Rav Elikan
Torah
Torah30 septembre 2024Questeur #135WhatsApp

Question

Bonjour Rav

Il y a un passage tres cryptique dans une Guemara ( il me semble que c’est dans Shabbat) rapportant un dialogue entre D… et Moshé , où Hashem fait un reproche à Moshé en lui expliquant : היה לך לעזרני

Y a t-il des commentaires existant (idealement traduits ), qui expliquent ce passage?

Réponse du Rav Shmuel Elikan

Effectivement, c'est dans le Talmud de Babylone, Shabbat 89a :

> Rabbi Yehoshua ben Levi a dit : « Lorsque Moïse est monté au ciel, il a trouvé le Saint Béni soit-Il en train d'attacher des couronnes aux lettres.

> Il lui a dit : 'Moïse, n'y a-t-il pas de salutations dans ta ville ?!' (Rashi : 'N'est-il pas coutume de saluer dans ton pays ?!').

> Moïse lui répondit : 'Y a-t-il un serviteur qui salue son maître ?'

> Dieu lui dit : 'Tu aurais dû m’aider !' (Rashi : 'en disant : Que ton œuvre réussisse').

> Immédiatement (Rashi : lors d'une autre montée), Moïse lui dit (Nombres 14,17): "Et maintenant, que la force de l'Éternel soit exaltée, comme Tu l’as dit". »

Cela nécessite effectivement une explication :

- Que nous enseigne le fait que, à ce moment-là, le Saint Béni soit-Il attachait des couronnes aux lettres ?

- Et pourquoi Dieu a-t-Il réclamé la bénédiction de Moïse, et pourquoi précisément à ce moment-là ?

On peut proposer plusieurs explications.

1. Rashi (s.v. le'azreni) explique que Moïse devait souhaiter à Dieu qu'Il réussisse.

Pourquoi ?

Selon le Maharsha c'est pour lui enseigner le bon comportement à avoir, la politesse, comme on peut le voir avec Boaz (Ruth 2,4) qui bénit les travailleurs dans les champs, en leur disant "Dieu soit avec vous".

Parce qu'il est évident, comme le note le Ben Ish H'ai dans son Ben Yehoyada, ad loc. que Dieu n'a pas "besoin" de la bénédiction de Moïse !

Et cette idée là a été tranchée par le Maguen Avraham (OH 347, s.k. 4) qui dit que les règles de bienséance veulent que l'on souhaite à un travailleur de réussir dans sa tâche (titzlah' melah'teh'a), y compris envers un non-juif.

En outre, quelqu'un qui commettrait une entreprise interdite (issour), on ne doit pas lui souhaiter la réussite.

2. Le Maharsha et le Ben Yehoyada ajoutent ici un principe intéressant : les Justes, par leurs mots d'encouragements, ajoutent de la force aux gens et là réside la leçon que Dieu voulait donner à Moïse, dans ce passage.

3. On peut encore expliquer différemment. Rav Yehouda a dit au nom de Rav dans le traité de Menah'ot (29b) :

> 'Lorsque Moïse est monté au ciel, il a trouvé le Saint Béni soit-Il assis en train d'attacher des couronnes aux lettres. Moïse Lui dit : "Maître du monde, qui Te retient (Rashi : qu’as-Tu écrit pour qu'il soit nécessaire d'ajouter des couronnes)?". Il lui répondit : "Un homme viendra dans plusieurs générations, il s'appelle Akiva ben Yossef, et il interprétera des montagnes de lois à partir de chaque trait (au-dessus) des lettres". Moïse lui dit : "Maître du monde, montre-le-moi". Dieu lui dit : "Retourne-toi". Moïse alla s'asseoir au bout de la huitième rangée de la maison d'étude et il ne comprenait pas ce qu'ils disaient. Son esprit s'affaiblit, jusqu'à ce qu'ils arrivent à une question, à laquelle les disciples demandèrent : "Maître, d'où tiens-tu cela ?" Rabbi Akiva leur répondit : "C'est une loi transmise à Moïse sur le mont Sinaï." Alors l'esprit de Moïse se calma.'

Les lois de Rabbi Akiva furent dérivées sur la base de la halah'a transmise à Moïse sur le mont Sinaï, dans une 'éveil d'en haut' - la loi étant hétéronome, provenant de l'extérieur, dictée du Ciel. Cependant, Moïse ne reconnait pas ces enseignements, car ces paroles ne lui avaient pas été explicitement enseignées. En cela, Rabbi Akiva, par la force de l'exégèse interprète et innove dans un 'éveil d'en bas', de manière autonome, provenant des "couronnes des lettres", et là Rabbi Akiva surpasse Moïse.

Dans ce sens là, on peut entendre ce que Dieu dit à Moïse au moment où Il attachait les couronnes aux lettres : "Il te suffit de ne plus être un récepteur passif. Ces couronnes ont pour but de permettre l'éveil des hommes dans la Torah. Bien que Je sois la source de la Torah, celle-ci n’est complète dans sa révélation que lorsque les hommes l'étudient activement. Bien que Je sois la source de la bénédiction, J'ai aussi besoin que tu Me bénisses, tout comme J'ai désiré la bénédiction de Rabbi Yishmaël ben Elisha, le grand prêtre, dans le traité Berakhot (7a), c'est-à-dire, j'ai besoin de ton "aide", de ton interprétation active".