Question
Bonjour Rav,
Est il permis de se livrer a des activités récréatives risquées telles que le saut a l'élastique ou en parachute ?
Merci
Réponse du Rav Shmuel Elikan
La pratique d’activités dites "extrêmes" comportant un certain risque, comme le saut à l’élastique ou le parachutisme, lorsqu’elle est motivée uniquement par la recherche de sensations fortes ou de plaisir, semble être interdite selon de nombreux décisionnaires (1). Mais selon certains, lorsque c'est une pratique courante et que le risque est moindre (statistiquement), il y a lieu d'être permissifs (2).
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(1) De nombreux décisionnaires écrivent que le saut en parachute, lorsqu’il est pratiqué pour le plaisir, est interdit en raison de l’injonction biblique « Vous prendrez soin de vos vies » (Devarim 4, 15).
Ainsi dans le livre Maadané Shlomo, il est rapporté que Rav Shlomo Zalman Auerbach disait (p. 430-431) :
> « Quelqu’un qui veut sauter d’un avion comme le font les parachutistes, à des fins de plaisir — c’est assurément interdit. Il n’y a pas ici d’autorisation fondée sur "Dieu protège les simples", car la personne s’expose volontairement au danger, et cela ne fait pas partie des pratiques généralisées. »
Même s’il n’existe pas, dans la halah'a, de seuil statistique défini pour ce qui constitue un danger interdit, ces sports dit extrêmes sont considérés comme les plus dangereux. L’un des traits distinctifs est que même les personnes expérimentées y sont exposées aux mêmes risques. De plus, cela peut aussi représenter un danger pour autrui (par exemple, en cas de collision entre parachutistes ou de chute sur quelqu'un, etc.).
De fait, le Rambam écrit :
> « Il est interdit à une personne de passer sous un mur menaçant ruine, de traverser un pont branlant ou de pénétrer dans une ruine, ainsi que d’autres cas similaires de danger – il est interdit de s’y tenir. »
(Mishné Torah, Hilh'ot Rotzéah' ouShemirat haNefesh, chap. 12, hal. 6)
La Guemara (TB Berah'ot 3a) rapporte que Rabbi Yossi entra dans une ruine pour prier, et fut réprimandé par le prophète Élie pour cela (cf. encore Tzlah' ad loc.). Il est clair de ce passage que même lorsqu’un danger semble peu probable (comme l’effondrement d’une ruine qui a tenu de nombreuses années), il est tout de même interdit de s’y exposer, ne serait-ce que quelques minutes, et même dans un but noble comme la prière.
Le Noda BiYehouda (Resp. Mahad. Tinyana, §10) écrit clairement que la chasse, qui est un sport risqué, est interdite pour cette raison, à moins qu’elle ne soit pratiquée pour gagner sa vie :
> « Toute personne qui s’y adonne doit entrer dans les forêts et s’exposer à de grands dangers... Comment un Juif peut-il se mettre volontairement dans un endroit peuplé de bêtes sauvages ?... Si c’est pour sa subsistance, cela est permis, comme tous ceux qui traversent les mers pour commercer. Mais s’il ne le fait que par désir, il transgresse "vous prendrez grand soin de vos vies". »
De manière similaire le Rav Avraham Yits’hak HaKohen Kook a également écrit qu’il n’est pas convenable de se promener dans des endroits comportant ne serait-ce qu’un risque lointain (Igrot Raayah, vol. III, lettre 852, p. 132, sur la base du Yeroushalmi, Moed Katan chap. 3, hal. 1) :
> « Toute démarche qui présente un soupçon de danger — même si, selon l’usage du monde, on y va pour les besoins de la société — n’est permise que si c’est pour gagner sa vie, mais pas pour une promenade sans nécessité. »
(2) Le H'azon Ish (HM, Likoutim, §18, s.k. 2) distingue entre une action considérée comme "usage courant du monde", même avec un léger risque, et une action inhabituelle. Il explique par exemple que monter sur un toit sans rambarde n’est pas interdit, car les gens sont naturellement prudents dans ce cas, et cela fait partie de la norme. Mais une activité inhabituelle et risquée, comme le parachutisme de loisir, par exemple, ne semble pas forcément couverte par cette indulgence.
De manière similaire, le Rav Ovadia Yossef écrit (H'azon Ovadia, Berah'ot, p. 371) :
> « Une chose qui est considérée comme l’usage du monde et qu’il est nécessaire de faire — comme prendre la mer ou traverser le désert — même si elle comporte un danger, n’a pas à être évitée. Dieu, qui voit les cœurs, sait que la personne est contrainte par sa subsistance, et Il envoie Son ange pour la protéger. Mais si c’est uniquement pour une promenade, celui qui tient à sa vie doit s’en abstenir. »