Rav Elikan
Divers
Divers25 juin 2025Questeur #186WhatsApp

Question

Bonjour Rav, Ce matin, doit-on faire Tahanoun normalement, comme si de rien n’était ?

Ou bien faire Hallel ?

Ou juste ne pas faire Tahanoun ?

Si on fait Tahanoun, on ignore l’actualité.

Si on fait Hallel, on ignore les morts de ce matin…

Quelle suggestion pour pouvoir à la fois célébrer et commémorer ?

Réponse du Rav Shmuel Elikan

1. Réciter les supplications ne signifie pas qu'on ignore l'actualité (1). Dire le Hallel ne signifie pas non plus qu'on ignore les douloureuses pertes humaines (2).

2. Après l’attaque contre l’Iran, et a fortiori si les États-Unis nous ont effectivement aidé à détruire les installations nucléaires iraniennes, une réelle émotion spirituelle s’élève : un sentiment de gratitude envers Dieu et le désir de réciter le Hallel avec bénédiction (3).

Cette impulsion religieuse s’appuie sur l’idée centrale qu’il ne faut pas être ingrat face à l'élimination d'un grand danger (4).

Ce sentiment est soutenu par une source talmudique (5) :

> « Rav Yehouda a dit au nom de Shmouel : le chant contenu dans la Torah (שירה, Exode 15) a été dit par Moïse et Israël en sortant de la mer. Et le Hallel (Psaumes 113–118), qui l’a instauré ? Les prophètes parmi eux ont institué que le peuple le récite à chaque époque critique et pour chaque détresse dont ils sont sauvés ».

Rashi commente (6):

> « Chaque fois qu’une détresse survient et qu’ils sont sauvés, ils disent le Hallel sur leur délivrance - comme à H'anouka. »

Le Netziv (7) distingue :

- Le Hallel dit au moment du miracle est une obligation de la Torah.

- Le Hallel dit chaque année par la suite relève d’un décret (prophétique ou rabbinique selon les époques).

Le Maguid Mishné (8) indique cependant qu'un décret spécifique est requis pour instituer une récitation fixe du Hallel. Or rien de tel n'a été encore prononcé par le Grand Rabbinat d'Israël.

Le Talmud de Jérusalem (9) souligne que le Hallel ne peut être récité que lorsque la délivrance est complète, à savoir lorsqu'il n'y a plus de danger :

> Lors de la sortie d’Égypte, la shira n’a été dite qu’après la traversée de la mer Rouge, pas à la sortie immédiate d’Égypte.

Ainsi, tant que le danger persiste, il serait peut-être prématuré de dire le Hallel.

Le Rav Eliezer Waldenberg (10) dans les quelques jours après la guerre des Six Jours, émettait une réserve similaire :

> Si l’on veut remercier Dieu, qu’on le fasse dans le Hallel de Roch H'odesh proche. En effet, dire le Hallel au moment où les morts sont encore devant nous, quand les familles pleurent, n’est pas un comportement approprié.

Il ajoute que c’est peut-être pourquoi, après la victoire des Hasmonéens (H'anouka), le Hallel n’a été institué que l’année suivante (Talmud Shabbat 21b), car les plaies de la guerre étaient encore fraîches (11).

Malgré la réussite opérationnelle contre l’Iran et la réduction significative de la menace existentielle, le conflit n’est pas terminé, malheureusement, notamment à Gaza, d'une part, des blessés physiques et psychiques, des pertes humaines et des dégâts matériels sont encore à déplorer, des otages sont toujours en captivité, d'autre part.

Conclusion pratique : pour toutes ces raisons et du fait que nous sommes à la fin du mois de Sivan, à la veille de la néoménie (Rosh H'odesh) de Tamouz, il semble qu'il vaille mieux diriger son intention lors de la récitation du Hallel de Rosh H'odesh vers les miracles de ces dernières semaines, d'une part et exprimer sa gratitude par d’autres chapitres de louange des Psaumes, d'autre part, que de dire le Hallel avec bénédiction de manière impromptue aujourd'hui.

En outre, ceux qui ressentent la nécessité profonde de dire Hallel avec bénédiction et c'est ce qui est fait dans leur communauté, du fait de l'avis de leurs maîtres, ont largement sur qui s'appuyer pour le réciter.

_________________

(1) En effet, la Nefilat apayim est caractérisée par la peine que l'on éprouve en raison de nos faiblesses et de nos défauts face à Dieu (et non en raison de la banalité du réel). C'est pourquoi nous ne pouvons, en la disant, rester debout devant Dieu, mais prenons une attitude rappelant la prosternation et la chute. Pour cette raison, il ne convient pas de la réciter durant les jours de réjouissance. D'ailleurs, puisque, dans leur fondement, les Tah'anounim (supplications) sont facultatifs, on a l'usage de ne pas les réciter, même quand la qualification de jour de réjouissance n'est pas certaine - cf. Sh. Ar. OH 131, 6-7 et comm. En outre, dans des temps incertains où l'on prie Dieu qu'Il nous aide, il convient de ne pas annuler la récitation des supplications. C'est pourquoi juste après les bombardements américains en Iran, le rav Shmouel Eliahou soutenait qu'il ne fallait pas réciter les supplications, alors que le rav Yossef Zvi Rimon soutenait quant à lui qu'il ne fallait pas les annuler, tout en récitant en parallèle hatov vehametiv et Nishmat Kol H'ai.

(2) Contrairement à l'avis du Rav Ovadia Yossef qui statue que s'il y a des morts ce n'est pas un miracle - cf.resp. Yabia Omer vol. VI, OH §41 - la majorité des décisionnaires ne semblent pas de cet avis, parce qu'à H'anouka et selon certains même à Pourim, il y a eu des Juifs qui sont morts et cela ne nous a pas empêché de définir ces jours comme "miraculeux" dans le sens où on va louer Dieu. Cf. encore longuement Resp. Kol Mevasser (Rothe), vol. I, §21 ; rav S. Goren, Torat HaShabbat VehaMo'ed ; etc.

(3) La Guemara (TB Arah'in 10a, et ailleurs) énumère dix-huit jours de l’année durant lesquels on récite le Hallel complet (גומרים את ההלל). Cependant, un autre passage du Talmud (Pessah'im 117a) élargit cette pratique à d’autres contextes :

> « Et ce Hallel, qui l’a institué ? Les prophètes parmi eux l’ont institué pour Israël, afin qu’ils le récitent à chaque étape importante et à chaque détresse (שלא תבוא) qui leur arrive. Et lorsqu’ils en sont délivrés, ils le disent pour célébrer leur délivrance ».

Conclusion : les prophètes ont instauré la récitation du Hallel chaque fois qu’Israël est sauvé d’un danger collectif.

Selon Rabbenou Tam (cité dans Talmidé Rabbenou Yona sur Berah'ot 7b, ד"ה ורבינו), cette obligation s’applique uniquement en cas de délivrance du peuple dans son ensemble :

> « Le Hallel a été instauré pour toute détresse frappant la communauté d’Israël. Lorsqu’un miracle les sauvait, ils instituaient un jour de fête, récitaient le Hallel, et récitaient la bénédiction. Mais un miracle pour un individu, ou même pour un groupe restreint du peuple (non représentatif de tout Israël), ne donne pas lieu à une récitation du Hallel avec bénédiction. »

Cette position est reprise par plusieurs Rishonim, et notamment par le H'ida (resp. H'ayim She'al, vol. II §11), qui tranche ainsi.

Certains décisionnaires affirment que remercier Dieu pour les miracles est une mitzvah de la Torah (cf. Encyclopédie Talmudique, article « Hallel », §18).

Une série de versets sert de base à cette idée>

Dans la Torah :

> « Afin que tu racontes à ton fils et au fils de ton fils ce que J’ai fait en Égypte » (Exode 10, 2)

> « Afin que Mon nom soit proclamé dans toute la terre » (Exode 9, 16)

Dans les Prophètes :

> « Je rappellerai les bontés de l’Éternel… la grandeur de sa bienveillance envers la maison d’Israël » (Isaïe 63, 7)

> « Rendez grâce à l’Éternel, proclamez Son nom, annoncez Ses œuvres parmi les nations » (Isaïe 12, 4)

Dans les Écrits :

> « Ce que nos pères nous ont transmis, nous ne le cacherons pas à leurs fils, mais nous raconterons à la génération future les louanges de l’Éternel, Sa force et Ses merveilles » (Psaumes 78, 3–4)

Le Midrash HaGadol (Shemot, p. 145–146) en conclut : non seulement chaque génération doit relater les miracles, mais il faut aussi les diffuser publiquement, parmi les nations. Ce n’est pas un récit privé, mais une publication collective universelle.

Le Midrash Yilamedenou sur la Shira de la mer Rouge ("אז ישיר") interprète :

> « *“vayomerou le'emor” — que signifie 'le’emor' ? Pour toutes les générations ! Lorsque Dieu fait des miracles, les enfants d’Israël doivent chanter. »

Le rav Moshé Schreiber (responsa, H'atam Sofer OH §191), citant un responsum de Rabbi Moshé Alsheikh, affirme :

> « Une communauté locale a le pouvoir d’instaurer un jour de fête pour elle-même et pour ceux qui s’y rattachent - et cela fait autorité. »

Il rapporte le cas du livre Yossef Ometz (Francfort, 1630, §489), qui relate un miracle à Francfort. La communauté a institué un jour de joie pour toutes les générations, célébré même par ceux qui avaient quitté la ville, comme le H'atam Sofer lui-même, né à Francfort mais vivant à Presburg.

L’encyclopédie Otzar Yisrael (Eisenstein, article « Pourim », p. 216–217) recense vingt communautés juives ayant instauré des « Pourim locaux » suite à des miracles survenus à certaines dates, pratique également rapportée dans l’Encyclopédie Hébraïque, article « Pourim ». Il ressort donc clairement des sources qu'il existe une tradition halah'ique forte de célébration publique des miracles, que cela peut prendre la forme du Hallel, avec bénédiction, à condition que le miracle concerne tout le peuple juif, mais qu'en cas de miracle individuel ou local, il est possible d’instaurer un jour de joie communautaire, parfois durable, mais sans obligation universelle.

Ainsi, lorsqu’on est sauvé de la mort, il est pleinement justifié, selon la tradition juive, de remercier Dieu par le Hallel, à condition de respecter les critères halah'iques définis et a fortiori comme ici lorsque ça touche l'existence même de la terre d'Israël, donc ça a un impact sur tout le Peuple d'Israël.

(4) Il existe un défaut spirituel, une carence morale, chez celui qui ne remercie pas, ne loue pas et ne chante pas les louanges de Dieu en un jour de miracle : nos Sages rapportent que Dieu avait envisagé de faire du roi H'izkiyahou le Messie, et de faire de la guerre contre Sanh'ériv et ses armées la guerre de Gog et Magog (Talmud Sanhédrin 94a).

Mais la Middat Hadin (mesure de justice divine) s’y opposa :

> « H'izkiyahou, pour qui Tu as fait tous ces miracles, et qui pourtant n’a pas chanté de louange ? Tu veux faire de lui le Messie ? »

Le projet fut annulé, la vision prophétique se referma, et la rédemption fut retardée.

D’où venait ce manquement ?

Le verset atteste : « Car son cœur s’est enorgueilli ».

Le Midrash Rabba (Shir HaShirim, §4, drasha « Teshouri meRosh Amana ») s’étonne :

> « H'izkiyahou était un roi juste, comment peut-on dire qu’il était orgueilleux ? »

Le prophète Isaïe l’avait interpellé :

> « Chantez à Dieu ! » (Isaïe 12, 5)

H'izkiyahou lui répondit, étonné :

> « Pourquoi ? »

Isaïe répliqua :

> « Car Il a fait des choses grandioses ! »

Et H'izkiyahou répondit :

> « C’est connu dans toute la terre ! »

Autrement dit : « À quoi bon chanter les miracles et les puissances de Dieu ? N’est-ce pas déjà connu jusqu’au bout du monde ? Le monde entier a vu ses miracles, comme lorsque le soleil s’est arrêté au temps de Josué ». Il y aurait là une évidence.

Or ça n'a rien d'évident...

Une autre opinion, citée dans le même Midrash, affirme :

> « H'izkiyahou disait : la Torah que j’étudie remplace le chant. »

Ainsi, sa grandeur même, à savoir son attachement absolu à l’étude, l'a conduit à négliger le chant de louange, pensant que l’étude suffisait. Mais cette position est une erreur, comme l'explique le Maharal de Prague (Netzah' Israël, chapitres 43 et 53, pp. 176, 198) :

> Lorsqu’un miracle se produit, le monde atteint un certain degré de perfection. Et l’homme, dans cet état de plénitude, ne peut se contenir : le chant jaillit naturellement de son cœur.

Si un homme ne ressent rien - s’il reste indifférent au miracle - c’est le signe qu’il n’a pas perçu la grandeur de l’événement. Et c’est là un véritable manquement.

D'ailleurs, il ne suffit pas que ceux qui ont vécu le miracle remercient Dieu. Selon Rav H'ayim de Volozhin (cité dans HaGaon HaH'assid miVilna par Rav Betzalel Landau, p. 15 note 12), même les générations suivantes, qui bénéficient des fruits du miracle, notamment de la Torah des maîtres qui ont survécu, doivent exprimer leur gratitude.

Certains vont même plus loin en affirmant que la louange attire d’autres miracles. Ainsi l'auteur du Nah'alat David (commentaire talmudique d'un disciple du Gaon de Vilna), qui a écrit un recueil de sermons Beit David, enseigne dans son sermon n°12 (Otzar Hah'oh'ma, p. 128) :

> Par la louange exprimée, on attire d’autres miracles, et on favorise de nouvelles délivrances.

Le Sfat Emet (sur H'anouka, année 5632 – 1871–72) écrit de manière similaire :

> *« Ils ont institué H'anouka comme un jour de fête, avec Hallel et remerciement. Cela signifie : ils ont reconnu la grandeur du salut divin, et ont remercié de tout leur cœur. C’est cette reconnaissance qui a prolongé la lumière du miracle dans le temps. Et il en va de même pour chacun : plus on ressent le salut et plus on l’exprime, plus cette lumière reste vivante à travers les générations. »

On notera, et c'est important, que selon Rabbi Avraham ben HaRambam (rapporté dans le commentaire sur le Sefer HaMitzvot de Rav Saadia Gaon, vol. I, p. 515), le propos de la Guemara (Pessah'im 117a) n’est pas d’imposer la récitation exacte du Hallel :

> « Dieu veut que nous disions des chants et des louanges lors d’événements miraculeux, peu importe les mots utilisés - tout comme les Lévites chantaient au moment des sacrifices. C’est une mitsva positive de la Torah : “Chantez à Dieu, car Il s’est élevé avec majesté” (Exode 15, 21) ».

Selon lui, il y aurait un commandement de la Torah de louer Dieu, mais cela ne doit pas forcément se faire par le Hallel, toute louange étant valide.

Bref, ne pas chanter après un miracle est une faute spirituelle, même le roi H'izkiyahou a été jugé pour cela et le chant ne remplace pas l’étude (et vice-versa) : il complète l’émotion spirituelle. La louange attirerait même d’autres miracles, faisant perdurer la lumière du salut, mais, comme dit, il n’est pas nécessaire de réciter le texte fixe du Hallel : toute forme de remerciement sincère est valable.

(5) Pessah'im 117a.

(6) Ad loc.

(7) dans Ha'amek She'alah sur les She'iltot, §26

(8) sur Rambam, hil. H'anouka 3,6.

(9) Pessah'im chap. 10, hal. 6.

(10) resp. Tzitz Eliezer vol. XXI, §1.

(11) Le fait d'avoir un recul historique est important. En effet, on vit les choses différemment, certes nous vivons aujourd’hui des temps historiques, mais comme souvent, il est difficile de percevoir la portée d’un événement quand on est en plein dedans. L’émotion, l’urgence, l’incertitude, tout cela brouille la clarté du regard. Ce n'est souvent qu’avec le recul, parfois des années après, qu’on peut comprendre ce qui s’est vraiment joué. Le poète Yehouda Amih'ai l’a exprimé avec justesse dans un poème sobrement intitulé Nissim (Miracles) :

> « De loin, tout semble être un miracle.

> Mais de près, ça ne ressemble pas à cela un miracle,

> Même celui qui a traversé la mer Rouge à l’instant où elle s’ouvrait

> n’a vu devant lui que le dos en sueur de celui qui marchait,

> et le balancement de ses larges hanches… »

La mer s’ouvre, mais nos yeux sont embués. Nous sommes trop proches. Trop pris dans le mouvement, dans la peur, dans la foule. Et ce n’est qu’en sortant de la mer, qu’on peut, avec Moïse, élever un chant de reconnaissance. Ce regard en arrière n’est pas un luxe. Il est la clé de la compréhension profonde de la bonté divine. C'est ce que souligne le Sforno (sur Devarim 32,7), qui écrit que la véritable reconnaissance de Dieu ne peut naître que de la relecture des événements, après coup.

Dans le même esprit, Rav Nachman Krochmal explique dans son livre Moreh Nevouh'ei HaZman que l’analyse du passé est une obligation pour les sages d’Israël :

> « Il est du devoir des hommes sages et des grands de notre peuple d’interpréter et de comprendre les pensées et les traits spirituels qui ont émergé dans la nation au fil de l’histoire, afin de parvenir à une connaissance claire de notre essence profonde — cette ‘âme collective d’Israël’ — et de la manière dont elle se manifeste dans nos événements, nos paroles, les renversements de l’histoire… Et de là, nous pourrons éclairer l’avenir. »

C’est exactement ce que défendait quelques années avant, Rabbi David Ganz, élève du Maharal de Prague, dans la seconde partie de son ouvrage Tzémah' David. Il y justifie son choix audacieux d’écrire une chronique des événements politiques et militaires, même à partir de sources non juives, ce qui lui attira de nombreuses critiques :

> « Certains mépriseront ce livre, croyant qu’il ne s’agit que de récits profanes indignes du Shabbat… Mais j’y ai vu de nombreuses vertus.

> 1. Il révèle la Providence divine sur Son peuple à travers l’histoire.

> 2. Il enseigne l’humilité à ceux qui s’élèvent.

> 3. Il apprend à ne pas sous-estimer les ennemis faibles.

> 4. Il montre que Dieu punit les méchants même en ce monde.

> 5. Il éclaire certains enseignements des Sages.

> 6. Il permet aux Juifs vivant parmi les nations de répondre aux questions historiques qu’on leur pose, et de ne pas paraître ignorants comme des bêtes sans mémoire.

> 7. Il invite à prier avec plus d’intensité pour le retour d’un roi, d’un juge, pour une vraie souveraineté d’Israël. »

Donc oui, nous vivons des miracles, mais souvent, ils sont encore trop proches pour être vus de manière exacte. Notre regard peit encore être fixé sur le dos transpirant de celui qui marche devant nous, d'une part ou ne pas justement les comprendre d'autre part. Mais un jour, comme les Enfants d’Israël après la mer, nous pourrons chanter. En attendant, il nous revient, comme l’écrit Rav Krochmal, de documenter, de méditer, d’interpréter, pour que la mémoire collective ne s’efface pas. Et pour que demain, nous sachions reconnaître, célébrer et transmettre ce que nos yeux auront vu, même s’ils ne l’ont pas encore compris.