Question
Bonjour Rav
Si l'on a recu un prenom francise a la brit mila ( exemple, Jonathan au lieu de Yonatan) , lorsque l'on est appele a la Torah , doit on mentionner le prenom originel ?
Aussi, si l'on decide de se rajouter un deuxieme prenom en recitant la priere correspondante, peut on modifier le premier pour le rendre dans sa version hebraique ?
Réponse du Rav Shmuel Elikan
1. Si une personne a reçu un prénom francisé lors de sa brit mila (par exemple, Jonathan au lieu de Yonatan), il est préférable, lorsqu'elle est appelée à la Torah, de mentionner le prénom originel en hébreu (1).
2. Si on ajoute un deuxième prénom, on peut également modifier le premier en même temps.
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(1) Comme le mentionnent plusieurs sources halah'iques, le maintien des noms juifs fait partie des mérites qui ont permis aux Bnei Israël de sortir d'Égypte (Vayikra Rabba 32,5). Changer de prénom pour adopter un nom qui s'éloigne de cette tradition peut être vu comme une perte de lien avec l'identité juive, bien que cela ne constitue pas forcément une interdiction formelle. Cf. resp. Maharam Schick YD §169 ; resp. Maharshag (Greenfeld), vol. II, §193 ; resp. Maharsham, vol. VI, §24 et Da'at Torah OH §61. Dans le Haggada Arzei HaLevanon (éd. par le rav Bermann), p. 116 il est rapporté au nom du ilouy de Minsk, le rav Yaakov Kaminetzky, que tant que l'on nomme et parle dans des langages qui ne sont pas l'hébreu, c'est un signe que la Rédemption (guéoula) n'est pas entière… Ainsi, selon l'opinion du Maharam Shik et du Maharsham, adopter un nom non juif reflète une tentative de ressembler aux nations, ce qui est contraire aux valeurs juives.
A noter cependant que nombres de nos Maîtres portaient des noms allemands ou francisés.
Ainsi, on connaît Rabbénou Peter (il convient de noter que certains suggèrent que son nom doit être vocalisé Pater, signifiant "père", et non Peter ou Piter, qui est un nom chrétien explicite. Dans ce cas, son nom serait un surnom équivalent au nom hébraïque "Aba" ; voir : H.J. Zimmels, « Rabbi Peter the Tosaphist », The Jewish Quarterly Review, Vol. 48, No. 1, juillet 1957, pp. 51-52), un des Tossafistes, élève de Rabbénou Tam.
Une élégie spéciale a été composée après sa mort, car il est décédé en sanctifiant le Nom divin lors d’un massacre de masse en France pendant les croisades, comme le raconte Rabbi Ephraïm ben Yaakov de Bonn :
"En Carinthie également, d'innombrables âmes ont été tuées… Et le grand maître Rabbi Peter, élève de Rabbénou Shmouel et de Rabbénou Yaakov de Marne, a été tué en accompagnant l'enterrement d’un dirigeant communautaire. Malheur à la génération qui a perdu une telle perle précieuse… Malheur au cœur qui se souvient de son meurtre. Venez, mes frères et amis, pleurez votre maître."
Le Maguid Mishné, l’un des plus grands commentateurs de Maïmonide, et probablement le plus important, dont les opinions sont souvent tranchées en halah'a dans le Shoulhan Arouh'. Son nom était Rabbi Vidal de Toulouse. On peut également mentionner, avec un nom similaire, Rabbi Crescas Vidal, un érudit de Barcelone au début du XIVe siècle, élève du Ra'ah et du Rashba.
Rabbi Todros ben Yossef HaLevi Aboulafia, qui écrivit un commentaire sur le Talmud de Babylone et fut un kabbaliste éminent. Les Juifs de Castille l’appelaient "le chef de l’exil d’Espagne". Avant lui, plusieurs autres Juifs portaient ce nom, comme Rabbi Todros ben Moshé, un juge de Provence au début du XIIe siècle.
Et ce n’est qu’un aperçu rapide, car les exemples sont innombrables. Par exemple, des rabbins portant le nom Kalonymos. Dans les familles rabbiniques, on trouve également des noms intéressants. Par exemple, en Allemagne, le Maharil avait un frère nommé Rav Gomperrecht et une sœur appelée Bonneline. La sœur de Rabbi Yitzhak bar Menahem d’Orléans, un Tossafiste, s’appelait Belette.
Et il y a encore d’innombrables exemples, depuis l’époque du Second Temple jusqu’à aujourd’hui. Même dans les Talmuds, on trouve des exemples, comme :
- Dans le Talmud de Babylone, dans le traité Nedarim (80a), il est mentionné que Rabbi Yossi ben Halafta (un Tanna !) appela son fils du nom grec Wardimus.
- Dans le Talmud de Jérusalem (Teroumoth 8, 3), on trouve Rabbi Hiyya bar Titus, dont le père était également un érudit juif, bien que portant le nom Titus. Et ce n'est pas le seul cas (voir également dans le Talmud de Jérusalem, Bikkourim 3, 3, où il est question de Yehouda ben Titus, et dans Avoda Zara 2, 3, où la version est Yoda bar Titus
Selon cela, Rav Moshé Feinstein (resp. Iggrot Moshé vol. IV OH §66 ; EH vol. III, §35) suit l'avis du Maharshedam (resp. YD §199) et nuance la position du Maharam Schick en soulignant que bien que ce soit déconseillé et regrettable, cela ne constitue pas un interdit halah'ique, notamment si le nom a une connotation positive ou s’il est utilisé par commodité. Par conséquent, selon lui, on peut appeler à la Torah selon le nom usé, même si ce n'est pas conseillé.
En pratique : il est idéal de donner priorité au prénom hébraïque (Yonatan dans cet exemple) lorsqu’on est appelé à la Torah ou dans tout contexte liturgique ou religieux. Cela affirme une identité juive forte et respectueuse de la tradition. Si le prénom francisé est utilisé couramment, il peut être maintenu en dehors du cadre religieux, comme un surnom ou une appellation informelle. En bref, il est préférable d’utiliser le prénom originel hébraïque pour l’appel à la Torah, même si le prénom francisé reste usuel dans d’autres contextes.