Rav Elikan
Divers
Divers2 mai 2024Questeur #130WhatsApp

Question

Bonjour rav

Que doit on faire pour annuler un mauvais rêve ? Y a t il une segoula ou une tfila ?? J ai rêver que mes dents tombaient et qu un arabe m attaquait avec une mitraillette, ca plombe vraiment le moral sachant que rêver de dents qui tombe n est pas du tout bon signe …

Réponse du Rav Shmuel Elikan

Désolé d'entendre pour ce mauvais rêve.

Voilà ce que l'on peut faire :

- Ne pas y accorder d'importance (1).

- On peut faire hatavat h'alom (2).

- Si ce rêve revient plusieurs fois et continue de nous troubler et que la hatavat h'alom n'aide pas, certains préconisent de jeûner - ta'anit h'alom (3).

Par ailleurs, de nos jours, selon de grands kabbalistes, le fait de voir ses dents tomber n'est pas un mauvais signe (4), surtout si on avait des maux de dents récemment ou que l'on a pensé d'une manière ou d'une autre aux dents (5).

______________

(1) Cf. Levoush Orah, par. Vayeshev, qui écrit :

> "Il est chose connue, et tout le monde sait cela, que la grande majorité des rêves sont des choses sans importance aucune... et même les vrais rêves qui viennent de la prophétie et de l'intellect, (bien qu'ils ne soit pas superflus) contiennent également des éléments sans importance".

Ainsi, le rav Karelitz a écrit

(Iggrot H'azon Ish, vol. II, §149) :

> "J'ai moi même souvent fait des rêves effrayants et *je n'y ai jamais porté attention* et le mieux c'est de dire "Ribono Shel Olam" au moment de Birkat Kohanim".

Le principe étant que les rêves dépendent de l'interprétation qu'on leur donne - cf. Talmud de Jérusalem Maasser Sheni chap. 4, hal. 6; T.B. Berah'ot 55b ; Zohar, vol. I, p. 194b; Maharsha, H'idoushei Agadot sur Berah'ot, ad loc. ; Ba'al HaTourim sur Bereshit 41,13 ; cf. encore l'article du Rav Y. Pah'a, dans Teh'oumin 5 (1984), pp. 402 et suiv.

(2) L'origine de cette habitude est T.B. Brah'ot 55b où il est rapporté que l'on prend trois amis et on leur dit en araméen 7 fois : "j'ai fait un bon rêve" (h'alma tava h'azaei) et eux répondent, comme indiqué dans les sidourim, qu'en effet c'est un bon rêve, etc. L'autre possibilité, rappelée par le H'azon Ish en n. 1, ci-dessus, est un "raccourci" de ce processus.

Quoiqu'il en soit, cela n'agit en aucun cas sur le rêve, mais sur le rêveur. Cela lui fait changer son ressenti, sa manière de gérer les sentiments éprouvés par le rêve. En fait, en fin de compte, il demande à ses amis à ce qu'ils l'aident à résoudre son rêve de manière positive. Il récite également des versets qui donnent espoir et espérance, qui parlent du changement du mal en bien, de paix et de bénédiction et une sorte de "vidouy" pour se rapprocher de Dieu.

Les décisionnaires disent par ailleurs qu'il n'y a pas besoin de faire de "hatavat h'alom" si on a une raison qui peut être la cause de celui-ci, comme ce à quoi nous pensons pendant la journée, car cela se voit souvent dans les rêves - cf. Mishna Beroura OH 220, s.k. 16 selon T.B. Berah'ot 55b et Rashi, ad loc ; T.B. H'oulin 92a et Psikta Zoutreta Miketz 41,1).

Seul quelqu'un de pur, sage, qui étudie beaucoup de Torah, empli de crainte du Ciel, qui ne va pas dormir le ventre plein et toutes ses pensées sont liées à la Torah et à Dieu peut prendre garde à ce genre de rêve, et seulement si ceux-ci correspondent à certains critères, défend le rav Yeh'iel Mih'el haLévy Epstein dans son Aroh' HaShoulh'an (OH 220,1). Parmi ces critères, certains ajoutent ce qu'on a mangé avant d'aller dormir - cf. H'idoushei HaGueonim sur Ein Yaakov, Berah'ot 55b et Sefer HaBrit §13 où il est expliqué que "d'après la bouche" (ah'ar haPeh) ne veut pas dire "signification donnée", mais la nourriture consommée.

Si ce n'est pas notre cas, et qu'on n'a pas un tel niveau de spiritualité, il vaut mieux ne pas donner trop d'importance à nos rêves.

(3) Cf. T.B. Shabat 11a ; Sh. Ar. OH 220 et commentateurs (il est clairement indiqué que ce n'est plus l'usage aujourd'hui) et 288,5 (durant shabat) et MB ad loc, s.k. 15.

A noter que selon le Rambam (hil. Ta'aniot, chap. 1, hal. 12) il semblerait que si les rêves sont troublants on serait obligé de jeûner (ta'anit h'alom). Pour lui, le but de celui-ci est de se repentir, se remémorer ses actes et faire un "h'eshbon nefesh".

Toutefois, le Rashba (resp. vol. I, §132) écrit que ce jeûne n'est en aucun cas une obligation et seulement quiconque en veut, peut le faire. C'est donc qu'il n'y a pas besoin de faire Teshouva à cause de ce rêve (ce qui ne veut pas dire qu'il ne faille pas faire teshouva ! C'est juste que le rêve ne crée pas d'obligation à ce propos).

Le rav Yeh'iel Mih'el haLévy Epstein (Aroh' HaShoulh'an OH 220, 4) interprète ainsi les propos du Rashba : il ne faut pas trop se préoccuper des rêves, de toute façon, une grande majorité de ceux-ci ne sont qu'illusions...

Et souvent, ajoute-t-il (selon Rashi sur l'Ecclésiaste 5,2) les rêves ne sont que les reflets de nos pensées quotidiennes et des choses qui nous troublent (même inconsciemment).

Il existe par ailleurs une discussion quant à savoir si l'on rêve shabbat, si on peut alors jeûner à shabbat - cf. Petah' HaDvir OH 202 qui interdit (à l'opposé du Elyah Rabba ramené par le MB 220,3 et Pri Megadim (Eshel Avraham, 9) qui permet) - sur cette discussion, cf. Sdei H'emed, Ma'areh'et Yom Kippour 3, s.v. ah'ar.

(4) Cf. Minh'at Yehouda (Petaya), §47.

(5) Cf. n. 2.