Question
Combien de temps faut il attente svo entre un repas lactee et un repas bassari?
Réponse du Rav Shmuel Elikan
D’un point de vue strictement halakhique, il n’est pas nécessaire d’attendre du tout entre la consommation d’aliments lactés et celle de viande.
Il suffit de :
- Nettoyer la bouche (kinouah') en mangeant un aliment solide qui ne colle pas (comme du pain ou un fruit) (1).
- Rincer la bouche (hadah'a) en buvant une boisson.
- Se laver les mains ou s’assurer qu’elles soient propres (2).
-
Concernant la volaille après le lait, il n’est même pas nécessaire de faire un rinçage ou un nettoyage, sauf s’il reste un morceau de fromage dans la bouche ou sur les mains (3).
Beaucoup ont cependant l’habitude (4) d’attendre une demi-heure à une heure entre lait et viande, mais cela est une attitude pieuse (midat h'assidout) et non une obligation (5).
_______________
(1) cf. Mishna Beroura OH 494, s.k. 16.
(2) Cf. Shoulh'an Arouh', Yoré Déa 89,2 et comm.
(3) Cf. Shoulh'an Arouh' ibid.; Kitzour Sh. Ar. du rav Pfeuffer p. 117; Yeroushalayim Bemo'adeiha (Nebetzahl) – Shavouot p. 204; Yad Yehouda; Ben Ish H'aï, 1èrr année, par. Shelah'.
(4) L’origine de cet usage se trouverait dans le Zohar (par. Mishpatim, 125a), qui indiquerait d’attendre une heure entre viande et lait, certains ayant appliqué ce principe également dans l’autre sens. Certains expliquent donc qu’une demi-heure correspond à la « majeure partie » d’une heure, ou que le Zohar ne visait pas une heure exacte.
Le Rema (Yoré Déa 89,2) écrit que l’on a coutume de s’abstenir de consommer de la viande après du fromage dur. Les raisons : A. Par crainte qu’il reste du fromage entre les dents (Taz,, ad loc.). B. À cause du goût gras persistant. C. Selon le Zohar précité (Be'our HaGra, id. s.k 11).
Le Maharshal s’opposa à cette rigueur, mais la halakha fut tranchée conformément au Rema (Shakh id. s.k. 17). Cette coutume se retrouve aussi chez certains qui ne suivent pas systématiquement le Rema (Ben Ish H'aï, 2ème année, par. Shelah', §16). Selon le Shoulh'an Arouh', toutefois, aucune attente n’est requise (cf. en long et en large dans les écrits du rav Ovadia Yossef sur le sujet: resp. Yabia Omer YD vol. VI, §7; Halih'ot Olam vol. VII par. Shelah' ; resp. Yéh'avé Da'at vol. IV, §58).
Cependant, la rigueur du Rema concerne uniquement les fromages durs ayant vieilli plus de six mois (Shah' ad loc. s.k. 15).
Pour les fromages industriels, même si certains ont été stricts même pour le fromage jaune, car son goût persisterait longtemps (c'est l'avis du Rav Elyashiv), l'avis le plus répandu (notamment du H'azon Ish, du rav Moshé Feinstein, rav Asher Weiss - Minh'at Asher, Shemot §61) est qu’il n’est pas nécessaire de se montrer rigoureux, car nos fromages ne sont pas comparables à ceux d’autrefois. Le Minh'at Asher précise qu’il ne faut pas juger selon la sensation du goût, mais selon la définition halakhique. Le rav Shlomo Zalman Auerbach fut d’abord indulgent, mais recommanda plus tard d’être strict du fait des grandes variétés qui existent sur le commerce, puisqu’il est difficile de distinguer (Halih'ot Shelomo, ibid., note 50). Le Piskei Teshouvot (OH 494, note 121) rapporte les deux opinions, ainsi que le Kitzour Sh. Ar. du rav Pfeuffer (Kountrass Habiourim, p. 138-139). Mais comme il s'agit d'un usage de piété voire, tout au plus, d'un interdit rabbinique, il n'y a aucun lieu d'être strict.
Ainsi, celui qui n’a que bu du lait (sans aliment lacté solide) n’a pas besoin ni de se laver les mains ni de se nettoyer la bouche : il suffit de boire un peu d’eau - cf. Darkei Teshouva YD 89, s.k. 31 au nom du Rashash sur H'oulin 103b; Yalkout Yossef YD 89, al. 56; Badei HaShoulh'an YD 89, s.k. 50).
A noter encore que certains décisionnaires estiment par ailleurs qu’il faut réciter le Birkat Hamazone (grâce après le repas) entre un repas lacté et un repas carné (cf. Pri Mégadim YD 89, Mishbetzot Zahav s.k. 3; Siftei Da’at id. s.k. 16).
Mais la majorité des autorités, dont le Mishna Beroura (OH 494, s.k. 16), considèrent que ce n’est pas nécessaire (voir resp. Minh'at Asher (Weiss) vol. I §42, al 5).
(5) Cf. Mishna Beroura ibid.; Halikhot Shelomo (Auerbach), Moadim - Shavouot chap. 12; Piskei Teshouvot OH 494, note 68; Kitzour Sh. Ar. (Pfeuffer) – lois de viande et lait ; Séfer HaKashrout (Fuchs) chap. 10, al. 47; Yeroushalayim Bemo'adeiha, ibid.