Rav Elikan
Fetes
Fetes26 novembre 2025Questeur #141WhatsApp

Question

Question sur hanoucca : pourquoi fallait il 8 jours pour fabriquer une nouvelle huile ? Ça ne prend qu'une journée non ? Est-ce que c'est parce qu'ils allaient qu'ils se débarrassent de tumat met ? Pouvaient ils allumer betum'a mais pas presser l'huile ?

Réponse du Rav Shmuel Elikan

Bien que ce fut la fin de la saison des olives, il semble que les huits jours ne soient pas liés au temps de fabrication de l'huile (1).

Pour comprendre pourquoi H'anouka est une fête de huit jours, il faut revenir aux sources de l'époque qui ont façonné la fête.

A propos du 25 kislev, on lit dans la Meguilat Ta'anit (p. 341) :

> « H'anouka – huit jours durant lesquels il est interdit de prononcer des oraisons funèbres ».

En revanche, dans les livres des Maccabées, nous trouvons une description détaillée des célébrations de ce jour, en précisant qu’il correspond exactement à celui où, sur ordre d’Antiochus, fut dressée dans le Temple « l’abomination désolatrice » (2).

Il ressort du texte que cette célébration fut la première instituée par les Hasmonéens, durant la période d’accalmie qui suivit la défaite de Lysias à Beit Tsour.

Tandis que Lysias retournait en Syrie pour rassembler des renforts en vue de poursuivre la guerre contre les Juifs, nos ancêtres profitèrent de l’occasion pour purifier le Temple et le réinaugurer.

Ils fabriquèrent de nouveaux ustensiles consacrés : une Ménorah, l’autel des encens et la table des pains de proposition ; ils démolirent également l’autel des holocaustes, souillé, et en construisirent un nouveau à sa place (3). Cela pris plus de 8 jours...

Les célébrations de la réinauguration commencèrent le 25 kislev, de l'année d'après, jour même où le temple fut souillé un an auparavant, et durèrent huit jours (ibid.).

Après ces festivités, Yehouda et ses frères partirent en campagne pour protéger les Juifs vivant dans les régions éloignées de Jérusalem, attaqués par leurs voisins.

À la fin de l'année, Lysias revint combattre les Hasmonéens, les vainquit à Beit Zecharia, puis assiégea Jérusalem.

Il ne poursuivit toutefois pas le siège en raison de difficultés internes qui l’obligèrent à rentrer en Syrie ; en quittant Jérusalem, Lysias permit aux Juifs de "vivre selon les lois de leurs ancêtres".

Ce succès fut surtout un triomphe religieux pour le peuple juif, plus qu’une victoire politique des Hasmonéens.

Selon Falvius Josèphe, Alkimos fut alors nommé grand prêtre, et il était l’ennemi de Yehouda le Maccabée (4).

Il convient de noter que les décrets religieux imposés par les Séleucides avaient des motivations politiques, non religieuses.

Cela se déduit du fait que ces décrets ne s’appliquaient pas aux Juifs résidant dans la partie orientale du royaume d’Antiochus (5).

Yehouda ne fut nommé grand prêtre qu’après la mort d’Alkimos (6).

Quoi qu’il en soit, depuis la réinauguration du Temple, celui-ci ne fut plus souillé par une « abomination désolatrice » jusqu’à sa destruction.

On lit également dans le livre des Maccabées (7) que l’année de la révolte, le peuple n’avait pas pu célébrer la fête de Soukkot à cause de la guerre. C’est pourquoi, lors de la victoire et de la réinauguration du Temple, ils célébrèrent huit jours comme compensation pour Soukkot (et Shemini Atzeret) :

> « Le jour où le Temple avait été souillé par les étrangers, ce même jour eut lieu sa purification, le vingt-cinq du même mois, le mois de Kislev. Ils célébrèrent les huit jours avec joie, comme la fête de Soukkot, se rappelant le malheur qu’ils avaient subi peu de temps auparavant, lorsqu’ils célébraient Soukkot dans les montagnes et les cavernes, comme des bêtes sauvages. C’est pourquoi, portant des branches épaisses, des rameaux d’arbres splendides et des palmes, ils rendirent grâce à Celui qui leur avait accordé de purifier son sanctuaire. D’un commun accord, ils décidèrent que toute la nation juive célébrerait chaque année ces jours. »

Ce lien avec Soukkot apparaît également dans le passage talmudique relatif à l’allumage des lumières (8), où la Guemara explique que la raison pour laquelle l’école de Shammaï diminue chaque jour le nombre de bougies est :

> « en correspondance avec les taureaux offerts pendant Soukkot ».

Un autre indice de ce lien se trouve dans le caractère particulier et solennel du huitième jour, appelé « Zot H'anouka », rappelant la particularité du jour de Shemini Atzeret, qui est une fête en soi (9).

D'autres hypothèses ont été avancées sur la durée de 8 jours de H'anouka (10), mais il semble que dans tous les cas ce ne soit pas lié au temps de fabrication d'une nouvelle huile.

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(1) cf. Rav Yoël Bin-Nun, "Yom Yissoud Heih'al Hashem", Meggadim n°12 (Tishrei 5751 - 1990), pp. 49-97 et plus particulièrement p. 93, n. 70.

(2) haShikoutz haMeshoumam - βδέλυγμα ἐρημώσεως - Maccabées I chap. 4, 36–59, pp. 116–118, et encore Maccabées II, chap. 10, 1–9, pp. 210–211. Terme qui figure aussi, de manière indirecte dans la traité Midot, chap. 1, Mishna 6 - "avnei haMizbeah' shéshiktzou malh'ei yavan". Notons que ce terme sera repris plus tard par les chrétiens - Matthieu 24,15 ; Marc 13,14 - dans un contexte différent qui dénature ce qui est décrit dans le livre des Maccabées et la Mishna !)

(3) Maccabées I chap. 4, 48–49, p. 117.

(4) Antiquités XII, 385, p. 67 – cf. Efron, La dynastie hasmonéenne dans l’historiographie".

(5) cf. Gafni, "Les Juifs de Babylonie" (Yehoudei Bavel), p. 26.

(6) Antiquités XII, 414, p. 69.

(7) I, chap. 10, et aussi dans Maccabées II, chap. 1, 54.

(8) TB Shabbat 21b.

(9) cf. Keren Orah sur H'anouka ; Likoutei Torah (H'abad), Droushim sur Shemini Atzeret, 88b ; etc.

(10) cf. p. ex. rav prof. Yossef Tabory, Moadei Israël biTekoufat HaMishna veHaTalmud, p. 368-390