Question
Bonjour Rav
Que signifie l'expression ''חוט של חסד'' svp ?
Merci
Réponse du Rav Shmuel Elikan
L'expression "חוט של חסד" (h'out shel H'essed) signifie littéralement "un fil de grâce" ou "un fil de bienveillance".
Elle désigne une faveur ou une protection divine qui confère à une personne une aura particulière, la rendant aimée ou acceptée des autres, même indépendamment de son apparence ou de ses mérites objectifs.
Selon certains, on trouverait une allusion à ce concept (1), lorsque Rah'av, la prostituée de Jéricho, reçoit la promesse que sa famille sera épargnée grâce à un "fil de pourpre" (חוט השני) suspendu à sa fenêtre.
Certains commentateurs y voient une métaphore d’un "fil de grâce", signe de protection divine.
Dans la littérature rabbinique, ce concept est souvent évoqué pour expliquer pourquoi certaines personnes sont particulièrement appréciées ou respectées.
Le Talmud (2) illustre cette idée avec Esther :
> "אסתר ירקרוקת הייתה וחוט של חסד משוך עליה" –
> "Esther avait un teint verdâtre, mais un fil de grâce était tendu sur elle".
Cela signifie que, bien qu’elle ne corresponde pas aux critères de beauté classiques, elle possédait une grâce divine qui la rendait irrésistible. Cette grâce est liée au niveau spirituel (3).
Le Gaon de Vilna, en commentant le verset de Béréshit 12, 11, applique cette distinction à Sarah (4).
Lorsque Avraham dit "Je sais maintenant que tu es une femme de belle apparence", il réalise que sa beauté n’est pas due à un "fil de grâce", qui pourrait disparaître en cas de danger, mais qu’elle est intrinsèque.
Cela l’alerte sur la menace que représente leur arrivée en Égypte.
Aujourd’hui, l’expression peut désigner quelqu’un qui bénéficie d’une bienveillance particulière dans ses interactions avec les autres, comme si une force supérieure l’aidait à gagner leur sympathie.
Elle est aussi utilisée en hébreu moderne pour parler d’une protection ou d’un destin favorisé par Dieu.
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(1) Yehoshoua (Josué) 2,18.
(2) TB Méguila 13a.
(3) En TB Mé'ila 28a on lit que Rabbi Yonatan a dit :
> « Quiconque réprimande son prochain pour l’amour du Ciel mérite une part avec l’Éternel, etc. Non seulement cela, mais on lui accorde aussi un “fil de grâce”, comme il est dit : “Il trouvera grâce…” »
De même, nous trouvons que l’on mérite ce “fil de grâce” dans le premier chapitre du traité Avoda Zara (3b) et dans le traité H'aguiga (12a), où Rabbi Yoh'anan a dit :
> « Quiconque étudie la Torah la nuit, l’Éternel lui tire un fil de grâce le jour, comme il est dit : “Le jour, Il ordonnera…”. »
Et comme dit plus haut, nous trouvons également cela au sujet d’Esther dans le premier chapitre du traité Meguila (13a), où Rabbi Yehoshua ben Korh'a a dit :
> « Esther était verdâtre [et laide], mais un fil de grâce était tendu sur elle. »
Nous devons examiner le lien entre Esther, qui a mérité cela, et celui qui étudie la Torah la nuit et celui qui réprimande pour l’amour du Ciel qui méritent eux aussi ce fil de grâce.
Il semble qu'on puisse expliquer cela ainsi : Il est dit à la fin du quatrième chapitre du traité Soucca (49b) que Rabbi H'ama bar Papa a enseigné :
> « Tout homme qui possède la grâce est assurément quelqu'un craignant Dieu, comme il est dit : “La grâce de l’Éternel est depuis toujours et à jamais sur ceux qui Le craignent.” »
Si c’est ainsi, on peut comprendre pourquoi celui qui étudie la Torah la nuit mérite que l’Éternel lui tire un fil de grâce le jour, et cela signifie qu’il obtient du “h'en” (grâce). Puisqu’il étudie la nuit en secret, sans que les gens ne le voient et ne connaissent son niveau élevé, l’Éternel veut le révéler et le faire honorer comme il convient d’honorer un sage en Torah.
Cela se retrouve aussi dans le troisième chapitre du traité Makkot (22b) : ainsi, les gens apprendront de ses voies, de ses qualités et de sa conduite. C’est pourquoi on lui accorde un “fil de grâce”, qui permettra de reconnaître qu’il est une personne craignant Dieu et dont le niveau spirituel est élevé, afin que les autres s’attachent à lui.
De même, dans le troisième chapitre du traité Mo'ed Katan (16a), Rava a dit :
> « Celui qui étudie la Torah en privé, sa Torah l’annonce à l’extérieur », comme il est écrit : “La sagesse crie au-dehors.”
Cela signifie que, puisque son étude est cachée, l’Éternel la fait connaître publiquement afin que les autres apprennent de lui et l’honorent.
On peut également expliquer que c’est pour cette raison que quiconque réprimande son prochain pour l’amour du Ciel mérite ce “fil de grâce”. En effet, son intention pure n’est pas visible aux autres, et il est dans la nature humaine de mépriser et de haïr celui qui les reprend.
Comme il est enseigné dans le troisième chapitre du traité Arah'in (16b), Rabbi Akiva dit :
> « Je suis surpris s’il y a quelqu’un, dans cette génération, qui accepte la réprimande. »
Selon la version de Rabbenou Guershom, il est écrit :
> « Car si quelqu’un réprimande une personne, immédiatement elle le déteste. »
Ainsi, on peut dire que celui qui réprimande pour l’amour du Ciel mérite ce fil de grâce afin que tout le monde reconnaisse que son intention est pure. Grâce à cette grâce, il ne sera pas détesté comme le sont généralement ceux qui réprimandent.
Même si le pécheur qu’il a réprimandé le hait, comme il est dit : « Ne réprimande pas le moqueur, de peur qu’il ne te haïsse », au moins les autres l’aimeront et le soutiendront grâce à cette grâce qu’il recevra.
On peut aussi expliquer ainsi pourquoi Esther a mérité ce fil de grâce. Sans aucun doute, les Juifs l’accusaient :
> « Comment a-t-elle pu épouser un impie comme Assuérus ? Pourquoi ne s’est-elle pas empêchée d’aller au palais royal ? Assurément, elle s’est livrée à lui de son plein gré, par désir de gloire et d’honneur… »
C’est pour cela que l’Éternel lui a accordé un “fil de grâce”, afin que tous voient et comprennent qu’elle était une personne craignant Dieu et une Juste.
Car nous avons vu préalablement que toute personne qui possède du “h'en” est assurément un "craignant-Dieu" (yaré Hashem). C’était un témoignage en sa faveur : elle a été contrainte d’aller au palais contre sa volonté et même son union avec le roi s’est faite sous la contrainte.
Sinon, elle n’aurait pas mérité ce “fil de grâce”.
Ainsi, nous trouvons un point commun entre tous ceux qui le reçoivent : leurs bonnes actions et leur intention pure ne sont pas immédiatement visibles au public, et c’est pourquoi ils ont besoin d’un “h'en” pour être reconnus positivement.
Nous pouvons également l’expliquer avec ce qui est dit sur Joseph dans Vayechev (Genèse 39:21) :
> « L’Éternel fut avec Joseph et lui témoigna de la bonté, et il lui accorda grâce aux yeux du chef de la prison. »
Rashi commente :
> « Il lui témoigna de la bonté » signifie que tous ceux qui le voyaient l’acceptaient avec bienveillance, comme l’expression « une fiancée belle et gracieuse » (Kala na'ah vah'assouda) dans la Mishna.
Nous pouvons ainsi comprendre que, puisque la femme de Potiphar avait lancé contre lui de fausses accusations en prétendant qu’il avait voulu être avec elle, et qu’il avait même « saisi son vêtement », il fut jeté en prison. Les gens parlaient sans doute en mal de Joseph. C'est pourquoi l’Éternel lui accorda “grâce et bonté”, afin que tous ceux qui le voient reconnaissent sa véritable valeur, la pureté de son cœur, et comprennent que tout cela était un mensonge.
Ainsi, ils réaliseraient qu’il n’avait jamais voulu pécher avec elle et que, à tout le moins, il ne l’avait pas saisie pour lui dire « couche avec moi », comme elle l’affirmait faussement.
Dans le même esprit, nous trouvons dans le deuxième chapitre du traité Ketoubot (17a) un enseignement des Sages :
> « Comment danse-t-on devant la mariée ? »
> L’école de Shammaï dit… tandis que l’école de Hillel dit : « On dit d’elle qu’elle est belle (na'ah) et gracieuse (h'assouda) ».
Rashi explique "h'assouda" :
« Gracieuse : un fil de grâce est tendu sur elle. »
L’école de Hillel pense donc qu’il faut louer la mariée pour sa beauté extérieure et intérieure.
La beauté (“na'ah”) désigne un atout extérieur, comme il est dit dans le traité Taanit (31a) :
> « Il n’y a pas de femme sans beauté. »
De même, dans Yevamot (63b), il est dit :
> « Heureux l’homme qui a une femme belle (na'ah) »
Dans Berah'ot (57b), on dit que trois choses esthétiques élargissent l’esprit : une belle demeure, des beaux ustensiles et une belle épouse (isha na'ah)…
On comprend donc que la beauté est un enjeu esthétique qui influe sur l'âme. Mais “gracieuse” signifie autre chose, que nonobstant l'esthétique, un “fil de grâce” est tendu sur elle, ce qui témoigne de sa grandeur intérieure.
En effet, toute personne qui possède du “h'en” est assurément une personne craignant Dieu, et c'est pourquoi on lui attribue cette qualité.
(4) Comm. sur Esther 2,7 et "Der Torah Quell" de Rabbi Alexandre Zusha Friedman, Varsovie, 5698 rapporté dans Shmouot Eliahou, H'oumash haGra, vol. I, p. 313.