Question
Bonsoir,
Je vous écrit car je souhaite débuter l'étude du tania. On m'a beaucoup parler de cette discipline complémentaire au tehilims et houmach, qui traite entre autre des sujets de l'âme. On m'a conseillé d'acheter un livre avec commentaires pour commencer mais que seul ce n'est pas facile a comprendre, est-il préférable de chercher des cours organisés ? Le problème est que je n'ai pas réellement le temps pour le moment.. En parallèle sur un sujet plus precis on m'a parlé du fait que l'âme qui une fois remontée vers le créateur est jugée et soit elle y reste ce qui est la réussite a ses actions dans le monde matérielle ou elle peut être renvoyée pour progresser a nouveaux 6 fois, puisque l'ame a 3 vies humaines puis animales et végétales - minérales. Ce que je ne comprends pas bien dans cette idée et peut être que l'instruction du tania me permettra d'y voir plus clair mais c'est que si l'âme peut se retrouver chez l'animal il y a donc des animaux avec une âme juive et d'autres de celles des goyims ? Ou l'idée de l'âme avec 7 vies ne s'attribue-t-elle qu'au juif a la base ?
Un réel merci pour votre lecture et votre implication.
Réponse du Rav Shmuel Elikan
Shalom,
Je tiens à préciser certaines choses.
1. Le Tanya n'est pas une "discipline complémentaire aux Tehilim et au H'oumash".
2. Je ne sais pas où vous avez entendu toutes ces histoires des réincarnations-transmutations-métamorphoses ou je ne sais comment les nommer.
3. Si vous me le demandez, personnellement, je vous déconseille fortement de commencer l'étude du Tanya avant d'avoir une certaine base, ou plutôt une base certaine en littérature talmudique. En effet, le Tanya est un livre qui n'est pas simple à la compréhension et on peut facilement mal comprendre, mal interpréter certaines choses ; ce serait dommage. Le Tanya est un livre de h'assidout. Effectivement, il parle de l'âme, mais avant de parler de l'âme il faut connaître le contexte du propos et comprendre quelle est la place de la h'assidout dans le judaïsme.
A propos de votre question.
On ne sait pas ce qui se passe après la mort et la réincarnation (guilgoul) est sujette à discussion.
Le Rav Saadia Gaon au début du Moyen-Âge écrivait, concernant cela, qu'il y avait sur ce sujet de nombreuses idées fausses, saugrenues, bizarres, et qu'il ne fallait absolument pas s'y fier (1).
Après lui, le Rav Avraham Ibn Daud (aussi connu sous son acronyme de "Ra'avad") écrit aussi dans son Emouna Rama (2) qu'il n'y a pas de réincarnation et que c'est une croyance "fausse". C'est également l'avis de nombreux autres rabbins de cette époque, puisque ce concept n’apparaîtrait nul part dans la Torah que chez nos Sages (3).
La première apparition de ce concept serait dans le Sefer HaBahir un livre de mystique très ancien dont l'écriture est généralement attribuée à Rabbi Itzh'ak "Sagui Nahor" (litt. "qui voit bien" - appelé ainsi parce qu'il était aveugle - 1160-1235). Cependant, le Ramban (Nachmanide) écrit (4) que c'est un "secret" connu par ceux qui l'ont reçu de leur maître, alors on n'a pas le droit en parler, à plus forte raison de l'écrire, dit-il, même l'allusion n'a aucune utilité. Et ce, bien que le Zohar en parle... (4*)
Plus tard, au treizième siècle, on commence à en parler un peu plus dans la littérature mystique (5). Mais même à cette époque, il y eut de nombreux opposants à cette foi (6). Seulement plus tard, alors, avec l'apparition des disciples du Ari, comme le Rav H'ayim Vital qui en parle en long et en large dans le Sha'ar HaGuilgoulim, le portique de la réincarnation, cette foi devient "reconnue" (7); bien qu'au fil des années il continua a y avoir des opposants, sans grand écho pourtant (8).
Bref, dire de manière dogmatique comment ça se passe ou pas, c'est très problématique et invraisemblable. Vous l'aurez compris, on ne sait pas exactement ce qui se passe avec nos âmes... Donc toute la question ne commence même pas.
Maintenant, même si elle avait lieu d'être le Tanya n'y répond en rien.
Si toutefois, vous avez réellement envie d'étudier ce livre, ne vous découragez pas, rien ne vous y empêche, il existe de très bons commentaires et cours audio et vidéo sur internet, dans presque toutes les langues; vous n'avez même pas besoin de sortir de chez vous.
Kol touv et bonne étude !
Sources
:
(1) Emounot veDeot VI, 8 (p. 214 dans l'éd. Kappah') - il ramène quatre preuves comme quoi il ne faut pas croire en la réincarnation.
(2) Emouna Rama I, 6
(3) C'est l'opinion de Rabbi Avraham fils du Rambam, d'Ibn Gabirol (Mekor H'ayim 123c) qui dit que c'est une foi payenne (sic), l'opinion de Rav H'esdai Crescas dans son Or H' (89b dans l'ancienne édition classique) ainsi que de son disciple le Rav Yossef Elbo dans son Livre des Principes (Sefer HaIkarim) IV, 29; Rabbi Aryeh de Modena, lui aussi, a violemment réfuté les propos d'Abarbanel (sur parashat Ki-Tetze) concernant la réincarnation, dans son livre "Ben David" et c'est également l'opinion de nombreux autres encore.
(4) Torat HaAdam, Sha'ar HaGuemoul, 9a-b (imprimé dans Kitvei HaRamban du Rav Shavel éd. Mossad HaRav Kook, p. 279; cf. aussi Ramban sur Bereshit 38:8 et sur Yiov 33:30; resp. Maharalbach, 8; Rekanti sur Vayeshev - Bereshit 33:2; comm. du Levoush sur cela ramené dans le propos du Rav Shavel dans le premier tome des Kitvei HaRamban, p. 101, note 30.
Dans un même ordre d'idée, on raconte que le fils du Rosh (Rabbeinou Asher) lui aurait posé la question à son père: doit-on croire à la réincarnation-transmutation ? Il aurait donné des preuves et des arguments que son père aurait repoussé l'un après l'autre et aurait conclu ainsi: "s'il y a une telle tradition, alors recevons la, sinon - non, car il n'y a aucune preuve suffisante".
(4*) Il faut savoir qu'il existe une grande discussion que je m'abstiendrais de détailler, quant à la date exacte de l'écriture ainsi que de l'apparition du Zohar. Il aurait apparu sous forme publiée pour la première fois du temps du Rav Moshe DiLeon (1240-1305). Toutefois la notion de réincarnation pour le Zohar est minime et n'est que la conclusion d'un manque dans le commandement d'enfanter (cf. III, 216b, etc.).
(5) Notamment chez Rabbi Yitzh'ak d'Acre, Rabbeinou Peretz dans son magistral "Ma'areh'et Elokout" et chez les disciples du Ritva.
(6) cf. la lettre de Rav Yedayah HaPnini envoyée au Rashba (imprimée dans ses resp. siman 418) qui soutient que cela est opposé à la foi en la résurrection des morts!
(7) cf. Ma'amar HaH'oh'ma du Ramh'al; Klalei Sefer Milh'amot Moshe, Klal 15; H'essed LeAvraham (Azoulay) Maayan 5, surtout Nahar 17 et 21; Minh'at Yehouda (H'ayat) 150b; etc.
(8) Comme durant la dispute de Candia en 1466, ou encore dans le livre "Kvod Elokim" paru en Turquie au 16ème siècle, et dans les œuvres du Rav Simh'a Luzzato (Venise, 17ème siècle) et du Rav David Nito (dans son "Mateh Dan", Londres, 18ème siècle) - ce livre a d'ailleurs engendré un doute sur l’intégrité religieuse de l'auteur et a été envoyé à Amsterdam chez le H'ah'am Tzvi (par ailleurs voisin de Rembrandt, au début de sa carrière, qui l'aurait même peint - l'image du "vieux juif") qui a lu et approuvé l'intégrité de ce fascinant livre et celle de l'auteur.