Rav Elikan
Divers
Divers1 février 2026Questeur #6WhatsApp

Question

Donc les non juifs ont une neshama? Comme les juifs? Shavoua tov:)

Réponse du Rav Shmuel Elikan

Bien entendu, les non-Juifs ont également une âme ! (1).

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(1) C'est l'avis de tous les Rishonim, notamment.

On peut cependant parfois entendre dire que les non-juifs n'ont pas d'âme. Cette affirmation provient d'une erreur profonde enracinée dans la compréhension des sources traitant de ce sujet.

La source du malentendu se trouve dans le Sefer HaTanya (chapitres 1-2) :

> « Chaque membre d'Israël possède deux âmes. Une âme issue de la Klipa (écorce)... d'où proviennent toutes les mauvaises caractéristiques... ainsi que les bonnes qualités naturelles propres à Israël... Ce qui n'est pas le cas des âmes des nations... qui ne contiennent aucun bien... Et la seconde âme chez l'Israélite est véritablement (Mamash) une partie de Dieu d'En-Haut. »

Certains en déduisent que cette « seconde » âme — c'est-à-dire la Neshama (l'âme divine) — n'existe pas chez les nations du monde. Cependant, le Rav Yehouda Léon Askénazi (Manitou), qui le tenait lui-même du Rav Itzhak Schneerson (cousin du Rabbi de Loubavitch), explique (dans un enregistrement) qu’il faut placer une virgule après le mot « seconde ».

Il faut donc lire ainsi : « Et la seconde âme, chez Israël elle est véritablement une partie de Dieu d'En-Haut ». Cela signifie que chez les nations du monde, elle existe bel et bien, et elle est aussi une partie de Dieu d'En-Haut, mais pas de manière « effective » (Mamash) ou intrinsèque de la même façon.

Si nous ne lisons pas le texte ainsi, une question se pose : comment peut-on exiger de l'humanité, des non-juifs un comportement moral (lois noahides), s'il n'existe aucun fondement supérieur qui éclaire leur âme ?

Dès lors que l'on comprend qu'il existe une pureté d'âme chez tout être humain, mais que chez les nations elle est absente de leur "âme animale" pour ne résider que dans leur "seconde âme", on comprend pourquoi l'élévation spirituelle chez les non-juifs exige une spiritualité intense. À l'inverse, le Juif peut trouver des voies vers sa pureté morale jusque dans sa nature humaine primaire.

Le rav Oury Cherki explique que l'essence de la différence entre le Mamash (véritablement) de l'âme d'Israël et le "non-véritablement" des nations peut être comprise selon l'explication du Rav Kook (Orot HaKodesh II, 156).

- Chez les nations : l'éternité serait acquise à quiconque le désire, à condition de parfaire son âme par la sagesse et les bonnes actions. Si un individu ne le souhaite pas, il peut en quelque sorte "quitter le jeu".

- Chez l'Israélite : l'appartenance à l'éternité est imposée. Il doit porter le joug de l'épuration et des souffrances jusqu'à ce qu'il mérite de parfaire son âme.

Le Rav Kook explique plus loin (Orot, §144) que le lien entre l'individu et la collectivité est intrinsèque chez Israël, alors qu'il n'y a pas de lien nécessaire entre l'individu et le groupe chez les nations. L'âme de l'individu serait, en réalité, son appartenance au collectif.

Certes, les nations possèdent une "âme collective" (appelée dans le livre de Daniel "le Prince de la nation"), mais l'individu n'y puise pas directement sa subsistance éthique et spirituelle, et n'est donc pas lié de manière absolue à sa collectivité.

C’est ainsi que l’on comprendrait l’espérance exprimée deux fois par jour dans la prière d’Israël : que les "Princes" (intermédiaires célestes) s'effacent pour que tous les habitants du monde reviennent s'abriter directement sous l'ombre du Dieu d'Israël :

> « L'Éternel qui est notre Dieu maintenant et non celui des nations [soumises aux Princes], sera à l'avenir l'Éternel Un. Comme il est dit : "Car alors Je transformerai la langue des peuples en une langue pure, pour qu'ils invoquent tous le nom de l'Éternel et Le servent d'un commun accord" »

(Rachi sur le Shema).