Question
A priori, ce n'est pas permis.
J'en profite pour récapituler ici rapidement les lois du 9 av.
Tout comme à Yom Kippour, il y a plusieurs règles spécifiques.
Ainsi il y a :
- un devoir de jeûne : interdit de manger et boire depuis l'entrée du jeûne, le soir, jusqu'à sa sortie - cela ne touche bien évidemment pas les gens malades (y compris des troubles de l'alimentation) ; les grossesses à risque ; les femmes qui ont accouché dans les 72 heures ; les enfants de moins de 9 ans ; ou encore de cas particuliers pour lesquels les médecins requièrent un traitement spécifique, dans quels cas, ceux-ci n'ont non seulement pas le droit de jeûner, mais il s'agit d’un commandement de manger (1). De manière similaire, une femme qui allaite et qui risquerait de s'assécher, arrêtant ainsi la production du lait pour son nouveau né ou toute femme enceinte ont sur qui s'appuyer pour manger et boire (2).
- il y a un interdit de s'embaumer et de se laver. On a cependant le droit de se laver les mains avant la prière ou de rincer des fruits/légumes pour les préparer (3) ; de manière similaire, si quelqu'un est malade et vraiment a besoin de prendre une douche pour se sentir mieux - ceci est permis, même pour les malades qui ne sont pas en danger ("h'olé she'ein bo sakana" - et a fortiori aux femmes enceintes - 4).
- interdit de mettre des chaussures en cuire. Quiconque devrait en mettre pour des raisons de santé y mettra de la poussière pour se rappeler le deuil de la destruction du Temple (5).
- interdit d'étude de passages "réjouissants" de la Torah (hormis certains livres spécifiques dont l'étude ne nous réjouit pas, tels Yiov, Eih'a, la destruction du Temple telle que relatée à la fin du traité de Guittin, le troisième chapitre du traité de Moèd Katan, etc.)
- interdiction de dire "shalom" ou bonjour à autrui (mais on a le droit de lui répondre gentiment si ce dernier nous dit bonjour pour éviter de créer des disputes) et de donner des cadeaux, en ce jour de deuil.
- interdiction d'avoir des rapports intimes.
- usage de s'asseoir par terre et dormir à même le sol jusqu'à h'atzot (mi-journée) - ainsi.qie d'autres usages rituels comme celui de lire la Meguilat Eih'a et les Kinot, l'ajout de "Nah'em" dans la prière, etc.
- usage de ne pas trop se promener dans les rues ou de faire du shopping et autres activités ludiques pour ne pas en venir à oublier le deuil (6).
- certains interdisent de fumer le 9 Av, d'autres permettent après h'atzot de manière discrète.
- usage (fortement conseillé par nos Sages) de ne pas travailler, du moins de ne pas faire des choses qui nous font oublier la destruction du Temple pendant ce jour.
_Puisse ce jour devenir un jour de joie et puisse notre Temple être reconstruit au plus vite !_
> "Et si nous avons été détruits, et le monde a été détruit avec nous, à cause de la haine gratuite,
> nous retournerons nous reconstruire, et le monde avec nous se reconstruira, par l'amour gratuit"
(Rav A. I. HaKohen Kook, Orot HaKodesh III, §324)
_______
(1) cf. Sh. Ar. OH 618,1 et comm.
(2) Bien que le Shoulh'an Arouh' (OH 554,5) et le Rema (OH 550, 1) écrivent que les femmes enceintes sont astreintes à jeûner, l'Arouh' HaShoulh'an (OH 557, 7) écrit, et c'est également l'opinion du Rav Mordeh'ai Eliahou (hil. H'aguim 26,3) et du Piskei Teshouvot (554, 5), que s'il y a une quelconque souffrance, ou si elle ne se sent pas bien, etc. même si elle n'est pas en danger - elle est complètement exemptée, à la différence de Yom Kippour où elle est astreinte sauf s'il y a un réel danger.
L'Arouh' HaShoulh'an ajoute par ailleurs, qu'il ne faut pas manger selon des "quantités réduites" ("shiourim") - si c'est permis, c'est permis.
Il suit en cela le resp. Avnei Nezer §540, le resp. Maharam Shick §290, le H'ida et le Mizbeah' Adama dont les propos sont ramenés par le Kaf HaH'ayim 554,31.
De plus, le Rav Israël Yaakov Fischer, dans son resp. Even Israël IX, 62, lettre 10 écrit que de nos jours, étant donné la faiblesse de la génération et la température élevée (dehors) - il est clair pour de nombreux décisionnaires, qu'a priori, toute femme enceinte (c'est-à-dire qui a la certitude qu'elle porte un enfant) est exemptée de ce jeûne. Cet avis est corroboré par le Piskei Teshouvot 554,5 qui cite comme source à cela, notamment, le Rav Shlomo Zalman Auerbach.
C'est également l'avis du rav Neventzhal et de notre maître le rav Rabinovitch (resp. Siah' Nah'oum §36) qui soutient comme le rav Sh. Z. Auerbach et son disciple le rav Avigdor Neventzhal qu'il en est ainsi pour l'allaitement qui s'arrêterait du fait du jeûne et mettrait le bébé en danger.
De plus, le Piskei Teshouvot, ad loc. note 23 écrit que même après le 7ème mois le bébé est potentiellement en danger et par conséquent les femmes enceintes ne doivent pas jeûner. cf. encore Mikraei Kodesh (Harari), hil. tisha be'av, p. 217-218, surtout note 8 qui écrit que dans un cas où l'on souffre de nausées, c'est permis à priori.
(3) Cf. Kaf HaH'ayim (Sofer) OH 654, s.k. 44 ; Ben Ish H'ai par. Devarim, §22.
(4) H'olé she'ein bo sakana comprend toute personne qui a dû se coucher à cause de sa maladie, quiconque a de la fièvre, quiconque sent une faiblesse dans tout son corps ou a une migraine, toute personne pouvant avoir une complication dans une maladie chronique - tel l’asthme, le diabète, maladie cardiaque, etc., quiconque aurait un membre du corps “malade”, quelqu'un souffrant de conjonctivite, femme ayant accouché dès le 8ème jour après la naissance, jusqu’au 30ème, un petit enfant - nous avons suivi ici le Shemirat Shabat Kehilh'ata, chap. 33, “Dinei H’ole She’ein Bo Sakana” et cf. les sources rapportées là-bas pour chacun des cas.
Cf. encore Sh. Ar. OH 554,6 et comm. ; H'ayei Adam, klal 135,2 ; Kaf haH'ayim (Sofer), 554,33 et Yaffeh Lalev, id. s.k. 3.
Concernant la femme enceinte - cf. Rema OH 613,9 ; Mishna Beroura et Sha'ar HaTzioun, ad loc.; Arouh' HaShoulh'an OH id. al. 9.
(5) cf. Kaf HaH'ayim OH 554 s.k. 80.
(6) Cf. Sh. Ar. OH 554,21 et comm.
Réponse du Rav Shmuel Elikan
*en cuir (et non "cuire" évidemment). Merci à @33619194552 pour la vigilance orthographique.