Rav Elikan
Fetes
Fetes20 juillet 2023Questeur #119WhatsApp

Question

Bonjour, quelqu'un qui doit travailler à Tisha beav peut-il atténuer la faute d'une quelconque façon ? Par exemple donner à la tsedaka une partie de la rémunération.

Réponse du Rav Shmuel Elikan

L'usage est de ne pas travailler le 9 av (1), surtout des travaux qui nous font oublier l'essence de ce jour (2). En effet, il est important en ce jour de ressentir le deuil, le manque du Temple, d'un lieu d'union et de paix pour le Peuple Juif et le monde et où réside la Présence Divine.

Cet usage de ne pas travailler est astreignant, surtout pour le matin, en outre, si le travail ne requiert pas trop d'efforts, ne nous fait pas oublier le deuil et est fait après h'atzot (midi solaire), de nombreux décisionnaires écrivent que ce n'est pas interdit (3), même si ce n'est pas conseillé.

Ceci dit, il est permis d'accomplir, le 9 av, un travail dont l'ajournement entraînerait une perte significative (davar ha'aved), de la même manière qu'à H'ol hamoed et cela comprend le risque de se faire virer si on ne vient pas travailler (4).

Toutefois, si le travail nous force à penser à autre chose qu'au deuil, est fait avant midi et que ce n'est pas un travail nécessaire ou permis, dans la mesure où l'on serait astreint de le faire et on ne pourrait prendre congé, même s'il n'y a aucun risque d'être viré, il y aurait effectivement lieu de donner cette rémunération à la tzedaka, même si ce n'est pas obligatoire, car nos Sages nous enseignent qu'aucune bénédiction ne provient de cet argent là (5).

________

(1) Nos sages enseignent (TB Taanit 30b) : "Quiconque se livre au travail le 9 av n’en verra jamais de signe de bénédiction". La raison en est que le travail détourne l’esprit du deuil. Toutefois, il n’y pas de décret explicite des sages interdisant de travailler le 9 av. Ainsi, dans certains lieux, on avait pour usage d'interdire tout travail, dans d'autres, on avait l’usage d'autoriser. Nos Sages expliquent cependant que l'usage local oblige ; donc, en un lieu où on a coutume de ne pas travailler le 9 av, il est interdit de travailler (cf. TB Pessah'im 54b et comm.). Or, tout le peuple juif ayant pris l'usage de ne point travailler, le 9 av, jusqu'à h'atzot (midi solaire), cela nous astreint. Par ailleurs, même après midi, il est juste de s'abstenir de travailler, afin de ne pas détourner son esprit du deuil ; ce n’est donc qu’en cas de grande nécessité que l'on travaille l'après-midi - cf. Sh. Ar. OH 554, 22 et al. 24 avec leurs comm. dont Mishna Beroura, s.k. 49.

(2) La distinction des travaux en fonction de l’application continue de l’esprit dans le temps est exposée par le Troumat Hadeshen cité et tranché par le Rema OH 554, 22. Celle-ci se fonde sur le fait que, lorsqu'un travail requiert une application continue, l'esprit s’écarte du deuil. Comme l'écrit justement le rav Melamed dans son Pninei Halah'a, c'est ce critère qui doit dicter la règle, pour toute question posée.

(3) cf. Kaf Hah'ayim (Sofer) OH 554, s.k. 97.

(4) cf. Sh. Ar. OH 554,23 et comm.

(5) cf. Taanit 30b cité en n. 1, et comm. ad loc. ainsi que Mishna Beroura OH 554, s.k. 50.