Rav Elikan
Berakhot
Berakhot15 décembre 2024Questeur #168WhatsApp

Question

Chavoua Tov kvod arav, pourquoi le matin nous devons remercier hachem de ne pas nous avoir fait femme ?

Réponse du Rav Shmuel Elikan

Les hommes récitent "shelo assa'ani isha", du fait qu'ils sont astreints à plus de commandements (1).

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(1) Dans les bénédictions du matin, nous récitons une série de trois bénédictions remerciant Dieu pour divers aspects de l'identité humaine. Dans les deux premières bénédictions, nous remercions de ne pas être des non-Juifs ("qui ne m'a pas fait non-Juif") ou des esclaves ("qui ne m’a pas fait esclave"). Ensuite, les hommes concluent avec la bénédiction "qui ne m’a pas fait femme", tandis que les femmes récitent "qui m’a faite selon Sa volonté".

L'origine de ces trois bénédictions se trouve dans la Guemara (TB Menah'ot 43b) :

> « Rabbi Meïr disait : Un homme est tenu de réciter trois bénédictions chaque jour. Les voici : "qui ne m'a pas fait non-Juif" (shelo assa'ani goy), "qui ne m'a pas fait femme" (shelo assa'ani isha), "qui ne m'a pas fait ignorant" (shelo assa'ani bour). »

Un homme remercie Dieu de ne pas l’avoir créé autrement que ce qu'il est, sous trois aspects, dont "qui ne m'a pas fait femme".

Pourquoi un homme remercierait-il de ne pas être une femme ?

La Tossefta fournit une version parallèle à celle de la Guemara qui explique les idées derrière ces bénédictions (Tossefta Berah'ot chap. 6, hal. 18) :

> « Béni soit Celui qui ne m’a pas fait femme… parce que les femmes ne sont pas astreintes aux mitzvot [comme les hommes]… »

L'explication de "qui ne m’a pas fait femme" est donc relativement simple : un homme remercie pour l'obligation de plus de mitzvot que les femmes. Chaque commandement est une opportunité unique de servir Dieu, et la bénédiction exprime apparemment de la gratitude pour cela.

Étant donné que le Talmud de Jérusalem (Berah'ot chap. 9, hal. 1) présente la même explication, il semble que cette interprétation de la bénédiction soit la plus fiable et valide.

Le Rav Yehouda Herzl Henkin (resp. Bnei Banim vol. 4, §1) note que, selon la Guemara et la Tossefta, la bénédiction "qui ne m’a pas fait ignorant" fait partie des trois bénédictions. La Guemara explique pourquoi "qui ne m’a pas fait ignorant" a été remplacé par "qui ne m'a pas fait esclave", tel qu'on le récite de nos jours (TB Menah'ot 43b-44a) :

> « Rav A'ha bar Yaakov entendit son fils réciter "qui ne m’a pas fait ignorant". Il lui dit : "Tout cela aussi [tu le bénis] ?" Le fils lui répondit : "Alors quoi ? Que dois-je bénir ? 'Qui ne m’a pas fait esclave' ? Un esclave est comme une femme !" Rav A'ha répondit : "Zil Tfei"»

(nous discuterons plus tard des interprétations possibles de cette expression).

Rav Ah'a entendit la bénédiction "qui ne m’a pas fait ignorant" et s'y opposa.

Le fils soutint qu'il ne pouvait pas dire "qui ne m’a pas fait esclave", car un esclave est semblable à une femme, ce qui rendrait une des bénédictions redondante. Rav Ah'a n’était pas d'accord et ordonna de dire "qui ne m'a pas fait esclave" malgré tout.

Deux points centraux dans ce passage de la Guemara ne sont pas clairs :

1. Pourquoi Rav Ah'a s'oppose-t-il à la bénédiction "qui ne m’a pas fait ignorant" ?

2. Quelle similitude son fils trouve-t-il entre les esclaves et les femmes ?

Rashi propose deux interprétations possibles de ce passage :

Première interprétation : "Zil Tfei" signifierait "inférieur", dans le sens du statut social. Rav Ah'a classe le statut des hommes au-dessus de celui des femmes, et celui des femmes au-dessus des esclaves :

> "même ainsi, un esclave est plus méprisé qu’une femme".

Dans cette lecture, les bénédictions sur l'identité concernent le statut social : un homme remercie Dieu de ne pas être une femme ni un esclave, deux catégories de personnes au statut inférieur au sien.

Cependant, cette interprétation ne concorde ni avec l'explication donnée par la Tossefta ni avec le Talmud de Jérusalem, qui relient la bénédiction "qui ne m'a pas fait femme" aux obligations religieuses.

La deuxième interprétation qui s'aligne parfaitement avec les autres sources considère que la comparaison entre les femmes et les esclaves concerne le fait qu'ils sont tous deux exempts des mitzvot positives dépendant du temps. "Zil Tfei" signifie ici "ajoute une autre bénédiction" : bénis à la fois "qui ne m’a pas fait esclave" et "qui ne m’a pas fait femme" :

> "Les femmes et les esclaves sont équivalents en termes de mitzvot… "Zil Tfei" : ajoute et dis également 'qui ne m’a pas fait esclave' pour compléter les bénédictions."

Avec cette explication, Rashi répond aux deux questions :

1. Rav Ah'a s'oppose à la bénédiction "qui ne m’a pas fait ignorant" car un ignorant est tenu de respecter toutes les mitzvot, tandis que le cœur des bénédictions sur l'identité concerne les obligations en matière de mitzvot.

2. Le fils suppose que les femmes et les esclaves sont équivalents en ce qui concerne ces bénédictions, car ils sont tous deux exemptés des mitzvot positives dépendant du temps. Cependant, Rav Ah'a pense qu’il existe une différence suffisante entre leurs obligations pour justifier deux bénédictions distinctes.

Ainsi, bien que certains commentateurs incluent le statut social dans leurs discussions sur ces bénédictions (par exemple, Rabbeinou Manoah' sur le Rambam, Hil. Tefila, chap. 7, Hal. 6) - le Tour et le Beit Yossef (OH 46) mettent l'accent sur les obligations en matière de mitzvot comme explication principale.

Le Tour écrit :

> "On bénit 'qui ne m’a pas fait femme' parce qu’elle n’est pas astreinte aux mitzvot positives dépendant du temps."

Malheureusement, comme l’écrit le Rav Yehouda H. Henkin, de nombreux hommes récitent "qui ne m’a pas fait femme" sans comprendre que, d’un point de vue halah'ique, elle exprime de la gratitude pour l'obligation accrue en matière de mitsvot (responsa Bnei Banim, vol. 4, §1) :

> "Si tout le monde savait que la seconde explication de Rashi est la principale, et si tous les hommes bénissaient avec joie pour leur service divin et leurs mitzvot, il n’y aurait pas de place pour cette amertume. Cependant, étant donné que certaines pensées inappropriées s'immiscent dans l'intention de cette bénédiction… certains hommes la récitent en pensant qu'elle exprime une supériorité sociale, d'où les plaintes des femmes."

Le Rav Henkin déplore que de nombreux hommes méconnaissent la véritable signification de la bénédiction et en tirent de fausses conclusions.

Les plaintes auxquelles il fait référence se retrouvent déjà au XVIIIe siècle, où l'on trouve des récits de femmes offensées par cette bénédiction. Par exemple, le Rav Ysah'ar Tamar rapporte dans son commentaire Alei Tamar (TJ Berah'ot chap. 4, hal. 4) :

> "J’ai entendu dire que la savante fille du Gaon Rabbi Yitzh'ak de Hambourg, épouse du Rav Rabbi Menachem de Liska et mère du saint Gaon de Ropshitz, demanda à son mari : 'Le puisatier est-il plus important que moi, puisqu’il bénit de ne pas être une femme ?' Et son mari la calma."

Le Rav H'ayim David Halevi (Mekor H'ayim, vol. 7, p. 76) écrit :

> "En récitant 'qui ne m’a pas fait femme', on doit avoir l’intention que, bien qu'elle soit tout aussi précieuse que lui, elle n’est pas astreinte à toutes les mitzvot comme un homme."

Rav Samson Raphael Hirsch (dans son Siddour, p. 13) adopte une perspective similaire :

> "Cette bénédiction n’est pas une expression de gratitude pour ne pas être un non-Juif, un esclave ou une femme, mais elle nous pousse à réfléchir à la mission qu’Hachem nous a confiée en tant qu’hommes juifs libres et à nous engager à remplir cette mission avec sérieux."