Rav Elikan
Cacherout
Cacherout7 avril 2025Questeur #111WhatsApp

Question

Shalom Rav,

pardon si cette question a été posée- est ce que les cures de vitamines doivent être interrompues à pessah (vitamines C,D, fer etc)?

Réponse du Rav Shmuel Elikan

Premièrement, il existe des vitamines kasher lePessah', il n'y a donc pas de raison d'arrêter.

Deuxièmement, si on ne trouve pas de vitamines kasher lePessah', cela dépend de l'état de la personne qui a besoin de vitamines.

Si c'est une nécessité médicale, par exemple si la personne est malade et a besoin de ses vitamines, on n'arrêtera pas, même si ces gélules peuvent contenir des ingrédients produits à base de h'ametz, dans la mesure où ceux-ci sont ingérés et non dégustées (à savoir qu'on préférera des comprimés à ingérer que des "bonbons" sublinguaux ou des sirops, etc. qui ont du goût et qui sont alors plus problématiques).

Si ce n'est pas le cas et que c'est pour nous "renforcer", une pause d'une semaine ne devrait pas être "nocive" (sans quoi on est considérés comme "malades" halah'iquement), et par conséquent, il vaut mieux éviter (1).

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(1) Lorsqu’il n’existe pas de substitut casher pour Pessah’, des médicaments contenant du h’ametz mais sauvant des vies sont clairement autorisés, en raison de la priorité donnée au pikouah' nefesh (sauvetage de vie). Les décisionnaires sont partagés concernant les médicaments qui ne sauvent pas la vie, ainsi que les vitamines et compléments alimentaires contenant du h'amets. Néanmoins, il est possible d’autoriser la prise de compléments dans certaines situations.

- Si la consommation n'est pas "alimentaire"

L’interdit de h'amets à Pessah' porte à la fois sur la consommation et sur la possession. Toutefois, il existe certaines exceptions. Les lois du h'amets s'appliquent spécifiquement aux aliments, et le Talmud (Pessah'im 24b) explique que l’interdit de la Torah ne s’applique pas à un aliment digéré « de manière non alimentaire » (shelo kedereh' ah'ila). Bien que cette manière de consommer soit tout de même interdite rabbinquement, la Guémara précise que l’interdit ne s’applique pas dans le cas d’un malade. Par conséquent, Rambam statue qu’un malade peut consommer un aliment interdit, tel que de la viande non casher ou du h’amets à Pessah’, de manière inhabituelle – « shelo kedereh' hana'a » (sans en tirer profit) (hil. Yessodei HaTorah chap. 5, hal. 8) tranché ainsi par le Shoulh'an Arouh' (YD 155,3). Le Rambam donne l’exemple d’un aliment interdit consommé avec une substance amère, de façon à ce qu’il n’y ait aucun plaisir dans la consommation.

Les décisionnaires discutent des paramètres de cette position permissive. Est-ce que « de manière non alimentaire » inclut l’ingestion sans mastication, comme c’est le cas pour les médicaments ?

La Guémara (Pessah'im 115a) traite du cas d’une personne avalant de la matza sans la mâcher et se demande si cela constitue un accomplissement de la mitzva de consommation de matza selon la Torah. Selon Rava, cela reste une consommation, car il y a un certain plaisir à travers la gorge (hana'at grono). Le rav Yeh'ezkel Landa (resp. Noda BiYehouda, Mahad. Kama, YD §35) explique que hana’at grono est toujours considérée comme une forme de consommation, et qu’il est donc interdit de consommer de cette manière un aliment interdit par la Torah à des fins médicinales lorsqu’il n’y a pas de danger pour la vie.

Certains citent les propos du Noda BiYehouda pour interdire l’usage de médicaments à base de substances interdites.

Cependant, le Rav Shlomo Zalman Auerbach s’oppose à cette position (resp. Minh'at Shlomo vol. I, §17). Selon lui, le Noda BiYehouda interdit la consommation d’un aliment normalement mangeable même lorsqu’il est avalé sans mâcher, et ce même à des fins médicales. Toutefois, ce raisonnement ne s’applique pas aux pilules à avaler, qui ne sont pas considérées comme de la nourriture et sont conçues dès le départ pour être avalées par des malades. Selon cette définition, même un malade sans danger vital est autorisé à avaler un médicament.

Cet avis est également suivi par le rav Botschko (be'Ikvot HaMeh'aber, vol. II, §24, pp. 280-289).

Quelle est la définition halakhique d’un malade ? La majorité des décisionnaires autorisent un malade à prendre à Pessah’ un médicament sans goût ou au goût amer, en se fondant sur cette logique (cf. resp. Yéh'avé Da'at (Yossef), vol. II, §60 et sources citées).

Le Rav Shlomo Zalman Auerbach s’interroge : la définition de « malade » est-elle limitée à une personne alitée, c’est-à-dire celle à qui il est permis de prendre un médicament le shabbat, ou peut-elle inclure également quelqu’un qui ne se sent simplement pas bien, voire une personne en bonne santé prenant des médicaments de manière préventive ?

Selon une définition restrictive, il serait interdit de prendre des compléments alimentaires. Mais selon une définition plus large, englobant un éventail plus large de situations, la prise de compléments pourrait être permise.

L'exemple classique est celui d'une femme allaitante : est-elle considérée comme malade ou non ? De nombreux décisionnaires, dont mon maître le rav Rabinovitch (revue Teh'oumin n°17, p. 343), considèrent qu'une femme dont le bébé dépend du lait, est considérée comme tel, du fait du statut du bébé,

Ainsi, dans ce cas, il soutient que la prise de compléments alimentaires et de vitamines sans goût, même selon l’opinion qui ne permet les médicaments qu’à un malade, est autorisée.

De même si quelqu'un ressent des symptômes de faiblesse et vertiges affectant l’ensemble du corps, cela correspond à la définition halah'ique de « malade » qui peut prendre de tels médicaments.

En résumé : quels compléments alimentaires sont permis à Pessah’ ?

- L’autorisation pour un malade de prendre un médicament contenant un composant interdit ne s’applique que s’il n’existe aucune autre option.

Il convient donc de suivre l’ordre de priorité suivant, comme dit :

- Chercher des compléments alimentaires et vitamines avec un label de certification casher pour Pessah'.

- S’il n’en existe pas, vérifier la liste des ingrédients (ou contacter le fabricant) pour s’assurer qu'il n'y a pas de h'ametz (s'il est indiqué « sans gluten », ou si le produit figure sur une liste de produits sans gluten, il est probablement exempt de h'ametz).

- Vérifier que les cinq espèces de céréales ne figurent pas dans les ingrédients. De plus, le glucose et le sorbitol peuvent parfois être dérivés du blé (souvent dans les produits européens, moins courant aux États-Unis), et sont utilisés pour produire de l’acide ascorbique (vitamine C). La riboflavine (vitamine B2) et la cyanocobalamine (B12) sont le résultat d’un processus de fermentation qui peut contenir du h'ametz. On notera néanmoins que le Rav Waldenberg (Ba'ei Mo'ed, III, 2–5) considère que même alors on ne doit pas forcément considérer cela comme h'ametz, parce que, comme il l'indique, un produit contenant de la farine n’est pas considéré comme du h'ametz s'il n'a pas été en contact avec de l’eau, ou s’il a séché avant d'avoir fermenté, or bien que ce soit un niveau d’information réservé aux processus de fabrication, rarement accessible aux consommateurs, c'est souvent le cas dans le processus de fabrication de médicaments.

- Si toutes les options ont été épuisées et qu’il n’est pas possible d’obtenir un complément exempt de h'ametz, il est permis dans ton cas de prendre un complément alimentaire sous forme de pilule à avaler sans goût, ou au goût amer, comme dit plus haut.