Question
Doit on faire la berakha de sheekhiyanou sur des accessoires vestimentaires : lunettes, ceintures , etc ?
Réponse du Rav Shmuel Elikan
Si on retire une joie particulière - oui, on peut réciter la bénédiction.
Sinon - étant donné qu'il s'agit d'accessoires nécessaires et de valeur plutôt moindre, généralement, ce n'est pas nécessaire (1).
________
(1) La bénédiction de "Shéhéh'eyanou" a été instituée pour des choses nouvelles qui réjouissent l’âme de la personne, comme lorsqu’on achète des vêtements, des ustensiles, des meubles ou des bijoux, ou qu’on les reçoit en cadeau. Mais pour les choses de la routine quotidienne, comme un salaire mensuel, même si sa valeur est bien supérieure à celle d’un vêtement neuf, on ne récite pas la bénédiction de "Shéhéh'eyanou". De même, pour de la nourriture achetée régulièrement, même à un prix élevé, on ne récite pas cette bénédiction. On peut dire que pour la routine quotidienne, les sages ont institué les bénédictions régulières que nous récitons le matin, dans la prière et dans les bénédictions liées au plaisir (Birkot haNéhénine), tandis que la bénédiction de "Shéhéh'eyanou" a été instaurée pour ce qui est nouveau et réjouissant.
Même pour un vêtement ordinaire, comme une belle chemise, si la personne en est heureuse, elle récite la bénédiction. Et même si elle possède déjà de nombreuses chemises, si elle en achète une nouvelle ou la reçoit en cadeau et en est heureuse, elle récite "Shéhéh'eyanou". Même s’il s’agit d’un vêtement d’occasion, si c’est un vêtement que les gens portent avec honneur, et que la personne en est contente, elle récitera la bénédiction. Il en va de même pour les ustensiles de cuisine, les bijoux, et autres objets similaires - Sh. Ar. OH 223,3.
En revanche, les personnes riches (qui se font acheter leurs habits par autrui par exemple) ou indifférentes, etc., pour qui l’achat d’un vêtement ordinaire ne procure aucune joie, ne peuvent pas réciter cette bénédiction, car comment pourraient-elles dire "qui nous a fait vivre et nous a maintenus en vie et nous a permis d'atteindre ce moment", alors qu’elles ne sont pas heureuses ?!
Mais pour un vêtement important, comme un costume ou une robe élégante, qui leur procure ne serait-ce qu’un peu de joie - elles diront la bénédiction.
Et si cela ne leur procure aucune joie - elles ont perdu l’occasion de faire cette bénédiction (c'est l'opinion du Radbaz dans ses respnsa, rapporté et tranché par le Mishna Beroura OH 223, s.k. 13).
Mais la plupart des gens se réjouissent à l’achat de vêtements ordinaires comme une chemise, un pantalon, une belle cravate, une jupe, un talith katan, un beau chapeau ou un pyjama, et pour chacun de ces achats, ils remercieront Dieu avec la bénédiction de "Shéhéh'eyanou".
En revanche, pour l’achat de vêtements simples et bon marché qui ne suscitent généralement pas de joie, comme des chaussettes, des sous-vêtements, un foulard simple, ou un T-shirt basique, on ne récite pas la bénédiction.
Même une personne pauvre qui se réjouit beaucoup de cet achat, selon la majorité des décisionnaires, ne récitera pas la bénédiction, car il n’est pas approprié de réciter une bénédiction sur un objet si modeste, qui n’est pas considéré comme réjouissant aux yeux de la majorité des gens.
Cependant, il est juste qu’il remercie Dieu avec ses propres mots, ou qu’il récite la bénédiction sans mentionner le Nom divin ni Sa royauté.
En résumé, deux conditions sont requises pour réciter la bénédiction de "Shéhéh'eyanou" :
1. Que la personne soit joyeuse de son vêtement ou de son nouvel objet.
2. Que ce vêtement ou cet objet soit généralement source de joie pour la majorité des gens.
Selon le Rosh, le Radbaz et le Sh. Ar. (OH 223,6), une personne pauvre qui se réjouit d’acheter des choses modestes peut réciter la bénédiction, car tout dépend de sa joie personnelle.
Mais d’après les Tossafot (Berakhot 59b s.v. veRabbi Yoh'anan), on suit la coutume générale, et tant qu’un achat modeste n’est pas considéré comme réjouissant de manière générale, on ne récite pas la bénédiction.
C’est aussi l’opinion de la majorité des décisionnaires, comme le Ra'ah, le Teroumat HaDeshen, le Rema, le Levoush, le Pri Mégadim, le Ben Ish Haï (par. Ré'éh, al. 3), le Mishna Beroura (OH 223 s.k. 24), le H'azon Ovadia (Yossef) - hil. Berah'ot, etc.).
Mais il est bon que celui qui se réjouit de choses simples récite cette bénédiction en pensant au Nom divin dans son cœur - Mishna Beroura 223 s.k. 24 ; Kaf haH'ayim (Sofer), OH 223 s.k. 45.
Le Rav Eliezer Melamed propose (Peninei Halah'a, Berah'ot, chap. 17, hal. 4) que l’on peut dire qu’un vêtement, un objet ou un bijou d’une valeur d’environ cinquante shekels dans un magasin classique, ce qui correspond au prix d’une chemise, est déjà considéré comme significatif (il a donné ce prix en 2014, il est possible qu'aujourd'hui ce soit plus élevé).
Si l'acheteur ou le bénéficiaire est joyeux – il récitera "Shéhéh'eyanou". Et même si l’objet coûte cinquante shekels en magasin mais qu’il a été acheté moins cher en ligne ou sur un marché d’occasions, on récitera certainement la bénédiction, car la joie est double : celle d’un bel achat et celle de son prix bas.
Concernant les chaussures, il était d’usage autrefois de ne pas réciter la bénédiction, probablement parce qu’elles n’étaient pas considérées comme importantes, leur rôle étant seulement de protéger les pieds. Et de nombreux décisionnaires sont toujours de cet avis.
Mais aujourd’hui, où l’on investit dans leur design, leur couleur, etc., et qu’elles sont chères et estimées, plusieurs décisionnaires soutiennent qu'il juste que celui qui se réjouit de leur achat récite la bénédiction.