Question
Bonjour Rav,
Pour le jus de raisin de la avdallah demain, il vaut mieux que ce soit des enfants qui le boivent ?
Réponse du Rav Shmuel Elikan
Pas nécessairement.
Je m'explique :
Il y a ici plusieurs questions :
A. Le jus de raisin que nous consommons est-il considéré comme du vin ?
Bien qu'il y ait lieu d'être permissif, de nombreux auteurs considèrent notre jus de raisin comme du vin (1).
B. Si le jus de raisin est considéré comme du vin – que fait-on pour la havdala ?
Effectivement, concernant le vin de la havdala, les décisionnaires sont partagés :
- Selon ceux qui suivent les décisions du Shoulh'an Arouh', celui qui fait la havdala doit boire lui-même le vin (2).
- Mais selon le Rema (3), idéalement il faut donner à un enfant qui comprend le sens des bénédictions et qui est capable de remplir cette mitzva, mais qui n’est pas encore en âge de porter le deuil de Jérusalem (4).
- Cependant, puisqu’il est difficile d’évaluer quel enfant correspond à ce critère, beaucoup de ceux qui suivent l’opinion du Rema ont l'habitude en pratique de boire eux-mêmes le vin (5).
Il convient aussi de souligner que le fait de donner le vin de havdala à un enfant ayant l’âge de l’éducation, mais pas encore celui du deuil pour Jérusalem, peut avoir un impact éducatif négatif, en lui donnant le sentiment qu’il n’est pas concerné par cette mitzva.
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(1) L'Agouda (Taanit 4, 21) affirme qu'il faut être rigoureux même à propos du vin dès sa sortie du pressoir (« yayin miguito »), et cela est tranché ainsi par le Sh. Ar. (OH 551, 10), il est également strict concernant le vin en fermentation (de ses propos dans le Beit Yossef à cet endroit, il semble comprendre qu’il s’agit aussi du vin dès sa sortie du pressoir). Il convient de noter que le Levoush (OH 551,10) écrit que la raison est que « cela procure un peu de joie et soulage la peine », ce qui laisse entendre qu’il s’agit de vin ayant commencé à fermenter légèrement (comme semble aussi l’indiquer Rashi sur Taanit 30a, qui écrit que le vin dès sa sortie du pressoir nuit à la digestion). Dès lors, il y aurait lieu d’être plus indulgent concernant notre jus de raisin.
Cependant, le Mishna Beroura (id. s.k. 66) écrit que « nos ancêtres ont accepté sur eux d’interdire toutes sortes de viande et de vin ».
Et dans ses resp. Teshouvot VéHanhagot (vol. II, §659), le rav Sternbuch explique que la coutume est d’être strict pour tout ce qui porte le nom de "vin", c’est pourquoi il interdit également le jus de raisin. C'est également l'avis du resp. Rivevot Efraïm (Greenblatt - vol. VIII, §177) ; resp. Or LeTzion (vol. III, chap. 26, §8), et le Rav Shelomo Zalman Auerbach (Halih'ot Shelomo sur Tisha BéAv).
(2) OH 551,10.
(3) id.
(4) C'est ce qu’écrivent notamment le Levoushei Serad ad loc. et le Mishna Beroura (id. s.k. 70). Dans le livre Kara Alay Mo'ed, chapitre 5, note 4, on lit :
> « J’ai entendu du Rav Nissim Karelitz zatsal que, sauf indication contraire, un enfant qui étudie le 'Houmach a atteint l’âge de l’éducation à la mitzva de havdala, tandis qu’un enfant qui comprend la Guemara avec Tossefot est en général capable de porter le deuil de Jérusalem. Et j’ai vu dans le livre Orh'ot Rabbénou que le Rav Yaakov Kanievsky (le Steipler) disait qu’on pouvait donner à un enfant jusqu’à 13 ans la coupe de havdala à boire. Et j’ai demandé au Rav ‘Haïm Kanievsky à ce sujet, il a répondu : de nos jours, même un garçon de 13 ans ne sait pas se désoler pour Jérusalem… Et dans les générations précédentes, le Rav Elyashiv donnait le vin de la havdala à un enfant de 9 ans. »
(5) cf. Halih'oth Shlomo, Nissan-Av, chap. 14, §27 ; Or’hot Rabbénou, vol. II, p. 135, où il est rapporté que tel était le minhag du H'azon Ish ; Massoret Moshé (Feinstein), vol. III, p. 157, que tel était l’usage du Rav Moshé Feinstein ; c’est aussi l’avis du Rav Elyakim Levanon et de nombreux autres décisionnaires.