Question
Un soldat qui fait des gardes de nuit et après la תפילת שחרית part dormir plusieurs heures. Au réveil, doit-il redire les ברכות התורה?
Réponse du Rav Shmuel Elikan
C'est sujet à discussion, ainsi bien que certains répondent à cette question par l'affirmative (1), l'usage le plus répandu est de ne pas réciter à nouveau la bénédiction (2).
Néanmoins si on l'a récité, après avoir dormi la journée ce n'est pas une bénédiction en vain et on n'a rien fait de mal, au contraire.
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(1) Cf. Mishna Beroura OH 47, s.k. 25.
(2) En effet, selon la majorité des Rishonim, y compris le Rosh (voir Beit Yossef OH 47, s.k. 11 et 13), un sommeil régulier (shenat kéva) est considéré comme une interruption concernant la bénédiction de la Torah.
En effet, tant que l'homme est éveillé, la Torah l'accompagne et le guide. Mais pendant le sommeil, sa conscience se retire et il cesse de penser ; c'est pourquoi le sommeil constitue une interruption dans la mitzva de l'étude de la Torah.
En revanche, selon Rabbenou Tam, le Maharam de Rothenburg et les élèves de Rabbenou Yona, la bénédiction de la Torah reste valable jusqu'à la prière de Shah'arit du lendemain, et un sommeil régulier ne constitue pas une interruption.
Pratiquement, le Shoulh'an Arouh' (OH 47, 13) tranche que l'on ne tient compte de l'opinion clémente (selon laquelle il n'y a pas d'interruption) uniquement pour le sommeil régulier de jour.
En revanche, le sommeil régulier de nuit est bien considéré comme une interruption exigeant une nouvelle bénédiction.
C'est également l'avis de la majorité des décisionnaires (Pri H'adash OH 47, s.k. 13 ; Mishna Beroura OH 47, s.k. 29 ; resp. Yabia Omer (Yossef), vol. VIII, OH, §5 ; etc.).
Certains ont suggéré - dans le cas d'un double réveil - de réciter la première fois toutes les bénédictions, et la seconde fois une seule bénédiction (cf. responsa Maharsham, vol. III, §337).
Toutefois, pour la majorité des décisionnaires, il faut réciter toutes les bénédictions de la Torah après chaque sommeil régulier nocturne.
En principe, selon la loi stricte, il faudrait donc réciter les bénédictions de la Torah même après un sommeil de jour, comme dit.
Toutefois, la coutume est de considérer le sommeil de jour (même s'il dure longtemps) comme un sommeil temporaire (shenat araï) qui ne crée pas d'interruption ; ainsi, la bénédiction récitée le matin couvre également le temps qui suit ce sommeil.
Cependant, un sommeil régulier la nuit, sur un lit, est considéré comme une interruption (cf. Beour Halah'a ad loc. et Yabia Omer cités pour la définition de "shenat keva") et il faut réciter les bénédictions de la Torah à son réveil.
Par conséquent, une personne qui doit se lever au milieu de la nuit pour monter la garde, et qui a ensuite l'intention de se rendormir, récitera deux fois les bénédictions de la Torah : une première fois lorsqu'elle se lèvera pour sa garde, et une seconde fois lorsqu'elle se lèvera le matin (Shoulh'an Arouh' OH 47,11 et Mishna Beroura id. s.k. 29).
D'un autre côté, certains ont la coutume de suivre l'opinion de ceux qui affirment que le sommeil n'est pas considéré comme une interruption pour les bénédictions de la Torah. Selon eux, le statut de ces bénédictions est similaire à celui des bénédictions de l'aube (Birkot Hashah'ar), que l'on ne récite qu'une seule fois par jour (c'est l'avis de Rabbenou Tam et des coutumes issues de la Kabbala). Par conséquent, celui qui se lève au milieu de la nuit pour monter la garde récitera les bénédictions de la Torah, conjointement avec les bénédictions de l'aube, après son réveil principal.
Dans le cas présent où on est réveillé la nuit jusqu'après Shah'arit et qu'on dort en journée, le Mishna Beroura (OH 47, s.k. 25) souligne que quiconque réciterait la bénédiction de la Torah après un sommeil régulier de jour n'a rien fait de mal, car c'est l'opinion de la majorité des décisionnaires.
D'autant plus que, pour la plupart d'entre eux, la bénédiction de la Torah est une obligation d'ordre biblique (De'Oraïta), et qu'en cas de doute sur une loi biblique, on applique la rigueur.
Malgré cela, la coutume la plus répandue est, comme dit, de ne pas bénir.
- Le Kaf HaH'ayim (Sofer - id. S.k. 25), citant le Ben Ish H'aï (Vayechev, §12), indique que pour sortir du doute, il est bon de penser la bénédiction en esprit (hirhour). Il suggère également d'avoir l'intention explicite, lors des bénédictions du matin, qu'elles soient valables même après un sommeil.
- Le Mishna Beroura (s.k. 13) propose d'avoir l'intention de s'acquitter de la bénédiction de la Torah lors de la bénédiction "Ahavat Olam" de la prière du soir (Arvit), puis de réciter un verset biblique juste après la prière en guise d'étude.
- Selon la Kabbale :
L'opinion du Ben Ish H'aï (Vayeshev, §13), rapportée dans le Kaf HaH'ayim (OH 47, s.k. 29), est que selon la Kabbale, le statut des bénédictions de la Torah est identique à celui des bénédictions de l'aube : on ne les récite pas deux fois par cycle de 24 heures.
Cette approche s'appuie sur Rabbenou Tam et ses pairs.
Cependant, contrairement à Rabbenou Tam (qui demande de les réciter juste avant Shah'arit), la coutume du Ben Ish H'aï veut que celui qui dort deux fois dans la nuit bénisse après le premier réveil et non après le second (il est alors bon d'avoir l'intention de s'acquitter via la bénédiction "Ahavat Olam").
Il existe néanmoins une différence entre les bénédictions de l'aube et celles de la Torah.
Pour ces dernières, il y a deux intentions à avoir :
- En tant que partie des bénédictions de l'aube (dont le moment idéal débute après le milieu de la nuit, H'atzot).
- En tant que bénédiction obligatoire avant d'étudier.
C'est pourquoi, celui qui se lève près de H'atzot attendra minuit pour réciter les bénédictions de la Torah avec les bénédictions de l'aube. S'il se lève bien avant H'atzot, il pourra les réciter avant. Certains H'assidim ont toutefois pour coutume d'attendre systématiquement pour les réciter après le milieu de la nuit (H'atzot), même dans ce cas.