Question
N'y a-t-il pas un problème de marit ayin, pour le restaurant au moins ?
Réponse du Rav Shmuel Elikan
C'est sujet à discussion, mais comme il s'agit tout au plus d'un interdit rabbinique on peut s'appuyer sur les avis permissifs, comme dit (1).
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(1) Une question de ce type a été abordée par les premiers Ah'aronim à propos d’une auberge tenue par des non-Juifs. La question de savoir s’il est permis de manger du poisson salé ou des conserves préparés et servis par le propriétaire de l’auberge (non-juif) fait l’objet d’un désaccord entre le Rema et le Maharshal (Yam shel Shlomo, H'oulin, chap. 8, §44), comme le signale le TaZ (YD 91, s.k. 2).
Le Rema tranche que, dans ces circonstances, il est permis au voyageur de consommer ces aliments dans les assiettes de l’auberge, tandis que le Maharshal affirme que cela est interdit. Aucune des deux opinions ne mentionne la crainte de transgresser à cause de l’apparence (marit ayin), que ce soit concernant la consommation ou l’entrée dans l’auberge. En supposant qu’il s’agisse d’un repas pris en public, on pourrait en conclure qu’il n’y a pas lieu de craindre l’apparence lorsque l’on mange de la nourriture cachère dans un restaurant non-kashère.
Cependant, Rav Moshé Feinstein (resp. Iggrot Moshé, OH vol. II, §40) tranche qu’il est interdit d’entrer dans un restaurant non-kasher, en raison de la crainte de marit ayin, car les gens pourraient soupçonner la personne d’y consommer de la nourriture non-kashère.
Il dit qu'on ne peut pas objecter à ses propos sur la base des décisionnaires mentionnés plus haut, car il est possible que, dans les temps anciens, une auberge non-juive servait principalement de lieu d’hébergement et d’abri, et pas seulement de restauration. C’est pourquoi un Juif voyant son ami entrer dans une telle auberge pouvait supposer qu’il cherchait simplement un endroit pour dormir, et qu’il n’avait aucune intention de manger – et même s’il devait manger (par nécessité), on pouvait présumer qu’il ne consommerait pas d’aliments non-kashères.
De même de nos jours, il n’y a pas d’interdit de marit ayin à entrer dans un hôtel non-juif, car les passants verront une personne entrer dans un hôtel et supposeront qu’elle y séjourne, et non qu’elle vient y consommer de la nourriture non-cachère.
Contrairement aux hôtels et auberges, la raison principale pour laquelle les gens entrent dans un restaurant non-cachère est justement pour y consommer des aliments non-cachères. C’est pourquoi Rav Feinstein a statué qu’il est interdit d’y entrer, de peur de marit ayin.
Mais le Rav Asher Weiss n’est pas d’accord avec lui et tranche (Minh'at Asher vol. I, §67) :
> Il est permis d’entrer et de consommer des aliments cachères dans un restaurant non-cachère, pour deux raisons :
> 1. En cas de nécessité ou de difficulté, il faut retenir comme décision halah'ique principale qu’il n’y a d’interdit de marit ayin que dans ce que les Sages ont explicitement interdit. Ainsi, en cas de besoin, on peut s’appuyer sur l’opinion du Pri H'adash selon laquelle on ne doit pas ajouter d’interdits à ceux mentionnés dans le Talmud pour cause de marit ayin.
> 2. Il faut être indulgent lorsqu’il s’agit d’un cas fréquent (davar hamatsouy) - or il est fréquent que des gens entrent dans des restaurants non-cachères pour des raisons professionnelles et ne consomment que de la nourriture kasher, et donc on ne craint pas l’apparence.
D'ailleurs d'autres décisionnaires ont également statué ainsi.
C’est pourquoi j’ai écrit qu’on peut s’appuyer sur les décisionnaires indulgents.