Question
Se raser pour Yom Haatsmaout?
Serait-il possible de dresser un état des lieux des opinions actuelles ? De ce qui se fait ?
Lorsque le 5 Iyar tombe comme cette année à chabbat et que les festivités sont avancées, cela est-il un paramètre qui modifie les positions ?
Merci beaucoup !
Réponse du Rav Shmuel Elikan
L'usage est de se raser pour Yom haAtzmaout, peu importe quand il tombe (1).
Le fait que ça tombe shabbat ne change rien si ce n'est que pour beaucoup on évitera alors d'y dire "Tzidkateh'a" à Minh'a (2).
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(1) Le 5 iyar peut tomber un lundi, un mercredi, un vendredi ou, comme cette année, un shabbat. Les années où cette date tombe le vendredi ou le shabbat, il serait sérieusement à craindre que les fêtes de Yom haAtzmaout et ses cérémonies ne donnent lieu à une profanation publique du shabbat.
Par conséquent, il a été décidé, à la demande du Grand-rabbinat d'Israël, dans les cas où le 5 iyar tombe le vendredi ou le shabbat, d'avancer la fête de Yom haAtzmaout au jeudi (3 ou 4 iyar). Par la suite, on s’est aperçu que, même quand Yom haAtzmaout avait lieu le lundi, les préparatifs de Yom Hazikaron, qui commence à l’issue de shabbat, conduisaient de nombreux Juifs à profaner le shabbat. Par conséquent, il fut décidé, toujours à la demande du Grand-rabbinat, que Yom Hazikaron et Yom haAtzmaout seraient repoussés d’un jour, de sorte que Yom Hazikaron ait lieu le 5 iyar, et Yom haAtzmaout le 6.
Il ressort de tout cela que, parmi les quatre jours où peut tomber l'anniversaire de l’Indépendance, trois conduisent à avancer ou à reculer le moment des festivités...!
On notera que nous connaissons des cas comparables dans notre calendrier liturgique : en raison de la crainte qu'un Juif porte le shoffar ou le loulav pendant shabbat, nos Sages ont généralement annulé ces commandements le jour de shabbat. Ainsi, quand Rosh haShana tombe le shabbat, on ne sonne pas du shoffar. De même, quand le premier jour de Soukot tombe shabbat, on n'y fait généralement pas la mitzva du loulav. Nous voyons donc que nos sages ont annulé une mitsva de la Torah, dans le but d’éviter qu'on n'en vienne à profaner le shabbat. Toutefois, la date même de ces fêtes, qui sont bibliques, ne saurait être changée. En revanche, les fêtes d’institution rabbinique peuvent être repoussées ou avancées. Quand Pourim tombe le shabbat, comme cette année à Jérusalem, on lit le rouleau d'Esther et l'on distribue les cadeaux argent aux pauvres le vendredi ; puis, le shabbat, on fait la lecture de la Torah et l'on intègre à la prière le passage Al hanissim ; enfin, le dimanche, on dresse le festin et l’on envoie des cadeaux alimentaires à son prochain (cf. Sh. Ar. OH 688, 6 et comm. dont Mishna Beroura s.k. 18, etc.). Dans le même ordre d'idées, quand le 9 av tombe le shabbat, on repousse le jeûne au dimanche (cf. Sh. Ar. OH 551,4 et 554,19).
De même, s'agissant de Yom haAtzmaout, tout dépend de la décision rabbinique : quand un jour a été décidé par les représentants du public et par le Grand-rabbinat pour y fêter la création de l'Etat, c’est en ce jour même que nous devons exprimer notre reconnaissance envers Dieu pour Son secours.
Il est intéressant de noter que le moment même de la proclamation de l’Etat fut avancé pour ne pas profaner le shabbat. En effet, le mandat britannique expirait dans la nuit de shabbat à minuit ; mais les dirigeants de la Knesset ne voulaient pas que la proclamation de l’Etat se traduise par une profanation du shabbat ; aussi avancèrent-ils la proclamation au vendredi midi, 5 iyar.
(2) C'est ce qui a été convenu, au sein du Grand-rabbinat d’Israël, au fil des générations. Il est vrai que le Rav Goren, en 5741 (1981) a émis l’opinion selon laquelle, un shabbat 5 iyar, on doit réciter le Hallel, car ce qui ne risque pas d’engendrer une profanation de shabbat doit être maintenu en son temps, comme on le voit dans le cas de Pourim (Torat HaShabbat VehaMo'ed). Mais les autres décisionnaires ont pris l'usage, en ce jour, de ne pas faire de partition des mitzvot, comme l’explique le Rav Yaakov Ariel, resp. Bé-Ohala shel Torah, vol. I, §73. Dans le même responsum, le Rav Ariel écrit :
> « l'on ne dit pas les Tah'anounim (supplications) le 5 iyar qui tomberait un vendredi, de même que, lorsque le 9 av tombe le shabbat, la notion de 9 Av se maintient à l'égard d’une minorité de règles. Si le 5 iyar tombe le shabbat, on récitera néanmoins Av HaRah'amim, en raison des durs décrets qui s’abattirent sur Israël au mois d’iyar. »
Il semble cependant que l'on ne dise pas Tzidkateh'a à Minh'a.
De manière similaire, si le 5 iyar tombe un lundi, et que Yom haAtzmaout soit donc reporté au mardi, il semble que l'on ne dise pas Tah'anounim le lundi. C’est notamment ce qu'a décidé le Conseil du Grand-rabbinat en 5764 (2004).
Le Rav Shemouel Katz ("HaRabanout Harashit", pp. 898-899) explique que le Rav Goren lui-même avait d’abord estimé que le Hallel doit se réciter le jour où sont fixées l’ensemble des festivités, et non le shabbat, et qu’il n’a modifié son opinion qu’en 5741.
En note 33, l’auteur raconte au nom du Rav Elfassi que, en 5761 (2001), à la synagogue du Rav Goren, Komemiout Avraham, on adopta l'usage des autres communautés, car certains fidèles avaient entendu du Rav Goren que sa décision n’avait pas été acceptée, en cette matière, par l'ensemble de la collectivité d’Israël. Tout cela est également rapporté dans le Pninei Halah'a du rav Eliezer Melamed.