Rav Elikan
Divers
Divers22 octobre 2025Questeur #23WhatsApp

Question

Chalom Rav,

- Dans quel cas un Non-Juif acquiert le titre de "Hakham Oumot HaOlam" et donc plus que "Hassid Oumot HaOlam" ?

- Pourquoi est ce que ce dernier niveau lui octroie une part au monde futur et pas avant (Ben Noah,Guer Tochav, Hassid Oumot HaOlam) ?

Réponse du Rav Shmuel Elikan

Les postulats ne sont pas exacts.

Il n'y a pas de lien entre "sage des nations" (h'ah'am me-oumot haOlam), qui est une personne particulièrement intelligente, à propos duquel on peut bénir Dieu d'avoir donné Sa Sagesse aux hommes (1) et une personne qui est "un Juste des Nations", qui se comporte de manière éthique, à propos duquel il est dit qu'il a une part au monde futur du fait de son comportement louable (2).

Le sage des nations n'a pas forcément de "place au monde futur", surtout si son comportement n'est pas moral (3).

Une personne qui se comporte bien qu'elle soit Noahide ou Guer toshav devient de fait Juste parmi les Nations (4).

__________

(1) Cf. TB Berah'ot 58a ; Rambam, Lois des Bénédictions chap. 10, hal. 11 ; Sh. Ar. OH 224,7 et comm.

(2) Cf. Rambam, Mishné Torah, Lois de la Teshouva chap. 3, hal. 5 :

> « De même, les pieux des nations du monde ont part au monde futur. »

Idem, Lois des Rois et de leurs guerres chap. 8, hal. 11 :

> « Quiconque accepte les sept commandements et veille à les observer est considéré comme un des pieux des nations du monde et a part au monde futur — à condition qu’il les accepte et les accomplisse parce que Dieu les a ordonnés dans la Torah et nous en a informés par l’intermédiaire de Moïse notre maître, que les fils de Noé avaient déjà été enjoint de les observer auparavant. Mais s’il les accomplit seulement en vertu d’une raison morale ou intellectuelle, il n’est pas considéré comme un guer toshav, ni comme un des pieux des nations du monde, ni même comme l’un de leurs sages ».

(3) On trouve dans les resp. Teshouva MeAhava (vol. II, §237) que l’on récite la bénédiction sur un sage parmi les nations du monde (‘Hakham me’hakhmei ‘oumoth ha-‘olam) à condition qu’il observe les sept commandements des fils de Noé. Il y discute également de quelle forme de sagesse il s’agit précisément.

Cependant, il conclut que ses propos ne sont pas à trancher en pratique (lo lehalakha velo lema'assé). Malgré cela, certains décisionnaires contemporains ont écrit, en pratique, qu’il ne faut pas réciter cette bénédiction sur un sage issu des nations s’il n’observe pas les sept commandements de Noé (Be'ohalekha Be'amitekha chap. 14, al. 5 ; Piskei Teshuvot OH 224, §5 ; resp. Teshouvot veHanhagot (Sternbuch) vol. III, §76 au nom du Velveler de Brisk). Cependant, il semble, sur le plan halakhique, que cette restriction ne s’applique que pour quelqu’un considéré comme un rasha notoire (un homme mauvais ou immoral) selon les critères communément admis dans son milieu. Mais s’il s’agit d’un non-Juif ordinaire, on récite la bénédiction à son sujet, même s'il n'est pas Noahide ou croit en des croyances idolâtres, etc. C’est ce qui ressort des propos de la plupart des Rishonim (décisionnaires médiévaux), qui n’ont pas mentionné une telle condition. Or, la majorité des sages ne sont pas particulièrement moraux, et ils étaient certainement attachés à la religion dominante de leur pays, ce qui implique qu’ils ne respectaient pas les sept commandements.

Même Socrate, avant son exécution, demande à son ami Criton de sacrifier un coq à Esculape (Asclèpios - le dieu grec de la médecine)...

Dans Sha'ar HaAyin (ch. 18, note 7) cette preuve est étayée : puisque les décisionnaires (Maguen Avraham OH 224, s.k. 5, Pri Megadim Eshel Avraham id. s.k. 5, et Mishna Beroura ibid. s.k. 10) ont écrit qu'on ne récite pas cette bénédiction sur un sage dans la théologie de sa religion, cela prouve clairement que le fait qu’il croie en sa religion ne le disqualifie pas pour être considéré comme un sage - seule cette sagesse-là (religieuse) n’est pas prise en compte.

Par conséquent, ce n’est que lorsqu’il s’agit véritablement d’un homme mauvais selon les critères universellement reconnus, qu’il ne faut pas réciter la bénédiction sur lui.

(4) Cf. Béit HaBeh'ira du Méïri sur Sanhédrin 57 : « Tout fils de Noé qui accepte sur lui les sept commandements est considéré comme un des pieux des nations du monde (‘Hassidé Oumoth Ha‘Olam), fait partie de ceux qui ont une religion, et a part au monde futur. »