Question
Boker tov Harav,
J'avais lu votre reponse sur l'adaptation Chalom que l'on peut dire en pratiquant le Yoga (a la place du OM), je reviens malgré tout sur le sujet de manière générale.
Ma question est simple, en tant que juif peut on ou pas pratiquer le Yoga ?
Notamment vis à vis de la possibilité de faire Avodah Zara en pratiquant le Yoga.
Certes il existerait des Yoga differents, je vais rapporter ci dessous des extraits et citations que l'on retrouve un peu partout sur le sujet :
"Les théoriciens du Yoga ont opposé le SAMKHYA athéiste au YOGA SUTRAS théiste."
Mais il s'avère que dans leur propre texte conceptualisant le Yoga :
"Isvara est le premier des guru qui dispense son savoir. Il est omniscient, la semence de toute connaissance (niratisayam sarvajnabijam). Il est Hiranyagarbha (œuf d’or, matrice en or) est la source de tout être, il est Brahman cf La création du monde dans l’hindouisme,"
C'est très perturbant d'imaginer un brin d'athlétisme quand chaque figure du Yoga fait référence a des concepts spirituels
A t on des maitres qui se sont positionnés sur le sujet vs avoda zara, ou au contraire la pratique du Yoga est elle compatible avec notre religion ?
Une autre recherche internet m'a fait tombé sur cette question /reponse de Torah Box :
"le yoga, qui peut être considéré comme une thérapie avec l'aide du bouddhisme, est complètement interdit dans la Torah, car il est un dérivé de 'Avoda Zara."
torah-box.com/question/cours-de-yoga-mixte-avec-chants-bouddhistes-permis_45017.html
Meme dans le Christianisme, la question se pose si je me refere au résultat de surprenante recherche internet sur la pratique du Yoga :
"Yoga et Christianisme sont incompatibles : une voie vers soi-même , un chemin vers Dieu…"
tribunechretienne.com/yoga-et-christianisme-sont-incompatibles-une-voie-vers-soi-meme-un-chemin-vers-dieu
Réponse du Rav Shmuel Elikan
Il est permis de pratiquer des exercices de yoga, de méditation et des arts martiaux, mais il est interdit d’y ajouter des rituels imitant les coutumes des non-Juifs.
En effet, les exercices de yoga sont des positions physiques destinées à améliorer la santé par l’équilibre du corps et de l’esprit, d'une part et, d'autre part, les exercices de méditation sont des techniques de concentration de la pensée et du ressenti, pour parvenir à la maîtrise de soi, à l’équilibre et à une forme d’illumination intérieure. De manière similaire, les arts martiaux visent à perfectionner la défense et la maîtrise de soi, tout en développant la santé et la concentration.
Bien qu’à l’origine ces pratiques aient été liées à des religions idolâtres, du moment qu’elles ne sont pas accomplies dans un cadre cultuel, il n’y a pas d’interdiction (1).
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(1) Mais il est interdit d’y ajouter des rituels dépourvus d’utilité claire, car ils expriment une culture étrangère – ce qui est interdit par la Torah (Lévitique 18, 3) :
> « Vous ne suivrez pas leurs coutumes »
H’oukot ha-goyim (coutume des nations) désigne une pratique à caractère culturel ou religieux devenue une norme obligatoire chez un autre peuple. La Torah a interdit au peuple d’Israël d’adopter de telles coutumes, afin qu’il préserve son identité et son indépendance spirituelle, sans se laisser entraîner par la culture ou la foi des autres nations. Ainsi, il est permis de s’incliner devant le maître au début de l’entraînement, par respect. Mais il est interdit de s’incliner devant une photo du maître, car c’est une coutume païenne. De même, il est interdit de faire les exercices tournés vers le soleil de manière intentionnelle, mais permis si le maître et les élèves ne prêtent pas attention à la direction. Il est aussi interdit de participer à une cérémonie d’initiation où l’on reçoit un mantra, ou de réciter des mantras incompréhensibles dans une langue étrangère.
Par ailleurs, si le maître mentionne des noms de divinités, cela constitue une interdiction supplémentaire, car il est dit (Exode 23, 13) :
> « Le nom d’autres dieux, vous ne le prononcerez pas »
En revanche, il est permis d’utiliser les noms des exercices dans une langue étrangère, car ils servent simplement de désignations techniques, non comme noms d’idoles.
Même lorsqu’il n’y a aucune interdiction formelle, il faut veiller à ce que ces pratiques ne deviennent pas le centre spirituel de la vie, mais demeurent des outils au service de la foi en Dieu, de la correction morale et de l’accomplissement des mitsvot.
Il existe une différence fondamentale entre les conceptions : dans la vision du yoga et de la méditation, le but est d’atteindre la paix intérieure par détachement du monde. Dans la vision juive, le but est d’améliorer le monde (tikkoun olam), et la santé ou la sérénité sont des moyens utiles, non des fins à atteindre.
Selon le Rambam (Maïmonide), il y a idolâtrie lorsqu’on sert une idole de la manière qui lui est propre, ou qu’on la reconnaît comme une divinité (Lois sur l’idolâtrie, chap. 3, hal. 5–6) :
> « Quiconque sert une idole selon sa manière habituelle, même par dérision, est passible de mort… Quiconque la sert par amour (pour sa beauté) ou par crainte (de peur qu’elle lui nuise), et la reconnaît comme dieu, est passible de lapidation. Quiconque accomplit des gestes d’honneur (embrasser, nettoyer, vêtir, chausser…) transgresse un interdit biblique, bien que ces gestes ne constituent pas le culte proprement dit ».
À la lumière de cela, certains décisionnaires ont interdit la méditation par crainte d’idolâtrie (cf. Teroumat ha-Goren, YD vol. II, §20). Cependant, il semble que la méditation ne comporte aucun culte idolâtre et l’avis de la majorité des décisionnaires est que c’est permis (cf. resp. Nitzanei Eretz (Glicksberg), vol. II, §11 concernant la méditation et le yoga).
Ainsi, seuls les rituels dépourvus de sens relèvent de l’interdit de « ‘houqot ha-goyim ».
C’est aussi l’avis du rav H’aïm David HaLévi (resp. Asséh Leh’a Rav vol. II, §47) et du rav Shor (« La Médecine complémentaire selon la halakha », p. 219).
Le rav H’aïm David Halevi, parlant de la méditation transcendantale, distingue clairement entre la technique et la signification spirituelle qu’on lui donne (resp. Assé Lekha Rav, id.) :
> "Le rituel d’initiation et la mantra transmise au pratiquant comportent des éléments manifestes d’idolâtrie, totalement interdits. En revanche, la technique elle-même n’est pas interdite si elle est pratiquée sans le rituel et sans la supervision des maîtres concernés. Un Juif observant n’a nul besoin de méditation transcendantale : celui qui ressent un vide intérieur ou cherche la paix la trouvera dans un retour sincère à la Torah et aux mitsvot. On peut certes trouver une forme d’équilibre et de lien avec Dieu à travers l’étude et la prière, et certaines techniques peuvent aider à renforcer la concentration dans ces domaines. Mais il n’est jamais permis de considérer le yoga comme un substitut à la prière, même si l’on croit qu’il en atteint la finalité spirituelle".