Question
Boker tov Rav
Question sur l’interdit de recevoir des intérêts sur l’argent que l’on prête.
Le verset dit : « Si tu prêtes de l’argent à mon peuple, au pauvre qui est avec toi , ne sois point a son égard comme un créancier, n’exigez de lui point d’intérêt »
Comment sont expliqués les avis qui autorisent à prêter à intérêt entre juifs , dans le cadre d’une association en affaires par exemple ? ( je pense notamment au crownlending , aux sociétés comme BTB, qui bénéficie d’un Eter Iska)
Merci Rav
Réponse du Rav Shmuel Elikan
La réponse est dans la question.
Le heiter isska permet cela.
Le heiter Isska est un contrat transformant un prêt à intérêt interdit en un investissement commun entre le prêteur et l’emprunteur, exempt de l'interdiction d'intérêt, permettant ainsi l'octroi d'un prêt moyennant des bénéfices dans le cadre de la halah'a.
Selon la halah'a, l’interdiction de percevoir des intérêts s’applique même si l’emprunteur est volontaire pour les payer, une règle très rare dans les lois monétaires (comme, par exemple, en matière de nuisances entre voisins, selon certaines opinions).
Dans les sources talmudiques, on trouve un concept appelé "Isska", que le Rambam définit ainsi :
> « Nos sages ont institué que toute personne confiant de l’argent à autrui pour en faire commerce considère la moitié de cette somme comme un prêt, dont l’entrepreneur (l'emprunteur) est responsable même en cas de perte involontaire, et l’autre moitié comme un dépôt, dont le propriétaire de l’argent assume la responsabilité. Si cette moitié est volée ou perdue, l’entrepreneur n’a pas à la rembourser. Par conséquent, les gains générés par cette moitié reviennent au propriétaire de l’argent. »
(Mishné Torah, Hil. Shlouh'in VeShoutafin chap. 6, hal. 2)
Dans cette structure, il n’y a pas simplement un prêteur et un emprunteur, mais une association commerciale où les deux parties partagent les pertes et les profits.
Le prêteur devient un partenaire passif qui confie des fonds à un "mit'assek" (un partenaire actif, comme un vendeur) pour les investir dans une entreprise. La moitié de l'argent est considérée comme un prêt, tandis que l’autre moitié est un dépôt. Ainsi, le prêteur partage avec l'entrepreneur non seulement les bénéfices, mais aussi les pertes. De ce fait, les sommes qu'il perçoit ne sont pas considérées comme des intérêts, mais comme des bénéfices issus d’un investissement.
Exemple : Au lieu que Réouven emprunte de l'argent à Shimon pour créer son entreprise et le rembourse avec des intérêts fixés d'avance (qu’il y ait succès ou perte), l'isska transforme cette relation en un investissement halah'iquement valide : l'entreprise appartient alors aux deux, et Avraham reçoit au final une somme équivalente à celle prêtée, plus un supplément qui, dans le cas d’un prêt classique, aurait été qualifié d’intérêt, mais qui est ici considéré comme un bénéfice.
Bien que cette solution allège les interdictions d’intérêt, elle ne constitue pas un remède parfait pour les prêteurs, car elle ne garantit pas le remboursement total du prêt, mais seulement la moitié.
C'est pourquoi, avec le temps, le Heiter Isska a évolué pour devenir un document où la possibilité que l’emprunteur se libère de la moitié de sa dette en invoquant des pertes est quasiment inexistante.
Au fil des siècles, avec l’évolution du commerce, l'émergence du système bancaire moderne et le besoin croissant de prêts en espèces ou de conversions de devises impliquant divers risques et fluctuations, les Juifs ont progressivement cessé de se prêter de l’argent entre eux.
Certains ont contourné l’interdiction d’intérêt par des stratagèmes plus ou moins conformes à la halah'a (par exemple, en passant par un intermédiaire non-juif ou en imposant une pénalité pour un remboursement tardif).
Étant donné que l'interdiction porte sur l'exploitation d'un prêt à des fins lucratives mais que les investissements sont permis, les décisionnaires ont établi des critères distinguant un prêt d’une entreprise légitime.
Le premier à formuler officiellement un Heiter Isska fut Rav Menah'em Mendel Avigdors de Ludmir, dont l'acte fut publié en 1681 dans son livre Nah'alat Shiva. Il s'agissait d’un arrangement halah'ique adopté en Allemagne au XVIIᵉ siècle, permettant au prêteur de tirer un profit du prêt tout en étant compensé pour le risque encouru.
Toutefois, son usage s'est considérablement élargi au fil du temps : aujourd’hui, presque tous les consommateurs religieux y ont recours, même pour des prêts non commerciaux, alors que, selon la halah'a stricte, il aurait peut-être dû être limité aux prêts destinés aux affaires.