Rav Elikan
Divers
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Question

Shalom,

Que pensez-vous des dons? (Dons de voyances, de guérisons...) je ne parle pas des imposteurs ou des quelconques personnes qui demande rémunération contre leur services.

C'est manifestement des richesses divines que Hachem donne à certains.

Comment se fait-il que certaines personnes en possède? Est-ce dû au fait de bonnes actions ou de l'extrême bonté de leurs ancêtre?

Il peut s'avérer que certains dons ne soient pas que des cadeaux (voyance) ils peuvent voir de très bonnes choses qui se réalisent ou de mauvaises choses avant qu'elles n'arrivent.

Je sais que ces dons peuvent se transmettre. Comment celà se fait-il?

Merci et je précise que je ne crois pas au monde mystique malgré son existence mais en D.ieu et à sa Loi.

Merci pour votre aide !!!

Réponse du Rav Shmuel Elikan

Shalom,

Selon la Torah, il est interdit de pratiquer la "magie".

Il vaut par ailleurs mieux ne pas trop se préoccuper de ce genre de sujets.

Un des versets dans lequel sont listés huit sortes de “magies“, majoritairement liées à la connaissance du futur, nous dit (1):

« Qu’il ne se trouve personne chez toi… qui pratique des enchantements (2), qui s’adonne aux augures, à la divination, à la magie (3); qui emploie des charmes (4), qui ait recours aux évocations ou aux sortilèges (5) ou qui interroge les morts (6) » .

Le Talmud fixe (7): « D’où apprend-on qu’on ne fait pas recours aux astrologues (7*)? Du fait qu’il est écrit “reste intègre avec l’Eternel, ton D’ieu“.

Je vous proposerai donc une brève analyse de la compréhension de deux grands Rabbins - Rashi et Rambam sur cette nécessité d'intégrité envers D'ieu.

* L'opinion de Rashi

Rashi écrit (8) :

« Va avec Lui de manière intègre et place tes espoirs en Lui, et ne cherche pas à connaître le futur, au contraire reçois tout événement qui t’advient avec intégrité, ensuite seulement tu seras avec lui et auras part à Lui ».

En fait, Rashi explique par là que l’homme intègre, le tamim de ce verset, a un sens différent que lorsque ce même terme apparaît à d’autres occasions dans la Torah. Il faudrait remplacer « entier » par « dévoué », « confiant » ou « acceptant ». Le contexte de ce verset est, comme dit, l’interdiction d’utiliser la sorcellerie ou la nécromancie pour essayer de connaître l’avenir, dans l’espoir de vaincre la peur de l’inconnu. Si l’efficacité de ces pratiques est sujette à discussion (9), la compulsion de recourir à de telles voies est mue par le désir bien réel d’être aux commandes, de diriger, de connaître dès aujourd’hui les informations de demain pour se sentir en sécurité et assouvir ce que Nietzsche appelait la « volonté de puissance ».

Cependant, D’ieu nous demande de simplement Lui faire confiance. Soyez "tamim" - intègres. N’allez pas chercher ailleurs la sécurité et la paix de l’esprit. Plutôt, acceptez calmement tout ce qu’Il place sur votre chemin, confiant que c’est pour votre propre bien. Une sorte de stoïcisme… Il s’agit en fait d’un engagement inconditionnel et sans attente envers D’ieu. Quand je dis que j’accepte l’Autre inconditionnellement, je suis alors engagé sans réserve aucune, "tamim". Il en est de même avec D’ieu.

* L'opinion de Maïmonide

Cependant, le Rambam ne décompte pas de commandement qui exprimerait le fait d’être intègre (10). Pourquoi ?

Il semblerait que cela réside dans la signification du mot « entier », « intègre » - tamim. Le fait d’être entier semble affirmer qu’il y a là plénitude. Cela signifie avoir ce qu’il faut, sans plus, ni moins. Le Maharal de Prague affirme que « de la même manière que le manque est une perte, ainsi en est-il du surplus, comme nos Sages l’ont dit (11) : “tout ajout est considéré comme enlèvement“ » (12). Ainsi la connaissance du futur ne peut qu’éloigner de D’ieu.

Ce que D’ieu donne, on le reçoit, afin d’améliorer le monde, mais on ne doit pas chercher ce qu’Il ne nous donne pas (13). Il s’agirait donc d’un commandement général qui touche de manière globale à notre lien à D’ieu.

Le Rambam dit explicitement au début de son Livre des Commandements (14) qu’il ne décompte pas ces commandements "généraux".

Il s’agit en effet d’un acte de foi, je crois en D’ieu quoi qu’il arrive (15).

Kol touv

Sources:

(1) Devarim 18:10-11.

(2) « Kessem » en hébreu. Certains affirment qu’il s’agit de tapoter sur une baguette afin de créer un état méditatif permettant à l’homme de prédire le futur (Rambam, Lois du culte des idolâtres chap. 11, hal. 6). D’autres expliquent qu’il s’agit d’une baguette jetée en l’air d’un côté et selon le côté ou elle retombait on prédisait l’avenir (SmaG, comm. nég. 52, Pa’aneah’ Raza), ou mesurer avec ses doigts sa longueur et selon cela fixer des réponses positives ou négatives (H’izkuni, cf. Beh’or Shor, Sifrei et Rashi, ibid.). D’aucuns commentent que l’enchantement inclut toutes sortes de méthodes méditatives utilisées à la prédiction du futur (Ralbag, ibid. et Sefer HaH’inuh’ 510), cela pourrait également inclure la géomancie (Rambam, id. et dans le Livre des Commandements, comm. nég. 31) et toute divination (cf. Rashi sur Ezekiel 21:27 et la trad. du verset de la Septante).

(3) Cf. Shemot 22:17.

(4) Ou “qui use d’incantations“, « h’over h’aver » en hébreu. Le Rambam note que cela a trait usuellement aux incantations (Id. chap. 11, hal. 10). D’autres affirment qu’il s’agit plus particulièrement d’incantations faisant appel à des démons (Ibn Ezra, sur le vers.) ou animaux (Targum Yonathan (ibid.), Radak dans ses Shorashim, SmaG comm. nég. 64, cf. T.B. Sanhedrin 65b). Cela peut aussi inclure des incantations liées à la guérison de morsure de serpents et probablement celles usées en Alchimie (Rav Saadia Gaon sur le verset, Rambam, Livre des Commandements, comm. nég. 35, et Lois du cultes des idolâtres, ibid.).

(5) Cela comprend tous médiums ou oracles, cf. Vayikra 19:31.

(6) Par le jeûne (cf. T.B. Sanhedrin 65b) et la méditation (selon le Ralbag, sur le verset).

(7) T.B. Pessah’im 113b.

(7*) Cf. Rashbam id.

(8) Dans son commentaire sur le verset 13.

(9) Cf. Rambam, Iggeret Teiman ; Livre des Commandements, comm. nég. 31 ; Guide des Egarés II, 38 ; Ramban sur Devarim 13, 2 ; cf. la fin de l’introduction de Rav H’ayim de Volozhin au Sifra deTzniouta du Gaon de Vilna et dans le livre Keter Rosh al. 6-8, ainsi que le commentaire du Gaon de Vilna sur Sh. Ar. Y.D. 179, 13 ; Rav Y. Emden, Migdal Oz, Alyat Ha’ira, Gnazah’ 23.

(10) Seul le Ramban le fait, hassagot sur comm. pos. 8 dans le Livre des Commandements.

(11) T.B. H’oulin 58a.

(12) Netivot Olam, Netiv Ha’Osher, chap. 2.

(13) Cf. Rabbeinou Bah’yei Ibn Pakuda, Torat H’ovot Halevavot, fin du portique Bitah’on ; et Magid Meisharim du Rav Yossef Karo, début de parashat Beshalah’.

(14) Quatrième shoresh.

(15) Le « Meguilat Esther » dans son comm. sur le Livre des Commandements écrit que c’est parce que le fait d’être intègre comprend tous les interdits de magie et donc il est déjà compris en ceux-ci, on ne doit donc pas le compter à part.

Le Malbim, quant à lui, dans son commentaire sur le verset semble comprendre qu’il s’agit d’une condition: "si tu es intègre, alors tu auras « part en D’ »". Si le Rambam a effectivement compris le verset ainsi, il est évident qu’il n’ait pas compté une condition comme étant un commandement…