de la Torah en public en raison du respect de la communauté". Le Ritva y explique que c'est à cause de la Tirh'a deTsiboura, tout comme le Meïri l'a écrit là-bas (68b), ainsi que le Rambam (Lois sur la Prière, chap. 12, Hal. 23) qui précise que c'est un dérangement pour la communauté, car ils doivent rester debout pendant tout le temps où on le roule. Nous avons donc les termes de Nos Sages qui ont dit "en raison du respect de la communauté", et les Richonim qui ont expliqué que cette Halakha est due à la Tirha deTsiboura.
Le rav Weiss continue en affrimant que puisque nous avons trouvé que la rigueur concernant la Tirh'a deTsiboura découle du respect de la communauté, alors le respect de la communauté a très certainement son fondement dans la Torah. En effet, même pour l'honneur d'un seul individu, la Torah nous ordonne d'être scrupuleux au nom de "Tu aimeras ton prochain comme toi-même", comme l'explique le Rambam (Hil. Déot, Chap. 6, Hal. 3) ; à plus forte raison doit-on être scrupuleux concernant le respect de la communauté, qui est bien plus strict. Mais d'un autre côté, affirme-t-il, il est évident que, puisqu'il n'y a pas ici de concept précisément défini et que ce sont des choses qui n'ont pas de mesure fixe, les détails des décrets institués à cause de la Tirh'a deTsiboura ne sont que d'ordre rabbinique, comme tous les décrets que les Sages ont institués pour des concepts élevés dont l'essence vient de la Torah. Le Rambam a écrit quelque chose de similaire (Lois sur le Deuil, Chap. 14, Hal. 1) en disant que la visite aux malades, la consolation des endeuillés, etc., sont des commandements rabbiniques, bien qu'ils soient tous inclus dans "Tu aimeras ton prochain comme toi-même". Or, le rav Asher Weiss dit ne pas avoir vu dans les paroles des Richonim qu'ils aient fondé cette Halakha sur une source de la Torah de Moïse ou des Prophètes/Hagiographes (Nakh), bien qu'en apparence, on puisse en tirer une source de l'exégèse des Sages (Kiddouchine 32b) : "D'où savons-nous qu'un ancien ne doit pas déranger (le peuple en le faisant se lever devant lui) ? Le verset dit : '...face à un ancien, et tu craindras'". Et Rachi y commente : "Qu'il ne fasse pas lever la communauté". Ainsi, bien que le peuple ait reçu l'ordre de se lever devant le Sage, le Sage, quant à lui, a l'ordre de ne pas déranger le peuple (bien qu'il soit possible que ce ne soit pas spécifiquement à cause de la Tirh'a deTsiboura, et peut-être lui est-il également ordonné de s'efforcer de ne pas faire se lever un individu seul. Mais nous voyons que Rachi a précisé "qu'il ne fasse pas lever la communauté").
Et dans le Sefer HaPardès attribué à Rachi (§171), il a écrit pour expliquer les paroles de nos Sages dans Roch Hachana (16b) : "Pourquoi sonne-t-on [le Chofar] avec les sonneries de Tekia et Teroua lorsqu'ils sont debout, et avec Tekia et Teroua lorsqu'ils sont assis ? N'est-il pas interdit de déranger la communauté pour rien ?" Voici ses termes :
> "Car le Saint béni soit-Il ne dérange pas la communauté pour rien, comme ils l'ont dit dans la Pssikta deRav Kahana : 'Mon peuple, que t'ai-je fait, et en quoi t'ai-je fatigué ? Réponds-moi' (Michée 6:3) ; Je vous ai donné le passage de la lecture du Chema et je vous ai dit 'et tu en parleras quand tu seras assis dans ta maison, quand tu marcheras sur le chemin, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras'. De là, on apprend qu'il est interdit de déranger la communauté pour rien."
Nous aurions donc une source supplémentaire expliquant pourquoi il est interdit de déranger la communauté en vain. Quoi qu'il en soit, selon le rav Weiss, il semble, comme mentionné plus haut, que l'essence de ce sujet vient de la Torah, bien que ses détails halakhiques soient d'ordre rabbinique. Mais comme dit, beaucoup de décisionnaires, dont le Sdé H'emed, ne sont pas d'accord avec cette définition et n'y voient qu'une injonction d'ordre rabbinique.
(2) cf. resp. Rema de Fano, §109 ; resp. Melamed Le'Ohil (Hoffman), OH §24 ; Zivh'ei Tzedek, vol. III, §158 ; Halih'ot Olam (Yossef) sur le Ben Ish H'aï (par. Tetzavé §11), vol. I, p. 227 et H'azon Ovadia (Yossef), Pourim, p. 69 ; cf. encore Mishna Beroura OH 689, s.k. 19 au nom du Pri Megadim et Rouah' H'ayim, OH 690, s.k. 6.
(3) Bien que ce soit sujet à discussion et certains sont plus stricts. Cf. Sh. Ar. OH 690,4 et comm. ; Mo'ed Lekhol H'aï (Pallache), §31, al. 90 ; resp. Sha'arei Ezra OH §26 ; Sefer Taharat HaMayim, Shiourei Tahara, Maar. Beth, al. 79 ; etc.