Rav Elikan
Torah
Torah15 décembre 2024Questeur #17WhatsApp

Question

Bonjour Rav,

Le Rambam dans sa Hakdama au Pirouch Hamichnayot affirme qu’une information essentielle à la réalisation d’une mitsva ne fait jamais l’objet d’une mahloket dans le Chass. Comment comprendre cette idée alors qu’il existe des mahlokot parmi les amoraïm sur l’existence même d’une mitsva ? Par exemple, dans Berakhot 21a, Rav Yehouda soutient que la mitsva de Keriat Chema est d’ordre rabbinique. Si, selon le Rambam, les points fondamentaux liés aux mitsvot ne peuvent être sujets à débat, à plus forte raison, il semble difficile de concevoir qu’il puisse y avoir une mahloket sur l’existence d’une mitsva parmi les 613.

Merci d’avance pour vos éclaircissements.

Réponse du Rav Shmuel Elikan

Le Migdal Oz (hil. Teshouva, chap. 5) dit : "she'elat h'ah'am, h'atzi teshouva" (la question d'une personne érudite constitue déjà la moitié de la réponse). Ici la question repose sur une compréhension inexacte des distinctions établies par le Rambam entre différents types de lois et de débats dans le Talmud.

Reprenons les points essentiels décrits par le Rambam dans son introduction à son commentaire de la Mishna.

Il y a des lois transmises sans débat, le Rambam nomme cela peirsouhim mekoubalim (interprétations traditionnelles reçues directement de Moïse au Sinaï) qui ne font jamais l'objet de débats ; ce sont des lois claires et universellement acceptées depuis Moïse, mais ce ne sont pas tous les commandements ni leur statu. Par exemple, l'identification du "pri 'etz hadar" (fruit de l'arbre splendide) à l'etrog ou l'obligation de dommages monétaires en cas de blessures corporelles. Ces interprétations ne font pas l'objet de mah'lokot (désaccords halah'iques), car elles sont considérées comme des traditions explicites et incontestées.

Les lois qui ne sont pas explicitement transmises comme telles par Moïse, mais déduites par les sages à partir des textes bibliques ou des principes herméneutiques, peuvent être sujettes à débat. Ces débats résultent de divergences dans les méthodes d'interprétation ou d'analyse des preuves textuelles.

La discussion entre Rav Yehouda et d'autres Amoraïm sur la nature de la lecture du Shema (d'ordre toranique ou rabbinique) appartient à la catégorie des débats concernant les lois dérivées, et non à celle des peirsouhim mekoubalim.

Le Rambam ne soutient pas qu'il est impossible qu'il y ait un désaccord sur l'existence d'une mitzva dans des cas où celle-ci n'a pas été explicitement définie comme telle dans les traditions reçues au Sinaï.

L'erreur réside dans l'idée que le Rambam inclurait toutes les mitsvot parmi les 613 dans la catégorie des peirsouhim mekoubalim, or ce n'est pas le cas. Le Rambam fait la distinction entre :

- Les interprétations de commandements explicitement reçues au Sinaï et non sujettes à débat.

- Les commandements dont l'interprétation découle d'une analyse ultérieure et qui peuvent faire l'objet de divergences légitimes.

Dans le cas que vous citez l'identification de Keriat Shema comme une obligation de la Torah ou rabbinique relève d'une déduction et non d'une transmission explicite au Sinaï. Par conséquent, elle est ouverte à discussion selon les outils analytiques et herméneutiques des Sages. Ce type de débat ne contredit pas le principe fondamental énoncé par le Rambam, qui concerne uniquement les peirsouhim mekoubalim.

En bref, le Rambam n'affirme pas qu'il ne peut jamais y avoir de désaccord sur l'existence ou la nature d’une mitzva. Il limite son propos à l'absence de désaccord sur les interprétations explicitement reçues par tradition depuis Moïse. La discussion en Berah'ot 21a, par exemple, concerne un cas relevant de déductions interprétatives, et non d'une loi reçue directement.