Question
Bonjour Rav, a-t-on le droit d'assister à une corrida (avec mise à mort) ?
Réponse du Rav Shmuel Elikan
Non, il n'est pas permis d'assister à une Corrida (1).
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(1) Cf. Resp. Yéh'avé Da'at vol. III, §66 et sources rapportées, il va jusqu'à dire que même regarder cela à la télévision ou sur un écran est formellement interdit.
On notera encore que les guerres de taureaux sont perçues comme une part indissociable de la culture espagnole et de ses extensions dans le monde (Portugal, sud de la France et pays d’Amérique latine), mais il est probable que leurs origines soient beaucoup plus anciennes. Des racines de ce phénomène ont été identifiées dès la Mésopotamie et dans la région méditerranéenne, au sein de pratiques rituelles. La première description d’une guerre de taureaux se trouve dans l’épopée de Gilgamesh, datant d’environ 2100 av. J.-C. On y raconte un combat opposant Gilgamesh et Enkidu à un « taureau céleste », avec un motif rappelant la corrida moderne. Le récit décrit un combat acharné, décidé par une danse devant le taureau, son enchantement à l’aide d’un manteau et d’armes brillantes. L’occision d’un taureau sacré (tauroctonie) était un motif central dans une religion mystérieuse romaine (Mithraïsme) et a été immortalisée en sculpture partout où résidaient des soldats romains.
Les représentations les plus anciennes d’un combat entre un homme et un taureau ont été découvertes en Espagne sur une stèle celtibère dans la ville romaine de Clunia, ainsi que dans une peinture rupestre.
Les guerres de taureaux sous leur forme actuelle sont généralement attribuées aux Romains, comme expression culturelle de combats entre l’homme et l’animal. Ces événements faisaient partie de compétitions et de spectacles appelés venatio en latin. Ces jeux de chasse se sont répandus en Afrique, en Europe et en Asie durant l’époque romaine. Certaines théories suggèrent que l’introduction des combats de taureaux en Espagne par l’empereur Claude servait de substitut aux combats de gladiateurs, alors qu’il avait momentanément interdit ces derniers, laissant à la place des combats humains contre des animaux sauvages (plutôt que de gladiateurs on parle alors de venatores ou bestiarii).
On trouve la notion de « taureau de l’arène » (shor ha-itzadin) dans le Talmud, tractat Baba Kama (39a) :
> “Un shor ha-itzadin n’est pas passible de mort, comme il est dit : ‘car il bouscule et non qu’ils le bousculent’ […].”
À la première lecture de ce terme, on pourrait penser qu’il désigne le taureau utilisé dans les combats humains-taureaux, comme ceux pratiqués en Espagne jusqu’à récemment. Mais le Rambam explique :
> « Les taureaux des stades, des gens parient, chacun envoie son taureau et indique vocalement à exciter le second taureau pour voir lequel surpassera l’autre, et cela avec l’accord de leurs propriétaires. Beaucoup d’hommes font ainsi, bêtement, parmi certaines espèces de bétail et d’oiseaux. »
(Comm. de la Mishna, Baba Kama, chap. 4, Mishna 4).
En réalité, à l’époque de la Mishna, les combats entre animaux, ou entre l’homme et les animaux, étaient un divertissement courant dans la culture romaine. Ces taureaux, entraînés spécialement pour le combat, comme l’explique Rashi :
> « Shor ha-itzadin - taureau destiné aux butées, et on l’entraîne à cela »,
c’est pourquoi ils ne sont pas passibles de la peine capitale si l’un d’eux tue [un homme].
Et malgré cela, il reste formellement interdit de participer à une Corrida :
- parce que c'est cruel et contrevient à l'interdit de faire du mal aux animaux (Tzaar Baalei H'ayim).
- parce que c'est une activité qui ne convient pas aux Juifs, comme on peut lire dans le Talmud de Jérusalem (Avoda Zara chap. 1, hal. 1, p. 7a) au nom de Rabbi Nathan que la seule justification à aller au cirque est de pouvoir témoigner qu'une femme est permise (son mari ayant été occis dans l'arène) ou crier pour gracier autrui et lui laisser la vie sauve. En l'absence de ces deux éléments il n'y aurait aucune justification halah'ique à assister à des jeux sauvages.