Question
Shalom Rav,
Un hommage vidéo circule pour une jeune femme qui a été assassinée dans laquelle des images de son corps dénudé paradé par les terroristes du Hamas sont montrées. Je voudrais, afin de pouvoir convaincre les gens qui la font circuler, et puisque la simple dignité semble ne pas suffir, savoir si publier de telles choses relève, de près ou de loin des interdits liés au kevod hamet. En vous remerciant par avance
Réponse du Rav Shmuel Elikan
Je ne connais pas la vidéo en question, mais il est évident qu'il y a de très nombreuses raisons pour interdire sa diffusion :
1. C'est un manque de dignité qui peut constituer une profanation du Nom Divin, parce qu'il y a un devoir d'enterrer le corps (dans la mesure du possible) et pas de publier son image sur les réseaux (1).
2. S'il y est montré un corps dénudé, il est interdit de la publier pour des raisons de pudeur (2).
3. Concernant le fait d'afficher des images de défunts, cela dépend de la question si on a le droit de regarder des corps, après que leur âme les ait quitté : certains considèrent que ce n'est pas bien, mais pas clairement interdit (3), alors que d'autres y voient un interdit (profiter du défunt - hana'a min hamet ) (4) et une honte faite au défunt qui requiert d'aller sur sa tombe lui demander des excuses, pour se faire pardonner (5).
4. Quoi qu'il en soit, tout le monde est d'accord qu'on évite tout irrespect envers le défunt ; surtout si on le fait :
A- en montrant sa photo, son image, alors que la personne n'est pas devant nous,
B- sans son accord et celui de sa famille à qui cela peut faire honte
C- que c'est affiché devant de nombreuses personnes, alors que cela peut les traumatiser.
En bref, il y a là de nombreux problèmes éthiques et halah'iques.
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(1) cf. p. ex. Tifferet Israël (Lifshitz) sur Avot 3,14.
(2) cf. Rambam, hil. Teshouva, chap. 4, hal. 4 et comm. ; Mishna Beroura OH 75, s.k. 7 ; cf. aussi Ezer Mekoudash (Buczacz) EH 23,3 qui soutient que si cela "fait une marque forte sur notre esprit" - et c'est très certainement le cas lorsqu'il s'agit d'un corps mort - il y a là un interdit grave.
(3) cf. H'azon Ish, hil. Avelout, §208, al. 7 ; resp. Mah'aneh H'ayim, YD vol. II, §60.
(4) cf. Ritva, Ketouvot 60a s.v. yah'ol ; Sh. Ar. YD 349,1 et comm. ; Sdei H'emed (Medini), Klalim, Maar. haMem, §103. Et cela est même valable pour des non-juifs, il est interdit de leur montrer le corps ou la photo/vidéo d'un corps de telle sorte qu'ils en "profiteraient" - cf. resp. Ya'avetz, vol. I, §41 ; TaZ YD 349, s.k. 3 ; Pith'ei Teshouva, id. s.k. 1 ; resp. Yabia Omer (Yossef), vol. III, YD §20-23.
(5) Ainsi Rabbi Yehonathan Eybeschütz a interdit a un pauvre homme de montrer la dépouille de son enfant mort-né pour recevoir de la tzedaka - cf. Bina La'Itim (Jérusalem, 1973), hil. Yom-Tov, chap. 1, vers la fin, p. 12a également cité dans resp. Binyan Tzion (Ettlinger), §120. Et c'est également ce qui est écrit dans la brochure d'halah'ot de Zaka qui interdit de prendre des corps morts en photo/vidéo a priori (sauf pour des rares cas où il y a un besoin d'identification qui ne peut pas se faire autrement).