Rav Elikan
Priere
Priere17 octobre 2025Questeur #52WhatsApp

Question

Bonjour Rav

Y a t il une facon de faire si l’on a tres soif et que l’on est au milieu de la priere, disons apres le yotser.

Peut on “s interrompre “ pour faire shehakol ?

Y a t il une différence si on veut juste boire ou si la soif nous empeche de continuer a “dire/chanter” la tefila ?

Shabat shalom

Réponse du Rav Shmuel Elikan

A priori, on évite de boire durant la prière, de la même manière qu'on ne parle pas (pour éviter un hefsek) depuis les psoukei dezimra jusqu'à la fin de l'Amida (1).

Cependant si quelqu'un a très soif de telle sorte qu'il n'arrive pas à se concentrer dans sa prière, certains permettent de boire pendant les psoukei deZimra ou entre Yishtabah' et Bareh'ou/Yotzer (2).

______________

(1) Le Rif (Berakhot 23a) statue :

> « Il convient à l’homme de ne pas parler depuis qu’il commence Baroukh Sheamar jusqu’à la fin de la Amida (les dix-huit bénédictions). »

Autrement dit, depuis le début des Pessouké Dézimra (les versets de louange, qui s’ouvrent par la bénédiction Baroukh Sheamar) jusqu’à la fin de la Amida, c’est considéré comme une seule et même unité de prière.

Bien qu’il soit permis d’interrompre pour une mitsva (un devoir religieux), et que pour la lecture du Shema il existe des distinctions entre les interruptions autorisées selon les passages, pour tout ce qui n’est pas une nécessité religieuse (devar reshout), il ne faut aucunement interrompre.

De même, le Sh. Ar. (OH 51,4) écrit :

> « Il faut se garder d’interrompre par la parole depuis qu’on commence Baroukh Sheamar jusqu’à la fin de la Amida. »

D’après cela, il est donc clair qu’il ne faut pas boire entre les Pessouké Dézimra et la fin de la Amida.

Dans les Responsa Rivevot Ephraïm (vol. VI, §29), on demande :

> « Si, pendant les Pessouké Dézimra, quelqu’un a très soif, lui est-il permis d’interrompre pour réciter la bénédiction (shehakol) et boire de l’eau ? Car pour la bénédiction d’action de grâces (Asher Yatsar), comme nous l’avons écrit au §28, certains permettent — mais qu’en est-il de la bénédiction sur l’eau ? »

Dans sa réponse, le Rav Ephraïm Greenblatt distingue deux situations :

- Si la personne est contrainte, faible ou dans l’incapacité de continuer à prier sans boire, c’est considéré comme un cas de force majeure (onèss), et cela est permis.

- Mais si elle est simplement très assoiffée, au point que la prière lui devient difficile, il reste dans le doute.

Il cite d’abord l’Eshel Avraham (de Buczacz, OH 51), qui raconte :

> « Un jour, avant de dire les mots “Et le Seigneur depuis les cieux”, le chalia’h tsibbour (officiant) est arrivé à Kaddish et Barékhou, et j’ai répondu avec lui. À cause d’un lapsus, j’ai récité avec lui Barékhou et commencé Baroukh Ata Hachem Elohénou Mélekh Ha’olam Yotser Or. Je m’en suis immédiatement souvenu, et je me suis demandé sur quoi je pourrais conclure la bénédiction. Or, on ne bénit sur l’eau que lorsqu’on a soif, et pour aller chercher un parfum ou quelque chose à goûter, il aurait fallu une longue interruption. C’était donc un cas de contrainte. Alors, je me suis souvenu que j’avais un doute sur la bénédiction Shehe’heyanou… et j’ai récité Shehe’heyanou sur les mots “Rah'amana…” »

De ce récit, il ressort que s’il s’est abstenu de boire, c’est non pas parce qu’il se trouvait au milieu des Pessouké Dézimra, mais parce qu’il n’avait pas soif - et donc, boire aurait constitué une bénédiction inutile. On peut donc comprendre que, a priori, il aurait été permis de boire au milieu des Pessouké Dézimra.

Cependant, on peut réfuter cela : son cas était a posteriori (bediavad), et a priori, il vaut mieux s’en abstenir.

Le Resp. Rivevot Ephraïm ajoute :

> « Dans les Responsa ‘Haïm David (vol. 1, §9), on lit que lorsqu’on se trouve au milieu des Pessouké Dézimra et que l’on sort le rouleau de la Torah, on n’est pas tenu de dire “Vézot haTorah”. Cf. Ktsot HaShoulh'an §18, alinéas 2 et 7. Mon ami, le Gaon Rabbi Moché Fischer, m’a écrit : “Voir s.k. 62 du Michna Beroura, au nom du Taz, qui écrit que quelqu’un ayant soif la nuit peut boire même sans prononcer la bénédiction à voix haute (béhirhour). Même si d’autres ne sont pas d’accord, c’est parce qu’il pouvait se laver les mains, mais personne ne dit qu’il ne doit pas boire — car la soif cause de la souffrance, et les Sages n’ont pas interdit en cas de douleur. Il peut donc réciter la bénédiction normalement, afin de ne pas boire sans bénédiction.” Fin de citation. Ainsi, on peut autoriser à boire, même au milieu des Pessouké Dézimra — mais cela reste à examiner. Et mon ami, le Gaon Rabbi Israël David Harpness, m’a écrit de consulter les responsa Vayivarekh David (vol. I, §14, du même auteur). Là-bas, on trouve plusieurs points utiles à notre sujet.” »

En consultant ce resp. Vayivareh' David, on voit qu’il distingue entre les chants et louanges (shirot vétishbah'ot), qu’il est permis de dire entre Baroukh She'amar et Yishtabah — car les bénédictions encadrantes s’y rapportent — et les autres bénédictions, qui ne font pas partie de ces louanges et ne sont donc pas permises.

Cependant, l’Arouh' HaShoulh'an (OH 51, al. 6) écrit :

> « Il est permis d’interrompre au milieu des Pessouké Dézimra pour réciter la bénédiction Asher Yatsar, pour répondre à Modim derabanan, ou pour dire une bénédiction nécessaire à l’instant, comme shama kol ra’am (quand on entend le tonnerre), etc. Il faut simplement veiller à terminer le verset en cours, ce qui est toujours possible. À plus forte raison, si quelqu’un n’a pas encore mis son talit ou ses téfilines, il peut le faire au milieu des Pessouké Dézimra et réciter la bénédiction correspondante.

De même, il peut répondre Shema Israël avec la communauté, ou même monter à la Torah.

Ce que le Tour et le Sh. Ar. ont assimilé entre Pessouké Dézimra et les bénédictions du Shema, c’est uniquement pour les interruptions facultatives (dvar reshout). »

Ce permis repose sur la règle du “shoel mipnei hakavod” - interruption permise par respect, ou pour un besoin religieux réel (Berah'a ha-mouh'rah'at).

Il existe un autre type de permission, appelé “tsorekh mitsva” (besoin d’une mitsva), mais celui-ci ne s’applique qu’entre Yishtabah et Yotser Or, et non au milieu des Pessouké Dézimra (cf. Arouh' HaShoulh'an, id. al. 5).

Il reste donc à examiner : boire pour mieux se concentrer dans la prière — est-ce un cas de shoel mipnei hakavod ou de tsorekh mitsva ?

D’un côté, on peut dire que c’est comparable au port du talit et des téfilines, permis pendant les Pessouké Dézimra, car cela embellit la prière et honore Dieu.

Mais d’un autre côté, il semble que ce n’est pas équivalent : enfiler le talit et les téfilines renforce la crainte du Ciel et la dévotion envers Dieu — et c’est pourquoi on l’a autorisé, comme on permet de saluer par respect pendant le Shema.

Voir à ce sujet le resp. H'evel Nah'alato (Epstein - vol. XVII, §3), qui conclut qu'il ne faut pas boire pendant les Pessouké Dézimra.

En bref, en cas de contrainte réelle (onèss), il est permis de boire. Sinon, il vaut mieux s’en abstenir autant que possible, bien qu’il existe des arguments pour être indulgent pendant les Pessouké Dézimra.

Il faut noter que même si l’on a récité la bénédiction avant les Pessouké Dézimra, le fait de boire à ce moment constitue une interruption (hefsek), car l’acte même de boire est considéré comme tel (cf. Taz OH 212 s.k. 6 et Maguen Avraham OH 209, s.k. 5).

(2) Cf. Hilh'ot Yom beYom (Karp), vol. II, p. 42, hal. 48. Cf. encore Mishna Beroura OH 54, s.k. 6.