Rav Elikan
Berakhot
Berakhot20 juillet 2023Questeur #5WhatsApp

Question

Bonjour,

S’il n’y a aucun Cohen bar-mitsva et que le seul Cohen est un garçon de 12 ans: est-il possible de faire la Birkat Cohanim ? Avec ou sans berakha ?

Merci beaucoup

Réponse du Rav Shmuel Elikan

Avant la bar-mitzva, il est problématique de réciter seul la birkat kohanim, à moins qu’il ait déjà fini sa puberté et ne soit alors plus considéré comme « katan » et que l’assemblée soit d’accord d’être bénie par lui (1).

__________________

(1) La mishna nous enseigne (TB Meguila 24b) qu’un enfant peut lire dans la Torah et traduire (comme cela se faisait à l’époque) mais ne peut pas diriger un office, ni faire la bénédiction des kohanim.

Les Tossafot (id. s.v. ve’ein nosseh) en déduisent que si l’enfant a déjà des signes d’adulte (comme des poils etc.), il pourra faire la birkat kohanim.

Or, s’interrogent les tossafistes, n’a-t-on pas appris dans le traité de H’oulin (24b) que seule une personne dont « la barbe est pleine » peut faire la bénédiction des kohanim ?

Par ailleurs, dans le traité de Souka (42a) on voit qu’un enfant, même sans signe de puberté apparent, dès qu’il sait faire la birkat kohanim reçoit la Terouma, etc.

Réponse proposée par les Tossafot : s’il y a des adultes avec lui, même un kohen enfant peut monter à la birkat kohanim, afin qu’il apprenne (h’inouh’) et c’est le sens du passage dans le traité de Souka.

Quant à la différence entre les passages de Meguila et H’oulin, cela s’expliquerait ainsi : selon la halah’a, dès que la puberté a eu lieu, un jeune homme kohen peut de temps en temps (akra’i) réciter la bénédiction et bénir l’assemblée, surtout s’il n’y a personne d’autre pour le faire (cf. resp. Minh’at Itzh’ak (Weiss), vol. VI, §15). Toutefois, s’il veut avoir un rôle fixe à la synagogue (ou au Temple) pour bénir l’assemblée, il faut que sa barbe soit « pleine », pour des raisons sociales (h’ezkat kehouna).

Cette conclusion a été tranchée par le Rosh (Meguila, chap. 3, §15), le Mordeh’ai (§815), le Rashba (Meguila 24b s.v. nitmala), le Ran (H’oulin 5b dans la pag. du Rif, s.v. garsinan).

Cependant l’avis du Rambam (hil. Tefila chap. 15, hal. 4) et du Tour (OH 128) ainsi que du SMaG (Assin 20, p. 123a dans l’anc. éd.) est que seule une personne potentiellement « barbue », ou au moins en âge de l’être (cf. Beit Yossef OH 53), peut réciter la birkat kohanim.

Le Shoulh’an Arouh’ (OH 128, 34) tranche selon les Tossafot, le Rosh, etc. contre l’avis du Rambam et du Tour et permet a un jeune homme de treize ans qui n’a pas encore « toute sa barbe » de procéder à la bénédiction des kohanim. Cependant beaucoup sont plus stricts et requièrent que le jeune kohen ait autour des 18 ans pour prononcer la birkat kohanim (cf. Mishna Beroura, id. s.k. 126).

Cependant, certains écrivent que s’il n’y a que des jeunes ou des enfants là-bas, la condition de la barbe n’est pas nécessaire, puisque liée au concept de « kevod hatzibour », or l’assemblée elle-même est jeune, il n’y a pas de manque de respect dans le fait qu’un jeune bénisse les autres – cf. Be’erot Itzh’ak, hil. Nessiat Kapayim, s.k. 16 selon les psakim de Maharitz Saleh’ dont les propos sont également rapportés dans HaBerah’a HeMeshouleshet, chap. 1, n. 105 ; resp. Or Letzion, vol. II, hil. Nessiat Kapayim, chap. 8 ; Piskei Teshouvot OH 128, §72.