Rav Elikan
Fetes
Fetes17 mars 2025Questeur #153WhatsApp

Question

Bonjour,

Puis je me permettre de poser une question de curiosite:

Est ce que Ramot est considere comme faisant partie de Jerusalem? Ou alors non et ils fetent pourim comme les villes non fortifies s’il vous plait

Réponse du Rav Shmuel Elikan

La lecture de la Méguila le 15 Adar est réservée aux villes fortifiées depuis l’époque de Yehoshua Bin Noun, ainsi qu’aux lieux qui leur sont "proches et visibles" (samouh' vénireh) (1).

Aujourd’hui, Jérusalem est l’unique ville où, selon tous les avis, Pourim est célébré exclusivement le 15 Adar.

Cependant, avec l’extension de Jérusalem, la question se pose pour ses quartiers éloignés.

Le critère du rattachement à Jérusalem est discuté.

Déjà à l’époque du Rav Avraham Itshak haCohen Kook, cette problématique s’est posée pour la nouvelle "implantation" de Bayit Vagan. Dans un responsum (datant du 13 Adar 5680), il établit qu’un quartier est considéré comme faisant partie d’une ville fortifiée s’il est relié à celle-ci par un enchaînement continu d’habitations ne dépassant pas 70 amot et quelques (environ 35 mètres) d’espace vide (2).

La question posée au Rav Avraham Itshak HaCohen Kook s’est de nouveau posée ces dernières années, après la guerre des Six Jours, lorsque de nouveaux quartiers ont été fondés à Jérusalem, tels que : Ramot, Guilo, Har Nof, Névé Ya'akov, Ein Karem, Talpiot-Est et Pisgat Ze'ev.

Les discussions principales dans la littérature des décisionnaires contemporains concernent deux quartiers parmi ceux mentionnés ci-dessus : Ramot et Har Nof.

Les réponses sont nombreuses.

- Certains pensent comme le rav Kook et sont d'avis que seulement s'il y a une continuité de construction on y lira le 15 (3).

- D'autres soutiennent que c'est le fait de payer ses impôts municipaux (arnona) à la même municipalité qui définit la continuité de la ville (4).

- D'autres encore définissent l'appartenance à la ville selon l'Erouv (5).

- Il existe un avis, largement discuté et remis en cause, selon lequel seuls les endroits desquels on voit la vieille ville de Jérusalem peuvent lire le 15 avec bénédiction (6).

Ramot est un quartier situé au nord de Jérusalem. Sa proximité et sa visibilité depuis la ville sont évidentes. Toutefois, selon la première opinion, la question principale est de savoir s’il est relié à Jérusalem sans interruption trop grande. Si la continuité des constructions est respectée, alors Ramot suit Jérusalem et fête Pourim le 15 Adar.

Dans le cas contraire, il serait en situation de doute, comme Hébron ou Tibériade, villes où la lecture se fait les deux jours (7)

Pour ceux qui suivent le second avis, la question ne se pose pas, ainsi les rabbins de Jérusalem, le Rav Itzh'ak Kolitz et le Rav Shalom Messas, ont contesté cette décision et ont ordonné aux habitants de Ramot de lire uniquement le 15 avec bénédiction, comme c'est le cas pour Jérusalem. Ils ont publié leur décision dans la presse à la veille de Pourim 5745 (1985).

À la veille de Pourim 5750 (1990), le Rabbinat de Jérusalem a annoncé dans la presse que les quartiers suivants : Ramot, Neve Yaakov, Pisgat Zeev, Guilo, Talpiot-Est et Har Nof - ont le même statut que Jérusalem pour toutes les lois de Pourim. Cette décision a également été adoptée par le Rav Mordeh'ai Eliyahou et le Rav Shaoul Israéli.

Des décisions similaires concernant la lecture de la Méguila à Ramot ont été écrites en 5748 (1988) par le fils du Rav Ovadia Yossef, le Rav David Yossef, au nom de son père. En 5750 (1990), avec l’expansion du quartier de Har Nof et son rapprochement de la vieille ville de Jérusalem, le Rav Ovadia Yossef a statué que les habitants de Har Nof devaient célébrer Pourim le 15 Adar.

Le statut exact de Ramot dépend donc de la continuité bâtie qui le relie à Jérusalem.

Selon certains, si aucune interruption significative n’existe, la Méguila s’y lit le 15 Adar avec bénédiction; alors que si un doute subsiste, on fait les deux jours.

Selon d'autres, Ramot fait partie de Jér et aucune qu ne de pose.

L'usage le plus répandu est de lire à Ramot le 15, comme dans le reste de Jérusalem.

__________

(1) Cf. TB Méguila 2b-3a ; Rambam, Hilh'ot Méguila ou H'anouka, chap. 1, hal. 10 ; Sh. Ar. O.H. 688,2 et comm.

(2) Resp. Orah' Mishpat §146, p. 179. C'est aussi l'avis du H'azon Ish, O.H. 151 vers la fin.

(3) Cf. Resp. Yabia Omer vol. VII, §58-59. Le Rav Ovadia Yossef statua alors pour les habitants de Ramot que, tant qu’un terrain libre d’une étendue de plus d’un mil [environ 960 mètres] sépare Jérusalem de leur quartier, ils doivent lire la Méguila le 14 Adar avec bénédiction et observer ce jour-là toutes les mitzvot de Pourim. Le 15 Adar, ils devront lire la Méguila sans bénédiction, par piété, et accomplir les mitzvot du jour également à titre de piété seulement (sauf pour la mention de Al HaNissim, par crainte d’interruption dans la prière). Selon lui, tant que cette situation perdure, il ne faut pas mettre les habitants de Ramot dans un doute de bénédiction vaine (berah'a levatala). Il a détaillé ses raisons :

A. Selon Maïmonide et le Shoulhan Arouh', dans les villes où il y a un doute, on lit la Méguila le 14 avec bénédiction et le 15 sans bénédiction. Il en va de même pour Ramot.

B. Le H'azon Ish (OH 153, fin du par. 2) écrit qu’en cas de doute, les Sages ont instauré de lire également le 15 à cause du doute, et que la bénédiction est récitée le 14 mais pas le 15, car le 14, la mitsva est accomplie avec certitude, même si la ville est entourée de murailles, tandis que le 15, cela reste un doute.

C. Il n’y a pas lieu de distinguer entre un doute sur la réalité (si la ville était entourée d’une muraille depuis l’époque de Yéhoshoua Bin Noun) et un doute juridique, comme le montre le cas de H'izkiah qui doutait du statut de la ville de Tibériade, dont la mer servait de muraille. Il lisait donc la Méguila les deux jours.

Le rav Ovadia Yossef mentionne qu'il a entendu que le rav Yossef Shalom Elyashiv a également statué de cette manière. De même, c’est la position du rav Weiss (resp. Minh'at Yitzh'ak, vol. VIII, §62 ; vol. IX, §70 ; vol. X, §55), ainsi que du rav Shmouel Wozner (resp. Shevet HaLévy, vol. VI, §97).

On notera que le rav Ben-Tzion Abba Shaoul (resp. Or LeTzion vol. I, §45), a statué que les habitants de Ramot doivent lire la Méguila avec bénédiction uniquement le 14 Adar.

(4) Ribbi Shalom Messas a longuement expliqué les raisons de cette position dans ses resp. Shemesh OuMagen (§51-52). Cf. encore Rav Moshé Harari, Mikraei Kodesh, hil. Pourim, p. 99. Les propos y apparaissent également en p. 233, et il y développe en p. 98-100 les positions des décisionnaires contemporains concernant la lecture de la Méguila dans les nouveaux quartiers de Jérusalem.

(5) Ainsi, concernant Ein Kerem et l’hôpital Hadassa, le rav Zeev Dov Slonim, dans ses responsa Dvar Halah'a (vol. I, §184), écrit que la Méguila doit être lue uniquement le 15 Adar, car ces lieux sont reliés à la ville par l’érouv, ce qui les inclut dans les limites et le territoire de Jérusalem. C’est ainsi que la pratique a été établie sur place. Il rapporte également que cette opinion a été exprimée devant lui par le rav Shlomo Zalman Auerbach et le rav Shalom Yossef Elyashiv. Le rav Moshé Harari (Mikraei Kodesh, Hilh'ot Pourim, p. 100) mentionne aussi cette position au nom du rav Auerbach, selon ce qui a été rapporté par le rav Avigdor Nebenzahl. Selon lui, l’argument principal est que les habitants de ces lieux paient leurs impôts à la municipalité de Jérusalem, et non l’inclusion dans l’érouv de Shabbat. De plus, il serait trop contraignant de lire la Méguila deux jours pour les patients hospitalisés. Voir encore Rav Ovadia Hadaya, resp. Yaskil Avdi, vol. I §17, al. 17.

(6) C'est l’opinion du rav Yeh'iel Mih'el Tikoutchinsky, qui estimait que tout lieu situé à plus d’un "mile" des murailles de Jérusalem devait lire la Méguila le 14 Adar avec bénédiction et le 15 sans bénédiction. Voir ses propos dans Ir HaKodesh VeHamikdash (vol. III, chap. 27), ainsi que dans son Louah' Eretz Israël. Mais, comme dit, de nombreux autres décisionnaires ont discuté de sa position, notamment, le Rav Tzvi Pessah' Frank (resp. Har Tzvi, OH §123), le Rav Moshé Sternbuch (Mo'adim ouZmanim, vol. II, §185), le Rav Shlomo Yossef Zevin (Mo'adim BaHalah'a, p. 197). Voir également à ce sujet la correspondance du rav Avraham Itzh'ak haCohen Kook sur les villes entourées de murailles dans Iggrot haReayia (vol. II, p. 463).

(7) Cf. Méguila 5a ; Resp. Radbaz vol. IV, §1289.