Question
Chalom Rav, je voulais vous demander si un aliment a été introduit par erreur dans les toilettes est il devenu impropre à la consommation ? En l’occurence des sachets de thé.
Réponse du Rav Shmuel Elikan
Le fait d'avoir introduit un aliment aux toilettes ne le rend ni interdit, ni impropre halah'iquement (1).
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(1) Cf. resp. Torah Lishma §23 ; resp. Minh'at Itzh'ak (Weiss), vol. III, §63 ; resp. Yabia Omer (Yossef), vol. III, §1, al. 10 et vol. V, §5.
Expliquons les enjeux.
Dans le Talmud et les Rishonim nous ne trouvons aucune prescription concernant la nourriture aux toilettes.
Cependant, en particulier dans les temps anciens où elles étaient très sales, le Zohar affirme qu'il y réside un mauvais esprit (Rouah' Ra'ah - cf. Zohar, par. Béréshit I, 10b).
C'est pourquoi une personne qui entrerait dans les toilettes doit se laver les mains en sortant, nous disent les kabbalistes.
Et même si elle n'a pas fait ses besoins, elle devrait se laver les mains, selon cela.
Quelques ah'aronim (décisionnaires ultérieurs) ont débattu pour savoir si ce même « mauvais esprit » qui réside dans les toilettes se dépose également sur les aliments ou les boissons qui y ont été introduits.
En effet, on trouve dans l'ouvrage Shalmei Tzibour (du Rishon Letzion et Grand Rabbin de Jérusalem, Rabbi Israël Ya'akov Algazi, 1680-1756, p. 18b) que le mauvais esprit des toilettes ne se dépose que sur une chose qui possède une sainteté (Kedousha), tel que le corps humain (qui accomplit des commandements et possède de ce fait une sainteté). Mais sur les aliments et les boissons, qui n'ont aucune sainteté, aucun mauvais esprit ne peut se déposer.
Par conséquent, il serait permis de les y introduire.
En revanche, Rabbi H'aïm Palacce (d'Izmir-Smyrne 1788-1868), dans ses responsa Lev H'aïm (§66), a écrit qu'il est interdit d'introduire des aliments dans les toilettes, a priori du fait des propos du Zohar.
D'autres décisionnaires ont statué dans ce sens, apportant des preuves qu'il est strictement interdit d'introduire des aliments dans les toilettes, a priori.
Notons qu'ils ne disent cela que selon le Zohar et pas sur une base halah'ique talmudique et d'autre part, a posteriori, tout le monde est d'accord de dire qu'on peut consommer ces aliments (en les rinçant notamment, etc.).
Certains décisionnaires comme le Malbim (cf. Artzot H'ayim OH 4) expliquent que l'idée était surtout hygiénique, éviter que l'on propage ainsi des maladies, etc.
Mais selon beaucoup nos toilettes étant plus propres de nos jours, il y aurait lieu d'être plus permissif même a priori (c'est notamment l'avis du Rav Dov Lior qui affirme que de nos jours on peut manger aux toilettes, il est ainsi plus permissif que l'avis du Ba'er Heitev OH 3, s.k. 3 qui dit qu'on peut introduire de la nourriture aux toilettes mais pas y manger).
D'un autre côté, le Kaf HaH'aïm (Rabbi Yaakov H'aïm Sofer, OH 4, s.k. 20) a écrit qu'il faut éviter de toucher de la nourriture lorsqu'on ne s'est pas lavé les mains après être sorti des toilettes. Dans ses responsa Yaskil Avdi, Rabbi Ovadia Hadaya (vol. VII, §45) soutient qu'il est exigé de rincer trois fois l'aliment qui a été introduit dans les toilettes.
Cependant, en pratique, la décision de la majorité des décisionnaires est d'être indulgent sur ce point.
Ainsi, a priori ( lekhateh'ila ), si l'aliment est solide (sec), comme des fruits, on le lavera trois fois.
S'il n'y a pas la possibilité de les laver, comme c'est le cas ici pour des sachets de thé, ils sont permis a posteriori ( bediavad ), même selon les avis les plus stricts - voir encore Piskei Teshouvot , OH 171, n. 47.