Question
Bonjour,
Qui fait la Berakha dans ce cas et comment sont faites les "coupures" ?
Réponse du Rav Shmuel Elikan
1. D'une manière générale, les questions relatives aux pratiques de la synagogue doivent être soumises au Rav de la communauté, et c’est en fonction de ses directives qu’il convient d’agir. La réponse suivante s’adresse aux cas où il n’y a pas de Rav local ou si la question est posée avec son approbation.
2. A priori, il est préférable d’éviter de diviser la lecture de la Méguila entre plusieurs lecteurs, car certains décisionnaires estiment qu'il n'est pas certain qu'on s’acquitte ainsi de l’obligation (1), mais il semble que ce soit une h'oumra
3. En effet, d’un point de vue strictement halah'ique, il semble que l’opinion des décisionnaires permissifs soit justifiée (2).
4. Par conséquent, si le Rav de la communauté, ou un Rav connaissant bien la situation, considère qu’il existe un besoin spécifique, cette pratique est autorisée.
5. Dans ce cas, le premier lecteur récitera uniquement la bénédiction initiale, et le dernier lecteur récitera la bénédiction finale. Il est toutefois impératif que tous les lecteurs soient parfaitement compétents dans la lecture précise du texte, sans la moindre approximation (3).
6. On peut découper selon les chapitres ou autrement selon ce qui nous semble le plus pratique.
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(1) Le Maguen Avraham (OH 692, s.k. 2) écrit que si le lecteur de la Méguila s’interrompt en plein milieu et ne peut plus poursuivre, son remplaçant doit reprendre depuis le début. Il établit un parallèle avec la lecture de la Torah et la Haftara (OH 140,1 et 284,5), où un lecteur remplacé en cours de lecture oblige son successeur à recommencer depuis le début de la montée. Cependant, il précise que la bénédiction initiale n’a pas à être répétée, à l’image du shofar : si un sonneur ne peut pas terminer la sonnerie, un autre peut prendre le relais sans réciter à nouveau la bénédiction (OH 585,3), car la bénédiction initiale s’applique à toute l’assemblée.
(2) De nombreux Ah'aronim contestent l’avis du Maguen Avraham. Le resp. Shvout Yaakov (vol. I, §42) affirme que la nécessité de recommencer découle d’un passage du Talmud de Jérusalem (Berah'ot chap. 5, hal. 3), où il est expliqué que lorsqu’un lecteur de la Torah est interrompu, son successeur doit reprendre du début afin que les bénédictions encadrent correctement la lecture. Toutefois, si la bénédiction initiale n’a pas besoin d’être répétée, il n’y a pas non plus d’obligation de reprendre au début.
Le H'atam Sofer (gloses sur Sh. Ar. OH 692) développe une autre explication : dans la lecture de la Torah, chaque montée constitue une section isolée dont l’intégrité repose sur les bénédictions d’ouverture et de clôture. La Méguila, en revanche, est un livre entier, et son intégrité ne dépend pas des bénédictions mais du fait que la lecture apparaisse comme un tout homogène. C’est pourquoi il soutient l’opinion du Maguen Avraham, sauf en cas de gêne pour l’assemblée ou s'il n'y a pas d'autre moyen de lire la Méguila correctement, dans quel cas il soutient que c'est permis.
Concernant la lecture de la Torah, la question de la reprise en cas de remplacement planifié oppose le Rambam et Rabbénou Yoël (rapporté dans Bet Yossef O.H. 140). Pour le Rambam, le second lecteur ne récite pas à nouveau la bénédiction initiale mais doit reprendre au début pour assurer la continuité de la lecture. Rabbénou Yoël, en revanche, exige une nouvelle bénédiction en raison de l’interruption. L’opinion de Rabbénou Yoël a été retenue en pratique (Sh. Ar. OH 140,1, et Mishna Beroura id. s.k. 4).
En revanche, comme le soulignent l'Or Zaroua (vol. II, §368) ainsi que le Ra'avia (Méguila §553), la lecture de la Méguila ne requiert pas d’être "entière" au même titre que la Torah. De fait, selon eux, il est permis de poursuivre la lecture avec un autre rouleau si celui du lecteur initial est défectueux, ce qui serait interdit pour la Torah. Le Ra'avia compare aussi la lecture de la Méguila par plusieurs lecteurs successifs à celle réalisée dans deux rouleaux différents, concluant que cela est tout à fait acceptable.
La Mishna (Méguila 4,1) enseigne :
> "Quiconque lit la Méguila... si elle est lue par deux personnes, on est acquitté".
La Guemara (Méguila 21a-b) interprète cela comme une lecture simultanée par deux lecteurs, mais le Sfat Emet (dans ses h'idoushim sur la guemara) y voit aussi une référence à une lecture réalisée successivement par plusieurs personnes, ce qui contredit l’avis du Maguen Avraham.
Il semble que Bahag (Hil. Méguila 19) aussi partage cet avis en affirmant que la lecture de la Méguila est valide qu’elle soit réalisée par un seul lecteur ou plusieurs successivement.
En outre, le Sha'arei Teshouva (O.H. 692) tranche plus strictement en déconseillant a priori de diviser la lecture et en exigeant de tout recommencer en cas de division, sauf en cas de "grande difficulté" ou besoin, pour l’assemblée.
(3) Pratiquement, ce partage de lecture se rencontre souvent dans les lectures de Méguila organisées par des gens qui souhaitent se relayer afin d’alléger la charge ou de permettre à plusieurs participants de lire. Cependant, cette pratique comporte un risque sérieux : de nombreuses subtilités de prononciation peuvent altérer le sens du texte, ce qui invaliderait la lecture. Ainsi, il est impératif que chaque lecteur maîtrise parfaitement la lecture. Ce besoin de précision a conduit les Rishonim à instaurer un Ba'al Koré unique pour la Torah, même si la Guemara autorisait initialement chaque o'léh (personne qui monte à la Torah) à lire sa propre montée.