Question
Bonjour Rav, dans un hôtel en ‘France, dans une ville sans Erouv, pour un chabbat organisé : peut-on porter de l’étage des chambres privatisé jusqu’à la salle de repas privatisée en passant par les escaliers et le lobby qui ne sont pas eux privatisés ? S’il faut un Erouv, comment le faire ?
Merci
Réponse du Rav Shmuel Elikan
Si le propriétaire de l'hôtel est Juif - il est permis de porter au sein de l'hôtel.
Et s'il n'est pas Juif - dans ce cas, il est également permis de porter, car même si la situation est complexe, il existe de nombreuses opinions indulgentes sur lesquelles s'appuyer pour considérer que l'hôtel entier fonctionne comme un domaine unique, surtout si tous les convives Juifs mangent ensemble (1).
Cependant, selon certains, plus stricts - si le propriétaire est non-Juif, il est recommandé de procéder à une procédure spécifique appelée « location de domaine » (sekhirout Reshout) et de faire un Erouv H'atzerot avec de la nourriture.
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(1) Si aucun Erouv n'a été fait, vous pouvez tout de même porter en vous appuyant sur les arguments suivants, qui considèrent que le domaine n'est pas divisé :
- Les invités sont « accessoires » (batel) par rapport au propriétaire. Plusieurs décisionnaires estiment que lorsque l'on séjourne moins de 30 jours, même si le propriétaire est non-Juif, les locataires Juifs sont considérés comme secondaires (c'est-à-dire accessoires) vis-à-vis du propriétaire. Ils n'acquièrent pas un statut de propriété indépendant sur leur chambre, donc tout l'hôtel reste un seul domaine appartenant au propriétaire, et il n'y a pas besoin de Erouv. (Yad Ephraïm cité dans Shaar HaTzion OH 370, 36 ; resp. Haim Sha'al du H'ida vol. II, §22 ; Kitsour Shoulh'an Arouh' chap. 94, al. 14 ; resp. Dvar Hevron (Lior - O.H. §457).
- L'argument du mobilier (« Tfisat Yad ») : puisque les chambres contiennent des lits, tables et meubles appartenant à l'hôtel et que vous n'avez pas le droit de les sortir, le propriétaire conserve une « prise en main » (Tfissat Yad) dans chaque chambre. Cela connecte toutes les chambres au propriétaire unique. Cf. Shoulh'an Arouh' OH 370, 2 et comm. ; resp. Iggrot Moshé O.H. vol. I, §141.
- Le droit de déplacer les clients : si l'hôtel a le droit technique de vous changer de chambre (même s'il ne peut pas vous expulser), cela prouve que le propriétaire garde l'autorité sur tout l'établissement (resp. Betzel HaH'oh'ma vol. V, §140).
- La salle à manger commune : si tout le groupe mange à une seule table (ou dans une seule salle à manger commune pour tous les repas), certains décisionnaires considèrent que tous les invités forment une seule « maisonnée », rendant le Erouv inutile, c'est à dire non nécessaire - cf. Shoulh'an Arouh' OH 370, 4 et comm. On notera que dans le livre Orh'ot Shabbat, chap. 28, n. 149 les auteurs émettent toutefois une réserve sur ce point spécifique pour les hôtels.
(2) En effet, nonobstant ce qui est dit en note 1, dans un hôtel en France dont propriétaire est non-Juif, puisque vous êtes plusieurs familles juives occupant des chambres différentes (domaines privés) et utilisant des espaces communs comme le lobby et les escaliers (domaine commun/cour), la loi stricte exigerait de faire un Erouv H'atzerot. Comme le propriétaire est non-juif, il faut non seulement faire l'acte du Erouv (avec de la nourriture), mais aussi louer les droits d'usage (sekhirout reshout) à la direction de l'hôtel pour que le domaine soit considéré comme commun aux Juifs.
(Cf. Sh. Ar. OH 382, 1).
Voici la procédure à suivre le vendredi avant Chabbat :
- Louer le domaine : allez voir le directeur ou le gérant de l'hôtel (le représentant du propriétaire non-juif). Expliquez-lui que pour des raisons religieuses, vous avez besoin de symboliser que vous avez le droit de porter des objets dans les parties communes. Donnez-lui une somme symbolique (ex: 1 euro) pour « louer » ce droit pour tout le shabbat (Basé sur Sh. Ar. OH 382, 1)
- Faire l'Erouv (nourriture) : prenez une boîte de Matzot (ou un pain entier) et déclarez qu'elle appartient à tous les Juifs présents dans l'hôtel pour les unir. (Généralement, on fait cela avec une bénédiction si la location du domaine a été faite correctement, mais compte tenu des avis indulgents ci-dessus, si on le fait il vaut mieux que ce soit sans bénédiction).
Pour plus de détails sur la procédure exacte, voir, par exemple : Netivot Shabbat chap. 34 et Bikourei Elazar (Badner) §37, etc.