Question
Pourquoi utilise-t-on le terme de Bar Mitsva (fils de la mitsva) et non une autre expression (il n'en manque pas en hébreu) comme "obligé" de la mitsva ou tout autre ?
Que signifie cette expression fils de la mitsva ? Merci
Réponse du Rav Shmuel Elikan
Shalom,
Il y a effectivement d'autres expressions.
Ainsi, le terme biblique d'adulte est "
ish
" (1).
Le mot "
bar mitzva
" apparaît pour la première fois dans le
Talmud
(2) à propos des esclaves qui ne sont pas "
bar mitzva
", c'est-à-dire astreints aux commandements (3).
Puis, dans le
Midrash
(4) - où l'on parle d'un jeune "astreint aux commandements (
bar mitzva
) et ayant toute sa tête, ses esprits, faisant ainsi acte de compréhension des réactions adultes et de leurs implications (
bar da'at
).
Toutefois ce n'est pas un terme très utilisé dans la littérature rabbinique et a fortiori pas pour parler de quelqu'un célébrant sa majorité. On y parle plutôt de "
tinok
( = enfant)
hamevi simanim
( = qui a les signes nécessaires pour être considéré comme adulte)" c'est-à-dire qu'il a commencé son adolescence, ou encore "
na'ar
" (jeune homme - 4*), voire "
bah'our
" (4**).
Ce terme de "
bar mitzva
" apparaît néanmoins dans une réponse des
Guéonim
(5) puis se répand surtout dans la
littérature rabbinique médiévale
(6) jusqu'à ce qu'au seizième siècle le
Rav Shlomo Louria
(1510-1573) écrive (7) que l'expression
Bar Mitzva
est bien une preuve que le repas qu'on y mange est une
séoudat mitzva
c'est-à-dire une repas de joie auquel on serait quasiment astreint (comme une
mitzva
, un commandement) !
Ainsi, le terme signifierait surtout en araméen "
âge du commandement
" c'est l'âge auquel on est astreint aux commandements, 13 ans et un jour (8), selon l'expression utilisée par la
Mishna
dans
Avot
(9) - "בן שלוש-עשרה למצוות" - "
Ben Shlosh Essrei LeMitzvot
" - "l'âge de 13 ans pour les commandements".
Par ailleurs, le terme de "
ben
" utilisé dans la mishna en plus de signifier, comme ici, l'âge, marque parfois dans un contexte plus général non seulement une filiation, comme vous le notez, mais surtout une appartenance, ainsi, nous trouvons dans la
Mishna
(Meguila, par exemple) le terme de "
Ben I'r
" (fils de la ville) ou "
ben h'ayil
" (litt. fils de l'armée) pour parler de quelqu'un de courageux, d'héroïque. C'est donc que l'enfant devenant adulte marque ce rite de passage par son
appartenance
aux commandements.
Ce concept d'appartenance marqué par le mot "
ben
" en hébreu a permis quelques "jeux de mots".
Ainsi, il est dit au nom du
Rav Méïr Simh'a HaKohen
de
Dvinsk
(10) :
"un jeune homme entrant dans l'astreinte des commandements, on ne sait pas ce que lui proposera le futur, et s'il tiendra l'accomplissement de ceux-ci - c'est pourquoi il est appelé "
bar mitzva
", car le terme "
bar
" signifie en araméen - dehors, à l'extérieur. C'est-à-dire que le jeune homme devenant astreint aux commandements, se tient à l'entrée, à la porte des commandements, et l'on ne peut pas encore l'appeler "fils du commandement" (
ben mitzva
), son appartenance n'étant pas encore "stable", il n'est pas encore un fils "viable" (
ben kayima
- concept halah'ique définissant qu'après 30 jours un bébé est considéré comme vivant et non pas comme mort-né) - il revient alors au jeune homme de justifier le nom qu'on lui donne, et en étant "
bar mitzva
", ce n'est pas suffisant, il doit devenir "
ben mitzva
"".
Toutefois, cela reste un enseignement "moral" basé sur l'expression généralement acceptée et utilisée de "bar mitzva", mais qui ne se veut en aucun cas expliquer historiquement la source de l'expression qui s'est finalement répandue ainsi...
Cordialement,
Notes
:
(1) cf. Psikta Zoutreta Bereshit 34,25 et Torah Temima Bereshit 34, note 9
(2) TB Baba Metzia 96a
(3) cf. encore Maharit Elgazi, hil. Beh'orot, chap. 4, p. 22-24
(4) Tanh'ouma (éd. Varsovie), par. Bo, §14
(4*) dont la source marque le fait de se détacher du cocon familial -
lehitna'er
signifiant "se dépoussiérer" ou "se dégager", "se secouer"
(4**) idem - jeune homme, connotant toutefois le fait "d'être choisi" (de la racine B-H'-R = choisir), cf. dans les
Drashot H'atam Sofer
qui marque que c'est l'état de conscience qui doit préoccuper tout Bar Mitzva, le fait d'être "élu" comme adulte.
(5) Lick, §74
(6) chez Rabbi Avraham Ibn Ezra, Rabbi Itzh'ak Areima (
Akeidat Itzh'ak
, §61), etc.
(7)
Yam Shel Shlomo
(Baba Kama chap. 7, §37.
(8) cf. encore TB Kidoushin 63b et Nidda 45b ; comm. attribué à Rashi sur Nazir 29b s.v. veRabbi Yossei
(9) chap. 5, mishna 21 - qui serait d'ailleurs un ajout plus tardif au traité d'Avot, comme noté par le Méïri ad loc. ; cf. encore le chapitre intitulé "
Ben Shlosh Essrei LaMitzvot ?
" du prof. D. Gilat dans son livre "
Perakim BeHishtalshelout HaHalah'a
", éd. de l'uni. de Bar-Ilan, Ramat-Gan, 1992.
(10) Je n'ai pas trouvé la source dans ses écrits, mais c'est rapporté dans plusieurs articles en son nom (notamment dans le livret "
Ben Shlosh Essrei LeMitzvot
" du Rav Yehouda H'ayoun ou encore dans l'article du Rav Shmouel David Friedman, "
Mekorot Halah'ot veHalih'ot, Minhagim, Te'amim veInyanim Shonim be'Inyanei Bar Mitzva
", publié dans la revue
Mevakshei Torah
, n°45 (2007), p. 46.