Question
Après un dvar torah et la lecture de deux tehilim ont peux faire un kadich?
si oui, celui דרבן ou le court
Réponse du Rav Shmuel Elikan
Il est effectivement d'usage de réciter le Kaddish dit "deRabbanan" après une étude (1).
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(1) La structure de tous les Kaddishim est fondamentalement la même : il s'agit d'une sanctification du Nom divin et d'une prière pour l'instauration de la royauté de Dieu.
Cependant, le Kaddish Derabbanan s'en distingue par l'ajout d'un paragraphe spécifique, rédigé en araméen, qui commence par les mots
> « Al Yisraël vé-al rabbanan » (Sur Israël et sur les Maîtres).
Ce paragraphe est une prière directe pour le bien-être matériel et spirituel de ceux qui s'investissent dans l'étude :
> « Sur Israël, sur les maîtres, sur leurs élèves, sur les élèves de leurs élèves et sur tous ceux qui s'adonnent à l'étude de la Torah, ici et en tout lieu : que leur soient accordés, par le Maître du ciel et de la terre, une paix abondante, la grâce, la bonté, la miséricorde, une longue vie, une subsistance large et la délivrance... »
(Cf. Rambam, Séder haTefila, à la fin du Livre Ahava dans son Mishné Torah, pp. 720-721 dans l'édition Kappah ; Goldschmidt, Mah'zor Rosh Hashana, Jérusalem 1970, pp. 25-26).
On le récite spécifiquement après l'étude de la Torah Orale (Michna, Talmud, Midrach ou Aggada).
Selon la tradition, l'étude de ces textes développe les concepts divins dans le monde matériel, et le Kaddish vient couronner cet effort en proclamant la grandeur de Dieu face à la sagesse qui vient d'être dévoilée. Ainsi, nos Sages enseignent (TB Sota 49a) que, particulièrement après la destruction du Temple, le maintien du monde repose sur la sanctification du nom de Dieu qui suit l'étude (et en particulier l'étude publique de la Aggada, la partie homilétique de la Torah Orale) :
> « Raba a dit : Sur quoi le monde repose-t-il ? Sur la _Kedoucha de Sidra_ [ = la prière d' ouva Letsion] et sur le ‘Yéhé shmeih Rabbah’ [le Kaddish] de la Aggada [qui suit l'étude]. »
עלמא אמאי קיום? אקדושה דסדרא, ואיהא שמיה רבא דאגדתא.
Rabbenou Shlomo bar Nathan(RaShbaN), disciple du Rif dans la génération précédant Maïmonide, nomme, dans son Sidour, ce Kaddish comme étant "deRabbanan" (cf. Sidour Rabbenou Shelomo beRabbi Nathan, éd. Sh. Haggai, Jérusalem, 1995, pp. 210-211 et ms. Oxford 896 rapporté dans le livre HaKaddish du Rav Dr. H'aïm Talbi, éd. Mossad haRav Kook, Jérusalem 2025, p. 626).
Le rav prof. Yonah Fraenckel (1928-2012 - Mah'zor Aram Tzova, Mevo'ot, Jérusalem 2008, p. 23, n. 42) expliquait que le source de RaShbaN était Rav Saadia Gaon et qu'il avait renommé ce Kaddish comme "deRabbanan" pour le comparer à Modim deRabbanan constitué de propos de différents Sages (cf. Sotah 40a).
Le Be'er Sheva (du rav Issah'ar Be'er Eilenburg 1550-1623, disciple du Levoush et du Sma) sur Sotah 49a propose également plusieurs explications au terme "Kaddish deRabbanan", tout en rejetant l'explication que proposera (à nouveau), par la suite Y. Fraenckel (qui le succéda de plus de trois cents ans...). Une de ses propositions est que ce Kaddish vient louer Dieu du fait qu'il a une association des érudits et du grand public dans l'étude de la Aggada qui ne requiert pas la connaissance préalable de toutes sortes de concepts et on exprimerait ce Kiddoush HaShem par ce Kaddish.
Le Be'er Sheva tente aussi d'expliquer l'approche du Rambam. En effet, le Rambam codifie la pratique de réciter ce Kaddish après un rassemblement d'étude, comme dit, dans son Séder haTefila.
Le rav Soloveitchik (Reshimot Shiourim, Berakhot 3a) explique qu'il s'agit d'un Kaddish lié à la transmission de la tradition de génération en génération et donc qu'on ne le dit pas si on ne fait que lire des versets sans rappeler des propos de Torah Orale.
Il oppose cela à la vision de Rashi sur Sotah 49a qui préconiserait ce Kaddish après la drasha (étude) sur un verset uniquement - il compare cela avec la bénédiction de la Haftara - et pas sur toute la Torah Orale quelle qu'elle soit.
Cette discussion que présente le rav Soloveitchik entre Rashi et Rambam semble être la même que celle opposant le Maguen Avraham (OH 54) affirmant qu'il faut des Divrei Aggada spécifiquement pour pouvoir dire Kaddish deRabbanan, alors que le Kaf HaH'aïm (Sofer - OH 55, s.k. 3) soutient que tout ce qui est lié à la Torah Orale est suffisant pour dire ce Kaddish.
Cette idée selon laquelle la Torah Orale est nécessaire à ce Kaddish se retrouve d'ailleurs dans les resp. Mishpetei Shmouel (Venise 1599 - §133) du rav Shmouel Kal'aï (1500-1585, rav de la ville d'Artha en Grèce), disciple du rav David Cohen de Corfou. Il affirme que quiconque récite Kaddish deRabbanan sur des psaumes uniquement " lo khash leKamekhei ", c'est à dire ne fait pas attention à la valeur de l'étude.
Après RaShbaN et Rambam, plusieurs maîtres rappellent le Kaddish deRabbanan, après l'étude :
- le Menorat haMaor (Al-Encawa, de Tolède, tué en 1391 dans un pogrom - éd. Enlau, NY 5689, chap. 2 - Tefila, p. 188 concernant le Kaddish après l'étude le Shabbat; ainsi qu'à Pessah' où l'on étudiait le traité de Pessah'im, id. p. 270 et à Rosh Hashana après l'étude du traité de Rosh Hashana, ibid. p. 365 ainsi que durant les jeûnes, id. p. 317).
- Rabbi David Aboudarham(dans son comm. sur la Tefila, éd. Wertheimer, Jérusalem, 1959, Shah'arit, après le Pitoum haKetoret et éd. Jérusalem 1995, vol. I, p. 140).
- l'Orh'ot H'aïm de Lunel ( Din Séder Tefilat Minh'a Shel Shabbat ).
- Ainsi le Kol Bo tranche (§40 dans les éd. classiques = vol. Il, §36 dans l'édition David Avraham, Jérusalem 1990) qu'après l'étude de Pirkei Avot on récite le Kaddish deRabbanan (al Israël).
- Minhaguei Marseille - Sefer haMinhagot de Rabbi Moshé bar Shmouel (éd. Gertner, Jérusalem 1998, p. 105).
En outre, chez les Rishonim en Allemagne et en France, après l'étude on disait un Kaddish "yehei shelama" (titkabal) - cf. Mah'zor Vitry, éd. Goldschmidt, p. 155 - voire un Kaddish "court" sans "titkabal" - cf. Resp. Maharam Mintz, §119 ; Kitzour minhaguei Maharam miRottenburg, rapporté dans Sifrei Maharil, Mavo veHossafot, Jérusalem 2016, p. 246 ; Sefer haManhig, vol. I, éd. Refael, Jérusalem 1978, p. 172; etc.
Le Eliah Rabba (OH 292). s'étonne que dans sa communauté après l'étude les gens disent un Kaddish yatom. Et en réalité c'est ce qui figure dans les usages de la communauté de Worms (Minhaguei Wormaise, éd. Hamburger, Jérusalem 1988, vol. I, p. 80).
Le rav Hamburger dans ses notes (ad loc. n. 8) écrit que l'usage en Allemagne était que le Kaddish deRabbanan n'existait simplement pas. Il cite le Maharil (resp. §64) qui dit que les gens n'y sont pas habitués et le Maharam Mintz qui affirme que ce Kaddish "n'est pas présent parmi nous" (eino matzouy beineinou).
Il précise qu'avec le temps, même si l'étude dans la synagogue (Bameh Madlikin et Pirkei Avot notamment) on continuait à dire le Kaddish Yatom, après l'étude en dehors de la synagogue l'usage était de dire Kaddish deRabbanan. Mais aujourd'hui ce n'est plus le cas et on dit Kaddish deRabbanan dans tous les cas, dans quasi toutes les communautés (cf. encore le livre du Rav Dr. H'aïm Talbi, cité plus haut, pp. 643-655).
Le Mishna Beroura (OH 54, s.k. 9) tranche ainsi :
> « si l'on a étudié un enseignement de la Loi Orale, on peut alors réciter le Kaddish Derabbanan. »
C'est pour cette raison qu'aujourd'hui, à la fin de l'office ou après la lecture de Psaumes (qui sont de la Torah Écrite), il est d'usage de réciter en plus le passage talmudique « Rabbi H'anania ben Akashia omer...» (Makkot 23b) ou encore la Mishna de _Pitoum Haketoret_ avant de dire le Kaddish deRabbanan. Cela permet d'inclure formellement de la Torah Orale et de justifier l'appel à la bénédiction sur « les Maîtres et leurs élèves ».
Il est rapporté au nom du rav Ovadia Yossef ( miShiourei Maran haRishon LeTzion , vol. I, Shiour 49, p. 431) qu'il ne faut pas finir notre étude au Beit HaMidrash/Kolel sans dire le Kaddish deRabbanan, "car le monde tient sur la Kaddish récité après l'étude" (TB Sotah 49a).